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23 janvier 2009

Le Joueur d'échecs - Stefan Zweig

Stefan Zweig a écrit "Le joueur d'échecs" en 1941, au Brésil, alors qu'il vient de fuir le régime nazi. Cette nouvelle fait maintenant partie des classiques, elle est lue et relue pour la clarté de son style, la justesse de son analyse et sa composition sans faille.

Le Joueur d'échecs - Stefan Zweig - Couverture

Le récit imbrique deux histoires se déroulant à deux époques différentes. On découvre d'abord un certain Czentovic, champion du monde d'échecs fruste et grossier, que le narrateur rencontre sur le paquebot qui l'emmène vers l'Amérique du sud. C'est pendant la traversée qu'il fait la connaissance de monsieur M, un joueur d'échecs amateur qui va pourtant terrasser le champion du monde. Cet étonnant prodige va raconter au narrateur les circonstances tragiques de son apprentissage des échecs quelques années plus tôt alors qu'il est enfermé par les nazis. Le récit de cet épisode constitue une sorte de "nouvelle dans la nouvelle", une construction rencontrée dans d'autres oeuvres de l'auteur.

Zweig, en "passionné des choses de l'esprit", se penche donc ici sur l'obsession du jeu d'échecs, qu'il appelle aussi dans sa nouvelle, "l'intoxication par le jeu d'échecs". Pour avoir moi-même connu la passion dévorante de ce jeu (il en reste d'ailleurs quelques traces sur ce blog, avec une catégorie livres d'échecs), j'ai relu ce récit avec une réelle curiosité et une attention très portée je l'avoue sur l'aspect échiquéen de l'oeuvre, bien que la nouvelle ne puisse être réduite à ce seul aspect. Zweig explique l'obsession de son personnage pour les échecs par son enfermement et la pression psychologique imposée par ses geôliers, mais les échecs peuvent se révéler si prenants, que je pense que de telles conditions ne sont pas forcément nécessaires pour sombrer dans une dépendance tout aussi maladive...

Zweig décrit avec justesse les tourments intérieurs, l'état d'excitation extrême que peut éveiller une partie d'échecs acharnée. Savez-vous que dans certaines phases cruciales d'une partie d'echecs, la fréquence cardiaque du joueur peut dépasser les 120 pulsations par minutes ? Et pour avoir participé à quelques compétitions d'échecs, les seuls verres d'eau ingurgités par l'un des personnages de la nouvelle, ne suffisent pas pour tenir plusieurs heures de réflexion. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que même aux échecs planent les soupçons de dopage (je me contente d'un café serré et d'un Red Bull...).

Zweig donne également de nombreuses clefs pour expliquer le pouvoir de fascination des échecs. On imagine que lui-même a dû passer de nombreuses heures de réflexion face à l'échiquier, et qu'il s'est laissé prendre au jeu...

Sous ses apparences de jeu pacifique, le jeu d'échecs est un jeu guerrier. La tactique et la stratégie y tiennent une grande place. Combien de soldats sur les champs de batailles se sont vus comparés dans la littérature à des pièces sur un échiquier ? C'est cela aussi les échecs pour Zweig qui observe horrifié son monde rongé par le fléau de la seconde guerre mondiale ; une vision qu'il ne supportera pas, puisqu'il se suicidera avec sa femme peu de temps après avoir écrit ce récit.

Vous trouverez de nombreux commentaires élogieux de cette oeuvre sur la blogosphère, notamment chez Keisha, Lucile, Lilly, Papillon, Amanda, Karine, Jules, etc.

"Le Joueur d'échecs" de Stefan Zweig   J'ai beaucoup aimé
Le livre de poche, 94 pages, 3 €