Romans et Lectures - Blog de lecture

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18 février 2009

Des souris et des hommes - John Steinbeck

En ces temps de crise, il y a plusieurs attitudes possibles pour choisir ses lectures : la première est de ne rien changer à ses habitudes et de piocher dans sa PAL, la deuxième est de lire des romans légers pour s'évader, la troisième est de choisir des sujets particulièrement graves, histoire de se prouver que tout ne va pas si mal. J'expérimente en ce moment les trois méthodes, passant allègrement de la chick lit au roman nord-américain d'après crise de 1929. Et dans le genre, "Des souris et des hommes" de John Steinbeck, n'est pas loin d'être ce que l'on fait de mieux.

Des souris et des hommes - John Steinbeck

Faut-il vraiment faire un résumé d'un classique ? Oui ? Bon. George Milton et Lennie Small sont deux amis d'enfance parcourant la Californie (dont Steinbeck est originaire) de ranchs en ranchs (orthographiés ranches dans le livre) pour y travailler aux champs comme journaliers. Une puissante amitié lie ces deux hommes si différents : George est vif et petit, Lennie est un géant d'une force inouïe avec un coeur d'enfant. Les deux amis, à force de travail, espèrent avoir accumulé bientôt un pécule suffisant pour mener enfin une vie tranquille et heureuse dans leur propre ranch, mais le destin en décidera autrement...

Le titre du roman est emprunté à un poème de Robert Burns : "Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas". Il fait aussi allusion à Lennie, qui prend un plaisir enfantin à caresser les animaux ou les objets soyeux, le velours ou les souris...

Je devrais dire ici combien ce livre m'a touché, comment Steinbeck, en si peu de pages, parvient à faire ressentir tant de choses, l'amitié, la misère, la beauté, la souffrance, mais après avoir lu l'excellente préface de mon édition, je me dit qu'il vaut mieux m'en tenir là, et me contenter de citer Kessel : "Certains auteurs de l'Amérique du Nord disposent d'un secret impénétrable. Ils ne décrivent jamais l'attitude et la démarche intérieures de leurs personnages. Ils n'indiquent pas les ressorts qui déterminent leurs actes. Ils évitent même de les faire penser [...]L'écrivain s'est borné à reproduire les contours les plus simples, à répéter des paroles banales et vulgaires. Et à travers cette indigence, cette négligence barbares, il accomplit le miracle.[...]Un art singulier nous conduit à combler les vides et les blancs du dessin. Nous achevons le travail du romancier. Nous complétons le canevas. Nous remplissons la trame." Il faut vraiment lire cette préface (et ne pas se contenter de ces extraits qui altèrent un peu le propos).

Ceci dit, on ne peut non plus résumer "Des souris et des hommes" à ses rudes dialogues. Il y a tout de même quelques descriptions.  Elles sont rares, mais ce sont de petits joyaux de concision et de justesse. Je vous cite un extrait de la description de Slim, le roulier : "Son visage en lame de couteau n'avait pas d'âge. Il aurait pu avoir trente ans aussi bien que cinquante. Ses oreilles entendaient plus qu'on ne lui disait, et sa parole lente avait des nuances, non de pensée, mais de compréhension au-delà des pensées. Ses mains, grandes et minces, se mouvaient aussi délicatement que des mains de danseuse sacrée."

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge de lecture "Crisis".

Crisis - Challenge de lecture

Comment ? Vous ne connaissez pas ce challenge de lecture ? Ne cherchez pas, ce challenge n'existe pas. En fait, je m'auto-challenge. Les challenges de lecture circulant sur internet étant bien trop contraignants pour moi, je me crée des challenges de lecture "light", avec deux ou trois livres. Si cela vous intéresse, sachez que le challenge "Crisis" consiste à lire d'affilée trois romans (oui, je suis ambitieux sur ce coup) traitant de la crise de 1929, des grands mouvements sociaux, de la fin du monde, enfin vous voyez l'esprit. Le véritable défi est de tenir psychologiquement jusqu'au bout des trois lectures. Je projete ainsi de poursuivre avec "Les raisins de la colère" du même Steinbeck, et de finir par exemple par "Ravage" de Barjavel. A moins que je ne relise "Germinal"...

"Des souris et des hommes" de John Steinbeck   J'ai beaucoup aimé
Gallimard, Folio, 189 pages, 3.70 €