28 23 janvier 2009
Le Joueur d'échecs - Stefan Zweig
Stefan Zweig a écrit "Le joueur d'échecs" en 1941, au Brésil, alors qu'il vient de fuir le régime nazi. Cette nouvelle fait maintenant partie des classiques, elle est lue et relue pour la clarté de son style, la justesse de son analyse et sa composition sans faille.
Le récit imbrique deux histoires se déroulant à deux époques différentes. On découvre d'abord un certain Czentovic, champion du monde d'échecs fruste et grossier, que le narrateur rencontre sur le paquebot qui l'emmène vers l'Amérique du sud. C'est pendant la traversée qu'il fait la connaissance de monsieur M, un joueur d'échecs amateur qui va pourtant terrasser le champion du monde. Cet étonnant prodige va raconter au narrateur les circonstances tragiques de son apprentissage des échecs quelques années plus tôt alors qu'il est enfermé par les nazis. Le récit de cet épisode constitue une sorte de "nouvelle dans la nouvelle", une construction rencontrée dans d'autres oeuvres de l'auteur.
Zweig, en "passionné des choses de l'esprit", se penche donc ici sur l'obsession du jeu d'échecs, qu'il appelle aussi dans sa nouvelle, "l'intoxication par le jeu d'échecs". Pour avoir moi-même connu la passion dévorante de ce jeu (il en reste d'ailleurs quelques traces sur ce blog, avec une catégorie livres d'échecs), j'ai relu ce récit avec une réelle curiosité et une attention très portée je l'avoue sur l'aspect échiquéen de l'oeuvre, bien que la nouvelle ne puisse être réduite à ce seul aspect. Zweig explique l'obsession de son personnage pour les échecs par son enfermement et la pression psychologique imposée par ses geôliers, mais les échecs peuvent se révéler si prenants, que je pense que de telles conditions ne sont pas forcément nécessaires pour sombrer dans une dépendance tout aussi maladive...
Zweig décrit avec justesse les tourments intérieurs, l'état d'excitation extrême que peut éveiller une partie d'échecs acharnée. Savez-vous que dans certaines phases cruciales d'une partie d'echecs, la fréquence cardiaque du joueur peut dépasser les 120 pulsations par minutes ? Et pour avoir participé à quelques compétitions d'échecs, les seuls verres d'eau ingurgités par l'un des personnages de la nouvelle, ne suffisent pas pour tenir plusieurs heures de réflexion. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que même aux échecs planent les soupçons de dopage (je me contente d'un café serré et d'un Red Bull...).
Zweig donne également de nombreuses clefs pour expliquer le pouvoir de fascination des échecs. On imagine que lui-même a dû passer de nombreuses heures de réflexion face à l'échiquier, et qu'il s'est laissé prendre au jeu...
Sous ses apparences de jeu pacifique, le jeu d'échecs est un jeu guerrier. La tactique et la stratégie y tiennent une grande place. Combien de soldats sur les champs de batailles se sont vus comparés dans la littérature à des pièces sur un échiquier ? C'est cela aussi les échecs pour Zweig qui observe horrifié son monde rongé par le fléau de la seconde guerre mondiale ; une vision qu'il ne supportera pas, puisqu'il se suicidera avec sa femme peu de temps après avoir écrit ce récit.
Vous trouverez de nombreux commentaires élogieux de cette oeuvre sur la blogosphère, notamment chez Keisha, Lucile, Lilly, Papillon, Amanda, Karine, Jules, etc.
"Le Joueur d'échecs" de Stefan Zweig
Le livre de poche, 94 pages, 3 €
Commentaires
C'est sans doute la nouvelle la plus célèbre de Zweig. Et il faut bien dire que ce court récit est un véritable bijou littéraire. Et en le remettant dans son contexte (en pleine deuxième guerre mondiale) le message est très clair.
"Le Joueur d'échecs" peut être une superbe introduction à l'oeuvre de l'écrivain et donner l'envie de lire son chef d'oeuvre : "La pitié dangereuse" que je considère personnellement comme un sommet de la littérature.
Mais il est vrai qu'il FAUT lire TOUT Zweig !
Et voilà, je lis le commentaire de Fantasio et il a 100% raison ! Je sors de "La confusion des sentiments" ... Quel auteur !
Mais c'est une conspiration ! Après le billet de Lucile, le tien, qui vient me rappeler que je n'ai toujours pas lu cette oeuvre !!!
Je viens également de terminer Le joueur d'échecs ! De Zweig, j'aime particulièrement ses bios de grands personnages, son Marie-Antoinette, lu après avoir vu le film de Sofia Coppola, est un régal...
J'ai beaucoup aimé cete nouvelle!
J'aime beaucoup Zweig et pourtant celle-ci est celle qui m'attire le moins à cause justement du thème des ... échecs ;-)
Hey! Je viens chercher ton lien pour le remettre dans mon billet! J'en profite pour dire que je suis toujours autant épatée par cette sorte de conscience aiguë que certains auteurs ont pu avoir de leur temps (montée des extrémismes en particulier), que j'avais remarquée chez Kressmann-Taylor et que Fantômette l'avait signalée chez Zweig aussi. Comme elle avait raison! :) A bientôt!
J'ai redécouvert cette oeuvre il y a quelques mois et je suis restée agréablement surprise par ce récit. C'est un très bon auteur qui arrive facilement à faire transparaître des émotions. J'ai aimé relire ce livre. Je pense d'ailleurs relire également "24h de la vie d'une femme".
zweig
j'ai lu le joueur d'chec + d'une fois fabuleux ainsi que amok 24 h de la vie d'une femme epous touflant c un auteur qui manque maintenan t et en ce qui concerne le jeu d'echecs c vraiment le roi des jeux le seul a exister deouis la nuit des temps lisez zweig vous n'aurez pas depense votre argent pur rien
Ce petit roman est exceptionnel en ce qu'il symbolise ainsi que tu le dis, les tactiques d'une guerre efroyable mais aussi en ce qu'il montre le courage d'un homme qui, au sein du pire, trouve une passion qui le sauve
J'aime beaucoup cet auteur. Pour info, son dernier récit traduit en français, "Le voyage dans le passé", est très bon également.
@ Fantasio, Keisha, Emma, Mimienco, Laumey, Sybilline : vos commentaires confirment le succès sans faille de cet auteur... il faut que j'ajoute un Zweig dans mes prochaines lectures...
@ Brize : pur hasard ! mais, ça ressemble en effet fort à une conspiration... au fait, tu l'as lu ? ;))
@ Manu : ;) si tu es allergique aux échecs, roman à fuir en effet. Zweig n'est pas le seul à avoir traité ce thème, mais il l'a fait avec beaucoup de précision, et pas mal de détails, donc : bonne excuse !
@ Lucile : sympa d'être venu cherché le lien !
@ Andimar : merci pour votre commentaire : on sent l'inconditionnel de Zweig ! ps : je crois que votre clavier est un peu fatigué non ? ;)
@ Sentinelle : je cherchais justement mon prochain Zweig : peut-être celui-là ?
J'ai découvert Zweig avec ce livre... et je suis conquise depuis!!! Quel conteur!
zweig
tu as raison karine quel conteur lis vite 24 h de la vie d'une femme et amok quel regal
Je rejoins ce que dit Fantasio.Tout est bien sans Zweig. Et même si on n'y connais rien aux échecs ce livre est un bijou.
Je suis encore noué à l'évocation de ce texte de Stephan Zweig que j'ai lu il y a quelques années.
Le souvenir que j'en ai c'est la construction intérieure du joueur d'échecs qui, si mon souvenir est bon, à utiliser ce jeu comme un élément de survie. Il y a une dimension psychologique, une description d'un mécanisme de survie dans un système carcéral et tortionnaire qui finit par être pathologique (il disjoncte sur la fin...).
Un très grand texte qui continue de me hanter...
@+
Superbe, mais comme tout Sweig, n'est-ce pas ? J'ai cependant un faible pour "24 heures de la vie d'une femme"... c'est mon coté romantique...
Zweig est effectivement un merveilleux conteur. Son écriture a un côté profondément humain. Il sait saisir l'essence des personnages de ses fictions ou de ses biographies. Par exemple quelle empathie dans 24 heures de la vie d'une femme...
Je viens de poster un billet sur sa biographie de Marie-Antoinette par ici http://elzevier.canalblog.com/archives/2009/02/24/12693124.html
si ça t'intéresse, tu es le-la bienvenu-e
@ Elzevier : c'est "le" bienvenu ;) Je vais aller voir ça...
Je te conseille vivement "le voyage dans le passé". Un petit bijou
@ Anna Blume : J'ai lu en effet beaucoup de bien du "voyage dans le passé" sur les blogs. Il est sur ma liste !
Je l'avais lu il y a 20 ans... en v.o. pour mes cours d'allemand... et je crois que jamais cette histoire n'est sortie de moi...
Et je viens de découvrir avec plaisir (qui n'égal toutefois pas mon souvenir du Joueur d'échec) le voyage dans le passé. Vaut le voyage quoi qu'il en soit.
Bienvenue l'arpenteur ! je viens de faire un petit tour sur ton blog... ta blogroll vaut à elle seule le détour ! mais il me faudra un peu plus de temps pour lire ces trois années de billets... ;)
Je te conseille aussi 24heures de la vie d'une femme qui est également un très bon livre de cet auteur (je viens de le relire avec autant de plaisir).
Cette nouvelle est excellente, en effet! Et fort prenante.
Excellent roman de Zweig. Passionnante et très intelligente: elle fait réfléchir. Vraiment incontournable!
Il faut lire tout Zweig. Aucun de ses livres n'est déçevant. Il a une très belle écriture et surtout l'art de transmettre les émotions et de faire ressentir. J'aime beaucoup Zweig.
mon livre de chevet
Son autobiographie " LE MONDE D'HIER " à lire et à faire lire


















