Romans et Lectures - Blog de lecture

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12 janvier 2009

La vie en sourdine - David Lodge

Roman remarqué de la rentrée littéraire 2008 (comment ça je ne suis pas en avance ?), "La vie en sourdine" a reçu un accueil plutôt enthousiaste, notamment des blogs de lecture (voir plus bas). J'en ai donc profité pour découvrir cet auteur britannique, âgé de 73 ans...

La vie en sourdine - David Lodge - Couverture

Si je donne l'âge du monsieur en guise d'introduction à ce billet, c'est qu'il s'agit là d'un élément important pour aborder ce roman. Car "La vie en sourdine" est très autobiographique, et les préoccupations du héros (ses problèmes d'audition, sa vie sexuelle déclinante, sa retraite...) ne sont pas celles d'un jeune premier. Je conviens que présenter le roman par cette seule énumération est un peu réducteur (voire carrément vache), mais il s'agit tout de même de thèmes importants du roman, la question de la surdité dominant l'ensemble.

Car le personnage principal, Desmond Bates, est sourd. Pas totalement, mais au point tout de même qu'il ne peut avoir une vie sociale normale sans appareillage (un prétexte à quelques scènes plaisantes). La thèse de l'auteur-narrateur est que "la surdité est comique, la cécité est tragique", ce qu'il nous démontre brillamment, par l'exemple, mais aussi, bien malgré-lui, par ses mésaventures. Une surdité d'autant plus handicapante que Desmond est linguiste. À la retraite certes, mais tout de même sensible au discours. On pense à la surdité tragique de Beethoven, un parallèle analysé dans le roman. Malgré la thèse de l'auteur, et quelques scènes cocasses, c'est malgré tout la tristesse qui l'emporte. Le roman est plus sombre que véritablement comique.

Un roman plébiscité par les audioprothésistes...

La surdité est abordé dans le roman dans tous ses détails, parfois très techniques, ce qui donne à l'ouvrage un réel caractère pédagogique. On sort de cette lecture sensibilisé au problème. En revanche, le sujet, quoique bien traité, manque un peu de... comment dire cela tout en restant politiquement correct... enfin... la surdité, c'est handicapant, d'accord, mais ce n'est pas non plus un thème follement excitant (ça y est, je l'ai dit).

En revanche, le livre est très bien écrit. C'est fin, intelligent, parfois très drôle, mais quelques passages sont un peu longs voire répétitifs (les visites chez le père de Desmond par exemple). Monsieur Lodge fait apparaître en cours de récit une jeune étudiante américaine sexy et un peu cinglée pour réveiller le lecteur, mais cela reste assez calme tout de même.

Bilan : si j'ai parfois trouvé  le temps un peu long en compagnie de ce linguiste à la retraite, j'ai réellement apprécié le style de David Lodge, que je relirai sans aucun doute (les conseils pour le choix du prochain sont les bienvenus).

Les avis sur la blogosphère sont généralement élogieux, vous pourrez ainsi lire ceux de : Cuné, Sentinelle, Keisha, Sibylline, Armande ou Laure.

Je note juste pour conclure (et pour mémoire) un petit extrait que je n'arrive pas à placer dans le billet, car peu représentatif du roman :

"Rien ne pouvait mieux illustrer ma thèse selon laquelle l'essentiel de l'art contemporain est soutenu par un immense échafaudage de discours sans lequel il s'effondrerait tout simplement et ne posséderait plus rien qui pût le distinguer des détritus."