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19 28 octobre 2008
Ces livres que je n'ai pas lus [coming-out littéraire]
Je conclus mon précédent billet et reviens sur l'article de Fluctuat publié aujourd'hui. Dans cet article, non contente de nous démontrer (brillamment et chiffres à l'appui), à quel point peut être vaine notre quête d'exhaustivité en matière de lecture, l'auteure propose de nous décomplexer des livres que nous n'avons pas lus et nous incite à les confesser publiquement. Un exercice original, qui prendra toute sa valeur sur un blog, plutôt que sur les feuilles d'un journal intime (un vrai, avec des feuilles en vrai papier).
Ainsi, je me lance à mon tour dans une tentative de coming-out littéraire [1], et vous annonce à ma grande honte que je n'ai pas lu :

1. Pierre Bayard - "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?"
Je l'ai d'abord oublié et pourtant il mérite de figurer en bonne place dans cette liste. Non, je n'ai pas lu le livre de Pierre Bayard et oui, j'ai effectivement lu tous les livres commentés sur ce blog !
2. Guillaume Musso
Je n'ai lu aucun des ouvrages de Guillaume Musso. Il s'agit d'un vilain a priori négatif dont je ne tire aucune fierté.
3. Marc Lévy
En fait, je le confonds souvent avec Guillaume Musso. A tort certainement. Etrangement, la parodie "Et si c'était niais" de Pascal Fioretto (que je n'ai pas lue non plus) m'attire plus que l'original.
4. Stieg Larsson - "Millenium"
Je ne me suis pas encore résolu à affronter les plus de 1500 pages de la célèbre trilogie nordique. Et pourtant, c'est LE roman qu'il faut avoir lu en 2008.
5. J.R.R. Tolkien - "Le seigneur des anneaux"
Malgré deux tentatives, je n'ai pas réussi à lire "Le seigneur des anneaux", même lorsqu'il est revenu sur le devant de la scène, lors de la sortie du film éponyme en 2001.
6. Léon Tolstoï - "Guerre et Paix"
Celui-ci m'attire sincèrement, et le peu que j'en connais me fait penser qu'il devrait me plaire, mais je n'ai pas encore trouvé l'énergie nécessaire pour me lancer dans cette longue lecture...
Aurez-vous le courage d'assumer cette confession des livres que vous n'avez pas lus ?
PS : J'épargnerai à mes amis blogueurs et blogueuses le tag [?] "Ces livres que je n'ai pas lus" (ne cherchez pas, il n'existe pas) et ne contribuerai donc pas à la prolifération de ces questionnaires viraux auxquels je participe cependant bien volontiers... ;)
[1] Je sais, je ferais mieux de lire plutôt que de m'amuser avec des âneries pareilles mais ce soir je ne suis bon à rien...
Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?
Vous souhaitez briller dans les dîners mondains mais la lecture vous ennuie ? Vous souhaitez devenir chroniqueur littéraire mais vous n'avez pas la patience de lire les 1500 pages de Millenium ? Vous voulez augmenter le nombre de publications de votre blog de lecture mais n'avez pas le temps de lire plus que vous ne faites déjà ? La solution existe et je l'ai trouvée ici ! Véritable arme fatale du lecteur virtuel, ultime outil de l'imposteur culturel, il s'agit d'un ouvrage de Pierre Bayard, dont le titre est on ne peut plus clair sur ses intentions : il s'agit de "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?"
Emporté par l'enthousiasme de cette découverte, je me jette donc sur mon clavier pour vous en faire part, et peut-être même vous en faire un résumé et une critique tant qu'on y est puisque l'exercice serait possible en s'affranchissant de sa lecture. Mais force est de constater que l'ouvrage de Pierre Bayard détient la paradoxale faculté d'être le seul à résister à une analyse selon ses préceptes sans avoir été préalablement lu. Or, comme je ne vois aucun intérêt à vous parler de livres que je n'ai pas lu, je ne lirai certainement pas celui-ci, ce qui ne vous avance pas beaucoup mais vous incitera peut-être à entreprendre sa lecture et à revenir en ces lieux pour me faire part en commentaire de vos nouvelles connaissances sur l'art de la non-lecture.
PS : Les lecteurs attentifs auront remarqués que je pousse le bouchon jusqu'à classer ce message dans la catégorie "Lectures" de ce blog, alors qu'un minimum de déontologie m'obligerait à le classer dans la catégorie "Blabla", plus indiquée pour ce genre de billets sans véritable contenu. Mais ce type d'entorse à la morale passera bientôt totalement inaperçu puisqu'après avoir lu "Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?" vous ne prendrez même plus la peine de lire mes élucubrations...
Article à suivre...
27 23 octobre 2008
La mezzanine - Nicholson Baker
Lorsque l'on rédige une fiche de lecture, il est de tradition (il paraît que ce mot n'est plus à la mode) de commencer par un résumé de l'oeuvre. Pour réaliser ce résumé, il existe plusieurs solutions, que je vais tenter d'énumérer (j'ai conscience que cette volonté soudaine d'énumération ne fera sourire que les personnes ayant lu "La mezzanine", mais j'assume) :
#1 - la solution artisanale
Il s'agit de confectionner le résumé soi-même. C'est de loin la solution la plus difficile. Rédiger un résumé à peu près convenable n'est pas vraiment évident. Cela peut même parfois tourner au cauchemar. Mais une fois le labeur accompli, on est envahi par un tel sentiment de fierté que l'on oublie bien vite les souffrances endurées, pour se consacrer pleinement à la seconde partie de la fiche de lecture, la plus excitante et la plus facile, qui consiste à laisser pour la postérité son avis de lecteur. Bref, vous aurez compris que c'est cette solution que j'utilise habituellement sur ce blog.
#2 - la solution malhonnête (parfois appelée "méthode de l'Amazon")
Il s'agit de copier/coller un résumé prêt à l'emploi sur un blog ami ou sur le site web d'un grand magasin de vente de bouquins en ligne. C'est rapide, facile et peu fatiguant. Une solution que je me suis refusé à employer jusqu'à présent.
#3 - la solution de la quatrième de couverture (également appelée "méthode Fantasio") [1]
Ici, on recopie la quatrième de couverture du livre à résumer. C'est la solution de facilité, très souvent employée sur les blogs (je ne donnerai pas de noms), mais parfois inadaptée lorsque ladite quatrième de couverture se perd en conjectures philosophiques pas toujours en rapport avec le roman dont elle est censée parler.
#4 - la solution prête à l'emploi
Cette fois, on compte sur un résumé rédigé par l'auteur en personne, généralement en fin de roman, afin de le recopier purement et simplement, sous la forme d'une citation. Cette solution se présente assez rarement, il faut bien le reconnaître, mais il faut malgré tout y penser. En l'occurrence, dans "La mezzanine", Nicholson Baker a suffisamment de conscience professionnelle pour fournir un petit résumé dans les dernières pages de son roman...
Il existe certainement d'autres solutions (on peut par exemple tenter de sous-traiter l'exercice...) mais il me semble que ce petit inventaire n'est pas loin d'être exhaustif. Bref, il se trouve que pour "La mezzanine", les quatre solutions sont utilisables, mais aucune ne me satisfait pleinement.
J'ai d'abord tenté de réaliser un résumé. Mais je tourne en rond avec ce roman sans véritable histoire, et le résultat ne me convient pas.
Recopier la quatrième de couverture pourrait être une solution :
"Parce qu'il casse son lacet de chaussure, un jeune cadre new-yorkais - le narrateur de cet ébouriffant roman - part, à l'heure du déjeuner, en acheter une paire neuve. En chemin, il va voir se liguer contre lui mille objets usuels : un escalier mécanique, des chaussettes, un horodateur une bouteille de lait, un séchoir à main, deux téléphones... Mais il ne s'agit pas d'un simple inventaire à la Prévert. Confronté à cette armada hyperréaliste de choses, le jeune homme va faire de surprenantes découvertes sir l'amour filial ou les raisons de l'isolationnisme américain."
Seul problème : ce résumé est imprécis et plus grave, il me semble qu'il est faux. D'abord, le narrateur ne casse pas UN, mais DEUX lacets. Cela peut paraître anecdotique, mais il se trouve que tout le roman tient sur ce détail. Ensuite, je n'ai pas eu du tout cette impression que les objets se liguaient contre le narrateur. Bien au contraire. On pourrait d'ailleurs dire que ce roman est une déclaration d'amour aux escalators (pour vous dire comme l'éditeur s'est planté). Quant aux "surprenantes découvertes de l'isolationnisme américain", j'ai dû raté quelque chose...
Reste le résumé de l'auteur :
"Moi, la bonne fortune me trouvait aujourd'hui dans la circonstance de quelqu'un qui avait travaillé toute la matinée pour gagner sa vie, cassé un lacet, bavardé avec Tina, réussi à uriner dans des toilettes communes, lavé sa figure, dévoré un demi-sachet de pop-corn, acheté une nouvelle paire de lacets, mangé un hot-dog et un cookie accompagné d'un verre de lait ; et la bonne fortune me trouvait à présent assis au soleil sur un banc vert, un livre de poche sur les genoux."
Le résumé est juste cette fois-ci, c'est d'ailleurs le minimum que l'on pourrait attendre d'un résumé écrit par l'auteur lui-même. Inconvénient : si je me contente de ce seul extrait du roman, vous pourriez vous faire une idée un peu biaisée du style de l'auteur. Ainsi, comment pourriez-vous savoir que l'expression un rien désuète "la bonne fortune" est un clin d'oeil à un texte de Marc Aurèle et n'est ici employée que dans le but d'amuser la galerie ?
Ne pouvant me résoudre à faire un choix pour le résumé, je passe donc directement à la deuxième partie de ce billet : mon avis, forcément subjectif.
"La mezzanine" est donc le premier roman de Nicholson Baker. Ce roman avait été publié en poche dans les années 90. Il est maintenant réédité dans une nouvelle collection pseudo-poche assez élégante, éditée par Robert Laffont.
Une autre remarque sur la forme avant d'aborder le fond : le roman est truffé, que dis-je, totalement encombré de notes de bas de pages, parfois si longues qu'elles ne laissent que deux ou trois lignes au récit proprement dit. Ces notes ont l'inconvénient de casser un peu le rythme de la lecture (cela me fait penser qu'il faut absolument que je perde cette mauvaise habitude de placer des parenthèses un peu partout dans mes messages).
Face à cette avalanche de notes de bas de page, on pourrait être tenté de ne pas les lire pour se concentrer uniquement sur le récit. Ce serait une grosse erreur ! En effet, ces notes de bas de page recèlent de digressions souvent hilarantes et surtout, la dernière note peut être considérée comme la véritable fin du roman. Vous voilà prévenus.
Pour le fond maintenant, le moins que l'on puisse dire est que ce roman est étonnant. Si vous avez lu le résumé les résumés, vous vous en étiez un peu douté. Ces histoire de lacets, d'escalators, de pop-corn... D'accord, c'est "hyperréaliste" comme dit la quatrième de couverture. On peut aussi dire que c'est du n'importe quoi. Le plus étonnant en fait, c'est avec quel talent ce Nicholson Baker est capable de raconter sur un sujet aussi bateau qu'une paire de lacets ou un escalator. C'est pertinent, souvent très drôle, mais tout de même... Alors on pourra y voir bien sûr en filigrane une critique de notre société de consommation par l'absurde, mais rien n'est moins sûr...
En fait, ce roman m'a donné l'impression d'un exercice de style, réalisé par un élève hyperdoué, mais qui, un peu fainéant, n'aurait pas vraiment pris la peine de construire une trame digne de ce nom à son roman pour se reposer sur d'indéniables facilités d'écriture. Nicholson Baker donne vraiment l'impression de pouvoir écrire tout sur n'importe quoi, et d'écrire pas trop mal en plus (pour autant que je puisse en juger).
Je conserverai donc un avis mitigé de ce roman, mais en garderai quelques bons souvenirs ainsi que quelques francs fou rires. "Vox", du même auteur m'avait laissé à peu près la même impression (je viens de le relire pour en avoir le coeur net).
Une petite citation pour finir : "C'était le vrai problème de la lecture : il fallait toujours reprendre à l'endroit même qui vous avait fait arrêter de lire la veille".
[1] : désolé Fantasio, c'était trop tentant ;)
18 21 octobre 2008
Lecture en musique [tag musical]
Un tag [?] musical circule en ce moment sur les blogs, il a fini par arriver ici-même par l'intermédiaire de Sentinelle. Les règles en sont les suivantes :
"Choisir 5 chansons qui vous ressemblent et dire pourquoi.
Faire une petite playlist avec les chansons.
A la fin mettre "The Song" (une sixième chanson) celle que vous aimez d'amour, que jamais plus vous ne vivrez sans !
Taguer 5 personnes de votre choix."
En fait, ce tag m'embarrasse un peu car il n'est pas facile de choisir 5 ou 6 morceaux et encore moins "La Chanson", d'autant plus qu'en musique encore plus qu'en lecture, on adapte ses choix à son humeur du moment... Un autre point m'embarrasse également : il se trouve qu'en matière de goûts musicaux, je crois que j'ai un côté Dr Jekyll et Mr Hyde : je peux écouter du "très calme" comme il me plait à écouter des choses plus... bruyantes (c'est en tout cas le terme qu'utilise mon entourage...). Mon but n'étant pas de vous faire fuir, j'ai tenté de solliciter plutôt Dr Jekyll que Mr Hyde...
#1 - Gabriella Cilmi - Sweet About Me
Je voulais placer "The Child" d'Alex Gopher ici, mais il n'est pas disponible à l'écoute sur Deezer. Du coup j'ai collé ce morceau que j'aime bien écouter en ce moment. D'accord, c'est un peu léger, mais pas désagréable non ?
#2 - Zero7 - Throw It All Away
Un morceau qui met de bonne humeur. Idéal avant une grosse journée de travail...
#3 - PJ Harvey - The Garden
J'aime beaucoup PJ Harvey, même s'il vaut mieux ne pas trop chercher à traduire les paroles, souvent très crues... Pour que ce morceau produise l'effet escompté, il est recommandé de l'écouter au calme, le soir, enfants couchés (au calme quoi...).
#4 - Interpol - Untitled
Un des nombreux morceaux d'Interpol que j'apprécie. Mr Hyde n'est pas loin...
#5 - Dominique A - L'horizon
J'ai eu du mal, mais j'ai tout de même réussi à trouver un morceau en français à placer dans cette liste... Celui-ci peut se voir comme une invitation au voyage. A écouter en lisant un roman de Joseph Conrad ?
#6 - The Pixies - Alec Eiffel
Je ne sais pas si le chanteur-compositeur des Pixies est totalement sain d'esprit, mais il a en tout cas une imagination débordante. La plupart de ses textes demeurent une énigme pour moi, (pour lui aussi peut-être d'ailleurs...) mais j'apprécie ses élucubrations sur les extra-terrestres et sa musique énergique. Ce morceau est à la fois un hommage et une réflexion sur l'oeuvre d'Alexandre Gustave Eiffel (si si !).
Voilà. J'espère ne pas vous avoir trop cassé les oreilles avec ce petit interlude musical. Je suis à présent censé transmettre ce tag, ce qui n'est pas évident car il me semble que la plupart des blogs l'ont déjà reçu... Si le coeur leur en dit et s'ils ne se sont pas déjà prêté à l'exercice, La Liseuse, Michel, Gangoueus, Philo et Yspaddaden peuvent se considérer comme tagués à leur tour...
10 20 octobre 2008
Bonjour tristesse - Françoise Sagan
Cécile a 17 ans. Elle passe ses vacances d'été dans le sud de la France avec son père et sa compagne, Elsa. Tous trois y mènent une vie oisive. L'arrivée surprise d'une ancienne amie de son père, Anne, si belle et si brillante mais trop raisonnable aux yeux de Cécile, vient perturber ce désordre établi...
"Bonjour tristesse", publié en 1954, est le premier roman de Françoise Sagan. Elle a alors 19 ans. Lorsque l'on sait cela, on ne peut qu'être admiratif et fasciné par la lecture de ce petit roman...
On est d'abord admiratif, car écrire avec une telle maîtrise, semble incompatible avec la jeunesse de l'auteur. Sagan maîtrise l'écriture et la construction du roman, qui se révèle être plus que la simple description des errements oisifs d'une adolescente bourgeoise. Elle maîtrise également admirablement ses personnages : la finesse de leurs descriptions laisse deviner une étonnante maturité...
Ensuite, on est à la fois fasciné et un peu dérangé par ce personnage que l'on ne peut bien sûr s'empêcher de croire autobiographique, et qui sous des dehors d'adolescente encore insouciante laisse deviner un véritable "petit monstre" (dixit François Mauriac) en devenir, dont "Bonjour tristesse" nous donnerait à observer les subtiles métamorphoses. Car la chrysalide du début de roman, laisse peu à peu sa place à un dangereux papillon, qui n'hésiterait pas à se brûler les ailes sur les flammes du plaisir, mais qui sans vergogne entraînerait son entourage dans sa chute... Pour cela, mais aussi pour son mépris de ce qui est laid, de ce qui est simple, pour son cynisme, le personnage est complexe et brillant sans doute, mais finalement plutôt antipathique.
"Sans partager avec mon père cette aversion pour la laideur qui nous faisait souvent fréquenter des gens stupides, j'éprouvais en face des gens dénués de tout charme physique une sorte de gêne, d'absence ; leur résignation à ne pas plaire me semblait une infirmité indécente. Car, que cherchions-nous sinon plaire ?"
Il est amusant et révélateur de constater qu'en 2008, on s'offusque d'avantage à la lecture de "Bonjour tristesse" du cynisme du personnage que de la description de ses aventures amoureuses. Celles-ci avaient choqué dans les années 50 et avaient contribué au succès du livre en faisant scandale. Elles donnent aujourd'hui au roman un côté plutôt "fleur bleue"...
3 19 octobre 2008
Retour de balade [billet-photo express]
De retour d'un week-end ensoleillé passé dans le massif des Vosges (photo prise sur le Hohneck)... J'avais dans mon sac-à-dos deux bouquins légers (on ne se charge pas en montagne, même dans les Vosges...) : le très bien écrit "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan et l'étonnant premier roman (réédité récemment) de Nicholson Baker : "La mezzanine". Tous deux auront bien sûr droit à un commentaire en règle d'ici peu...
17 13 octobre 2008
Le rapport de Brodeck - Philippe Claudel
Quelques temps après une guerre que l'on imagine être la seconde guerre mondiale, dans un village reculé d'un pays jamais nommé, un mystérieux étranger, l'Anderer, l'autre venu de nulle part, est assassiné par les Dörfermesch, les hommes du village. Brodeck, parce qu'il sait écrire, parce qu'il est le seul homme du village à avoir fait des études, est chargé par ces mêmes hommes de rédiger un rapport, relatant les faits qui ont conduit à l'Ereignïes, "la chose qui s'est passée"...

J'ai mis beaucoup de temps à lire "Le rapport de Brodeck". Je rechignais à m'y plonger et certains soirs, je préférais reporter tout simplement ma lecture au lendemain. Et pourtant, le roman est excellent, et quelle écriture ! Mais il y a trop d'horreur dans ce roman, trop de noirceur, trop de ténèbres. Comment soutenir les exactions commises pendant ce qu'on imagine être la nuit de cristal, le transport des prisonniers dans les trains de la mort, l'horreur des camps d'extermination, les meurtres, les viols... Comment supporter la vision de ce que l'humanité a engendré de plus vil ?
Décrites par un auteur qui ne les a pas connues, la précision de ces scènes de cruauté pourrait finalement se révéler dérangeante... Car comme Jonathan Littell avec "Les bienveillantes", Philippe Claudel est trop jeune pour avoir vécu ces évènements. Mais le romancier n'est-il pas là tout simplement dans son rôle, funambule sur la corde raide entre imaginaire et vérité historique ?
Jamais vraiment situé, ni dans le temps, ni dans l'espace, Claudel veut donner à son roman un caractère universel. Ainsi le mot "juif" n'est à aucun moment prononcé. Le seul récit de la guerre et des camps aurait largement suffit à nous convaincre de la noirceur de l'humanité, mais Claudel veut frapper fort et additionne les paraboles jusqu'au vertige, jusqu'à la nausée, du meurtre de l'Anderer jusqu'à ce mystérieux et terrible conte de la vieille Fédorine dans les dernières pages du roman...
Pourquoi lit-on ? Si c'est pour le plaisir, il n'y en a pas beaucoup à lire "Le rapport de Brodeck", si ce n'est celui d'admirer la belle écriture de Philippe Claudel, simple et imagée, aussi lumineuse que son roman peut être obscur. On pourra aussi ajouter que le roman est une belle - mais triste - histoire d'amour. Mais parce que l'on ne lit pas que pour son bon plaisir, parce qu'il serait absurde de renoncer à la lecture d'un roman sur le souvenir, on lit "Le rapport" jusqu'au bout...
Réflexion sur la bêtise et la lâcheté, sur l'art et la place de l'artiste dans la société, sur la guerre et la violence, sur l'Histoire et sa négation, sur l'horreur sans nom du génocide, sur la peur de l'étranger et de la différence en général, sur le devoir de mémoire, sur la religion... "Le rapport" est tout cela et certainement bien plus encore.
Mais quel pessimisme ! On le ressent à chaque page, l'écriture elle-même en est imprégnée. Jusque dans les plus innocentes descriptions où se tapissent de sinistres métaphores, de funèbres adjectifs. Incorrigible optimiste, j'ai attendu longtemps une note de lumière. Elle survient presque au terme du récit et Brodeck s'adresse alors à sa fille :
"Je te dis que de l'horreur naît parfois la beauté, la pureté et la grâce. Je te dis que je suis ton père à jamais. Je te dis que les plus belles roses viennent parfois dans une terre de sanie. Je te dis que tu es l'aube, le lendemain, et que seul compte cela qui fait de toi une promesse. Je te dis que tu es ma chance et mon pardon. Je te dis ma Poupchette, que tu es toute ma vie."
Je n'ai peut-être pas bien cherché, mais je n'ai pas trouvé une seule critique négative de ce roman sur les blogs de lecture. Tout au plus, Daniel a eu un peu de mal de digérer "les pseudo-dialectes germaniques"... Mais Sentinelle, Liliba, Katell, Sylvie, Pom et beaucoup d'autres encore (qui m'excuseront j'espère de ne pas les citer) ont toutes* beaucoup aimé ce roman.
*et oui, comme souvent, plus de lectrices que de lecteurs...
32 06 octobre 2008
Les blogueurs parlent aux blogueurs
Je regardais hier les nombreux commentaires qui, à mon grand plaisir, alimentent ce blog et je me fis soudain la réflexion que très peu de ces commentaires étaient le fait d'internautes "normaux", c'est à dire sans blog. Et en y regardant plus près, on constate que c'est le lot de la plupart des blogs. D'où cette question : les blogueurs s'adressent-ils exclusivement aux blogueurs ? Est-ce une forme de timidité de la part des internautes non blogueurs de ne pas laisser de commentaire sur les blogs ? ou les blogs ne sont-ils lus que par des blogueurs ?
Si l'on jette un coup d'oeil sur les statistiques du blog, il semble bien que la plupart des visiteurs soient en effet des blogueurs (et blogueuses bien entendu, mais je simplifie un peu...). Un peu dommage non ?
Et si la faute nous incombait finalement ? L'une des causes de cet état de fait ne pourrait-elle être l'usage d'un vocabulaire abscons pour l'internaute non-blogueur ? Les tag, swap, PAL, LAL et autres blogroll ne font-ils pas fuir l'internaute non-blogueur ? Bref, afin de ne plus perdre le lecteur dans les affres du vocabulaire des blogs, je propose (très modestement ;) ) une solution à ce problème de vocabulaire avec mon nouveau blog expérimental (de quoi occuper les longues soirées d'hiver)...
PS : Ce nouveau blog ne m'empêche pas de poursuivre Romans et Lectures, que je prends grand plaisir à alimenter (certes irrégulièrement ;) et à partager.
18 03 octobre 2008
Miss Silver entre en scène - Patricia Wentworth
Ou les aventures du tricot de Miss Silver...
Avec "Miss Silver entre en scène", Patricia Wentworth nous présente une brochette de personnages hétéroclites, une sombre histoire de meurtre, une coupable toute désignée, de nombreux rebondissements, bref, tout l'attirail du roman policier, dans le plus pur style Agatha Christie...

En plus de suivre les péripéties bien orchestrées d'une enquête somme toute assez classique, Patricia Wenthworth nous décrit également, entre deux piques bien senties contre la gente masculine (voir l'extrait ci-dessous), les étapes de la confection d'un gilet tricoté par la patiente Miss Maud Silver (d'où cet impertinent sous-titre maison). Ainsi le dénouement de l'énigme se conclut en beauté avec l'achèvement dudit tricot, sous nos yeux mouillés par l'émotion...
"Seulement voilà, un homme ne serait pas un homme s'il ne se rendait pas ridicule une fois dans sa vie, alors autant que ce soit le plus tôt possible."
Tout cela est patiemment narré dans une écriture très agréable et classique, calme comme la Tamise un jour de fog Londonien et seulement perturbée deci delà par l'usage immodéré de l'expression "avoir la tête près du bonnet". Mais peut-être ne s'agit-t-il là que d'un caprice du traducteur...
Pour conclure, je dirais qu'il s'agit là d'un livre agréable et reposant, à lire au calme, à l'heure du thé bien sûr. Ne pouvant m'empêcher de comparer cette enquête à celles d'Agatha Christie, il me semble cependant que la trame en est un peu plus simpliste, et le dénouement moins sensationnel (et je ne pense pas qu'au tricot de Miss Silver...).
Une découverte faite chez Cuné alors que j'étais en quête de romans "légers" pour mes vacances. Elle a comme moi été sensible au paradoxal sentiment de quiétude qui se dégage de cette enquête.





















