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10 26 mai 2008
Ne le dis à personne - Harlan Coben
La femme du Dr Beck a été assassinée par un tueur en série. Huit ans plus tard, Beck reçoit un email anonyme avec un lien vers une vidéo sur laquelle il reconnaît... sa femme.

Je ne suis pas un grand amateur de polar, mais il faut varier les plaisirs. J'ai jeté mon dévolu sur Harlan Coben (premier contact avec cet auteur), à priori une valeur sûre du genre (concept de valeur sûre très subjectif).
Malheureusement pour moi, au bout de quelques lignes, je me rends compte que j'ai vu le film éponyme quelques mois auparavant (film de Guillaume Canet de 2006 passé sur petit écran depuis). Et l'histoire de me revenir, ainsi que son dénouement... Gênant pour un polar. Malgré cela, je poursuit ma lecture, par curiosité, parce que la lecture est facile et parce que je ne me souviens pas des détails du dénouement de l'histoire, dénouement compliqué comme il se doit pour un polar...
J'ai constaté que le film avait un peu simplifié la fin, mais sans dénaturer l'histoire pour autant. Une fois n'est pas coutume, je me demande si le film n'est pas mieux que le livre..
Un polar assez classique, bien ficelé, par contre, amateurs de belle écriture, passez votre chemin. Je n'ai d'ailleurs pas trouvé la moindre citation pour illustrer mon billet... Un livre facile, à classer dans les "livres à lire en vacances". Je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas créer la catégorie sur le blog.
1 23 mai 2008
Face aux ténèbres - Chronique d'une folie - William Styron
William Styron relate dans ce petit opuscule sa descente dans l'enfer de la dépression, cette "désespérance au delà de la désespérance".

Non, je ne déprime pas et soyons franc, c'est le hasard qui a fait jeter mon dévolu sur ce petit livre. Je ne connaissais pas le thème du livre avant d'en entamer sa lecture... Je l'ai trouvé dans une bibliothèque amie, j'ai été attiré par l'auteur, la collection (Gallimard, Du monde entier) et par le titre. J'ai bien demandé à mon amie son avis sur ce livre : "Tu l'as lu celui-là ?" ; je n'ai eu en retour qu'un laconique "Oui, oui, il est bien, tu peux le prendre aussi...". (Bizarre, j'ai l'impression qu'elle a appuyé plus que nécessaire sur le aussi, je vais peut-être arrêter là mon hold-up sur sa bibliothèque...)
Bref. Je me lance avec une bonne humeur enthousiaste dans Face aux ténèbres... Et bien vite, je comprends qu'on ne va pas rigoler du tout avec William Styron, surtout lorsqu'il commence à dresser la liste de tous les artistes suicidés de sa génération...
Malgré cela, et même si le sujet du livre n'est effectivement pas facile, j'ai poursuivi ma lecture jusqu'au bout avec grand intérêt. Styron soutient la thèse que l'on ne peut décrire la dépression, qu'elle est du domaine de l'indicible, je pense cependant qu'il ne s'en sort pas si mal que ça (d'accord, ce n'est pas le premier venu non plus) et le livre a le grand mérite de nous faire ouvrir les yeux sur un mal trop souvent réduit au statut de quasi maladie imaginaire. Cet aspect pédagogique de l'oeuvre pourrait en faire une sorte de manuel bien utile à l'usage de l'entourage des malades, qu'ils pourraient ainsi peut-être mieux comprendre.
Styron tente également une analyse de l'étiologie et des symptômes de la maladie. On retiendra ses analyses sur le sentiment de perte qui pour lui caractérise la dépression ou l'absence d'espoir que ressent le malade.
"La perte de tout respect de soi est un symptôme bien connu, et pour ma part, j'avais pratiquement perdu tout sens de mon moi, en même temps que toute confiance en moi."
"C'est l'absence d'espoir qui plus encore que la souffrance broie l'âme."
Bien que le récit soit extrêmement sombre de bout en bout, l'optimisme des dernières lignes finit par percer les ténèbres.
14 19 mai 2008
Comparatif des sites de bibliothèques en ligne
Entre deux lectures et parce qu'il n'y a pas de livre sans bibliothèque, je vous propose un petit panorama de l'univers des bibliothèques en ligne (ou bibliothèques virtuelles ou sites de partage de bibliothèques) que j'ai découvert récemment.
Les bibliothèques en ligne : qu'est-ce que c'est ?
La fonction de base de ces sites est de vous permettre de gérer une liste ou catalogue de livres. Ces livres peuvent être ceux de votre bibliothèque (celle de la vraie vie), mais pas forcément. Pour vous y retrouver, vous pouvez attribuer aux livres de votre liste le statut "lu" ou "à lire". Vous pouvez également leur attribuer une note, généralement sous forme d'étoiles ainsi qu'une critique.
Mais en plus de ces fonctions de base, certains sites permettent d'obtenir pour chaque livre de votre bibliothèque des informations telles que la date de parution, les différentes couvertures, mais aussi les prix littéraires obtenus, les lieux importants du récit, les personnages, etc... Pour chaque livre, vous avez également accès à des discussions, des critiques d'autres membres, des mots-clés choisis par les lecteurs, etc...
Ces sites vous montrent également les membres qui ont une bibliothèque similaire à la vôtre, ce qui permet de trouver par affinités de nouvelles lectures dans vos goûts, et pourquoi pas de vous faires des amis... Cet aspect communautaire, lorsqu'il est bien organisé peut être vraiment intéressant.
Les acteurs
Les principaux sites sont LibraryThing, Babelio et Goodreads. Je les détaille ci-dessous. Pour être plus complet, il faudrait également parler de l'Agora des livres, de Google Books qui offre une fonction de bibliothèque et d'Amazon qui dans une certaine mesure permet également de réaliser une bibliothèque en ligne.
Comment je les ai comparées ?
J'ai saisi la même liste de livres (17 livres) sur chacun des sites, de manière à comparer leur ergonomie. Une fois cette liste saisie, j'ai essayé les différentes fonctions et services offerts par le site. Pour les trois principaux sites, je vous laisse en fin d'article un lien vers chacune de ces bibliothèques.
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LibraryThing
LibrayThing est un site américain dont la version française existe depuis quelques mois.
Points positifs
L'interface au premier abord un peu austère est agréable et lisible. Elle est également rapide.
Les informations disponibles pour certains livres : prix littéraires, personnages, lieux importants, etc... (par exemple : pour Jane Eyre de Charlotte Bronte)
La saisie de la bibliothèque est rapide, le moteur de recherche fonctionne bien.
La dimension communautaire, les groupes de membres (ne pas hésiter à joindre le groupe French Connection, 170 membres).
Des membres étonnants (il est par exemple possible de consulter les bibliothèques de Ernest Hemingway ou de Francis Scott Fitzgerald du groupe I See Dead People's Books)
Les possibilités d'analyse de tendances (les "zeitgeist" dans le jargon de LibrarytThing), la pertinence des mots-clés, etc...
La géolocalisation de librairies, de bibliothèques, d'évènements liés au livre...
Points négatifs
Au delà de 200 livres dans votre bibliothèque, le site est payant.
La traduction française n'est peut-être pas encore absolument parfaite, mais l'équipe de LibraryThing semble très motivée : cela devrait rapidement s'améliorer.
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Babelio
Babelio est l'équivalent français de LibraryThing. Il est un petit peu moins complet.
Points positifs
C'est un site français, la communauté francophone est beaucoup plus importante que sur LibraryThing.
La saisie de sa bibliothèque est très rapide (c'est avec Babelio que j'ai saisie ma bibliothèque le plus rapidement) : le moteur de recherche de livres fonctionne très bien et le site propose spontanément des livres français (ce qui est assez logique pour un site français...)
Sans être exceptionnelle, l'interface est assez agréable et lisible.
Le nombre de livres dans la bibliothèque est à priori illimité [c'est en fait faux, ce nombre est limité : voir les commentaires].
Points négatifs
Moins de fonctions que dans LibraryThing.
Le forum de discussion est peu actif.
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Goodreads est un clone de LibraryThing, en anglais uniquement.
Point positif
L'interface et agréable et aérée (ma préférée, mais cela n'engage que moi).
Points négatifs
Uniquement en anglais.
La saisie de sa bibliothèque est un peu laborieuse. Un petit truc pour la recherche de livres : il faut saisir les titres français sans accents, sinon ça ne fonctionne pas.
Pas ou très peu de membres français, ce qui limite fortement l'intérêt du site.
Moins de fonctions que dans LibraryThing.
Sauf erreur de ma part, il n'y a pas de possibilité d'attribuer des mots-clés aux livres de sa bibliothèque.
Un peu trop de pub...
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Et les autres...
L'Agora des livres permet également de se constituer une bibliothèque virtuelle, mais me semble plus orientée forum de discussion sur les livres. La saisie de sa bibliothèque m'a semblée laborieuse.
Google Books permet de se constituer une bibliothèque en ligne mais offre un peu moins de fonctions que les sites spécialisés.
Amazon permet également de se constituer une bibliothèque virtuelle.
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Conclusion
Ces sites offrent donc de réels services aux lecteurs et lectrices que nous sommes. Personnellement, j'ai vraiment été enthousiasmé par LibraryThing, un site extrêmement riche, dont je n'ai pas encore fait le tour... En revanche, ces sites présentent un inconvénient majeur : je crains en effet qu'après avoir découvert tout ce qu'ils peuvent vous apporter, vous ne reveniez pas de si tôt me rendre une petite visite...
PS 1 : Merci à Philo : c'est dans les liens de son blog que j'ai découvert Babelio, ce qui m'a fait découvrir de fil en aiguille l'univers des bibliothèques virtuelles.
PS 2 : Il s'agit ici de l'avis forcément subjectif et incomplet d'un modeste usager/lecteur amateur. Vous pourrez trouver des avis plus techniques sur le sujet en feuilletant des blogs de professionnels de l'édition et ou des bibliothèques, par exemple Lafeuille ou Bibliobsession.
Liens connexes
Ma bibliothèque de test sur Librarything
Ma bibliothèque de test sur Babelio
Ma bibliothèque de test sur Goodreads
7 14 mai 2008
Toutes les familles sont psychotiques - Douglas Coupland
Il y a des romans que l'on aborde avec enthousiasme avant même d'en avoir lu la première ligne... Le plaisir de retrouver un auteur qui vous a laissé un bon souvenir de lecture et une collection qui réserve en général de bonne surprises (10/18, "Domaines étrangers"), une couverture pas trop moche, un titre accrocheur : suffisant pour aiguiser l'appétit du lecteur.
Cet enthousiasme est cependant à double tranchant, car le livre doit alors être à la mesure des espoirs qu'on lui prête, faute de décevoir doublement... C'est dans cet état d'esprit que j'ai abordé la lecture de Toutes les familles sont psychotiques, avec en mémoire mes deux précédentes lectures de Douglas Coupland : Microserfs et surtout le très bon Génération X.

Pour ceux qui ne connaissent pas Coupland, dites-vous que l'impression que vous vous en êtes faites à la lecture de l'étrange titre à rallonge du roman est à peu près juste : cet auteur canadien est effectivement plutôt inventif et loufoque, un bref résumé du début du roman devrait suffire à vous en convaincre :
La famille Drummond doit se retrouver à Cap Canaveral pour assister au décollage de la navette spatiale. Ce décollage est particulièrement important pour eux puisque leur fille aînée Sarah fait partie du voyage. Les retrouvailles devraient cependant être laborieuses : les parents (Ted et Janet) sont divorcés, les deux frères de Sarah (Bryan et Wade) sont plutôt instables et Wade semble définitivement brouillé avec son père. Oh, j'oubliais : Janet est devenue séropositive après avoir été blessée par une balle de revolver. Cette balle, tirée par Ted et initialement destinée à son fils a contaminé Janet en traversant le foie de Wade, contaminé par le Sida...
Vous conviendrez que l'on ne peut pas reprocher à Coupland de ne pas faire preuve de créativité et d'originalité pour ce qui est de la trame de son histoire. Et je suis loin d'avoir fait le tour des surprises que réserve le récit...
On aura donc compris que le roman est une réflexion sur la famille et une tentative de démonstration par l'absurde de l'importance des liens familiaux. Une des thèses de Coupland est que l'on affuble notre propre famille de tous les maux (d'où le titre) mais que contrairement à ce que l'on pense, ça n'est pas mieux ailleurs. Le sujet est prétexte à bien d'autres réflexions sur la famille et les rapports mari/épouse, père/fils, mère/fils, frère/soeur,etc..
"Les gens sont très indulgents pour la famille des autres. La seule qui vous horrifie vraiment, c'est la vôtre."
Sur le style, Coupland joue sur les dialogues déjantés, qu'il saupoudrent d'assertions sur notre société de consommation, l'Amérique, la maladie, la science, la drogue, les rapports humains, etc... le tout épicé de quelques italiques dont l'auteur semble raffoler. On accroche ou pas.
"Ce n'est pas qu'ils soient incapables de faire attention aux autres - c'est que ça ne leur traverse pas l'esprit. Ils sont si différents des femmes." (une réflexion de Janet, sur son mari et ses fils)
Personnellement, j'ai trouvé le livre plaisant, certains passages sont vraiment très drôles et je ne me lasse pas des petites assertions de Coupland. Le roman n'est cependant pas que loufoque, le drame n'est souvent pas loin : la verve de Coupland et de ses personnages semble plus cacher un désespoir profond que se placer là pour amuser la galerie. On retrouve d'ailleurs ce désespoir de personnages un peu paumés dans Microcerfs et dans Génération X. Il y également quelques trouvailles intéressantes, notamment dans les descriptions :
"Wade avait l'impression d'être plongé dans un bain moussant parfumé à la famille ordinaire." (Wade, à Disneyland)
"En effet, tout ce qui était dans la pièce avait l'air... étincelant. Ou rose. Ou pelucheux. Ou en cuivre. En tout cas, il ne subsistait plus le moindre angle droit. «Charmant» commenta Janet." (plus tard dans le roman, pour décrire un intérieur au goût plus que douteux)
"Au premier regard qu'il avait porté sur elle, son coeur s'était brisé en mille morceaux et régénéré dans le même temps." (le coup de foudre de Wade)
En revanche, j'ai trouvé la dernière partie du roman un peu longue. Il y a aussi quelques bégaiements dans l'histoire, de grosses invraisemblances un peu faciles, et mon édition (10/18 "Domaine étranger", excellente collection qui constitue la majeure partie de ma bibliothèque) comportait pas mal de coquilles, surtout vers la fin : lassitude de la part du traducteur ? Au chapitre des détails, une phrase de Janet m'a vraiment étonné : elle qui, dans tout le roman semble avoir un langage relativement posé, dit à son interlocuteur pour aller aux toilettes : "Ernie, je vais farter mes skis". Étonnant non ? Délire du traducteur ou pied de nez de Coupland ? Je ne sais pas.
Pour conclure, je dirais que l'on passe un bon moment avec ce livre, mais qu'il n'est certainement pas exceptionnel. Ce n'est en tout cas pas le meilleur livre pour aborder Coupland : il vaut mieux se tourner vers Génération X.
10 09 mai 2008
Au coeur des ténèbres - Joseph Conrad
Je voulais commencer ce billet en décrivant le livre que j'avais entre les mains, mais l'adjectif petit, que l'on se devrait d'utiliser pour décrire l'objet convient si mal à un tel ouvrage, que j'ai fini par renoncer et m'en sortir par cette pirouette... Plutôt que petit roman, on parlera donc de grande nouvelle, mon édition étant malgré tout suffisamment conséquente car à la nouvelle se rajoute une longue introduction de Joseph Conrad en personne.

L'histoire commence ainsi : Marlow, un officier de la marine marchande britannique du début du siècle, raconte un soir à ses camarades sa découverte de l'Afrique et de ses mystères, et sa rencontre d'un étrange personnage : Kurtz.
"Il me semble que j'essaie de vous dire un rève - que je fais un vain effort, parce que nulle relation d'un rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, ce mélange d'absurdité, de surprise, de confusion, dans un effort frémissant de révolte, cette notion qu'on est prisonnier de l'incroyable, qui est de l'essence même du rêve..."
Le récit de Marlow suit sa lente progression sur le fleuve Congo, à la recherche de Kurtz, trafiquant d'ivoire dont on est sans nouvelles depuis de longs mois... Cette remontée du fleuve le conduira au coeur des ténèbres...
"Nous pénétrions de plus en plus profondément au coeur des ténèbres. Quelle quiétude il y régnait !"
Sous les traits de Marlow se cache en fait Joseph Conrad lui-même, ce dernier ayant vécu une aventure similaire au Congo, en 1890.
Au coeur des ténèbres n'est pas un livre facile, mais il mérite les premiers efforts pour s'imprégner du style de Conrad. C'est un livre riche, mystérieux. On sent chez l'auteur une connaissance profonde de l'âme humaine : il décrit parfaitement notre indéniable fascination pour le Mal, incarné par le personnage tourmenté de Kurtz. Je suppose qu'il faut voir dans les contradictions de Kurtz une métaphore de nos errements entre le Bien et le Mal.
En revanche, et pour rester objectif, on pourra peut-être reprocher à Conrad une vision quelque peu caricaturale de l'Afrique, et assez réductrice, le continent étant dépeint comme un lieu de mystère et de magie, peuplé de "sauvages malheureux..."
Francis Ford Coppola s'est inspiré du récit de Joseph Conrad pour son film Apoclaypse Now, sorti en 1979. Même si l'action se déroule cette fois pendant la guerre du Vietnam, le réalisateur américain a su préserver à la fois le rythme lancinant et la noirceur de l'oeuvre originale.
6 05 mai 2008
L'Oeuvre au noir - Marguerite Yourcenar
L'Oeuvre au noir a été écrit par Marguerite Yourcenar en 1968. Le titre du roman désigne la première des trois étapes nécessaires à l'accomplissement du Grand Oeuvre des alchimistes.

Zénon Ligre, le personnage principal de ce roman historique est imaginaire. C'est un homme savant, curieux, humaniste ; il est également médecin, alchimiste, philosophe ; bref, le genre d'homme que l'Inquisition (le récit se déroule au 16ème siècle) n'apprécie guère... Les convictions de Zénon "fleurent l'athéisme et l'hérésie".
Zénon est indubitablement moderne et en avance sur son temps. Ses réflexions sur la science rejoignent nos questions et nos doutes : "Les hommes tueront l'homme" ou "Ouvres-toi gouffre éternel, et engloutis pendant qu'il en est encore temps la race effrénée..." et surtout, cette phrase prémonitoire : "Quand je vois jusqu'où nos spéculations nous entraînent, frère Henri, je suis moins surpris qu'on nous brûle."
Prémonitoire donc, puisque Zénon sera fait prisonnier et condamné à mort par l'Inquisition. Il choisira cependant de se suicider comme ultime liberté.
De par son intelligence, la justesse de ses réflexions, l'Oeuvre au noir est plus que le roman historique au style classique que l'on peut voir au premier abord. Ce n'est pas un livre facile d'accès, (lecteur nocturne, j'avoue m'être assoupi sur quelques unes de ses pages plus vite que pour d'autres lectures plus légères), mais après sa lecture l'on pourra comme Zénon s'enorgueillir de mourir "un peu moins sot que [l'on est] né"...


















