27 18 février 2009
Des souris et des hommes - John Steinbeck
En ces temps de crise, il y a plusieurs attitudes possibles pour choisir ses lectures : la première est de ne rien changer à ses habitudes et de piocher dans sa PAL, la deuxième est de lire des romans légers pour s'évader, la troisième est de choisir des sujets particulièrement graves, histoire de se prouver que tout ne va pas si mal. J'expérimente en ce moment les trois méthodes, passant allègrement de la chick lit au roman nord-américain d'après crise de 1929. Et dans le genre, "Des souris et des hommes" de John Steinbeck, n'est pas loin d'être ce que l'on fait de mieux.
Faut-il vraiment faire un résumé d'un classique ? Oui ? Bon. George Milton et Lennie Small sont deux amis d'enfance parcourant la Californie (dont Steinbeck est originaire) de ranchs en ranchs (orthographiés ranches dans le livre) pour y travailler aux champs comme journaliers. Une puissante amitié lie ces deux hommes si différents : George est vif et petit, Lennie est un géant d'une force inouïe avec un coeur d'enfant. Les deux amis, à force de travail, espèrent avoir accumulé bientôt un pécule suffisant pour mener enfin une vie tranquille et heureuse dans leur propre ranch, mais le destin en décidera autrement...
Le titre du roman est emprunté à un poème de Robert Burns : "Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas". Il fait aussi allusion à Lennie, qui prend un plaisir enfantin à caresser les animaux ou les objets soyeux, le velours ou les souris...
Je devrais dire ici combien ce livre m'a touché, comment Steinbeck, en si peu de pages, parvient à faire ressentir tant de choses, l'amitié, la misère, la beauté, la souffrance, mais après avoir lu l'excellente préface de mon édition, je me dit qu'il vaut mieux m'en tenir là, et me contenter de citer Kessel : "Certains auteurs de l'Amérique du Nord disposent d'un secret impénétrable. Ils ne décrivent jamais l'attitude et la démarche intérieures de leurs personnages. Ils n'indiquent pas les ressorts qui déterminent leurs actes. Ils évitent même de les faire penser [...]L'écrivain s'est borné à reproduire les contours les plus simples, à répéter des paroles banales et vulgaires. Et à travers cette indigence, cette négligence barbares, il accomplit le miracle.[...]Un art singulier nous conduit à combler les vides et les blancs du dessin. Nous achevons le travail du romancier. Nous complétons le canevas. Nous remplissons la trame." Il faut vraiment lire cette préface (et ne pas se contenter de ces extraits qui altèrent un peu le propos).
Ceci dit, on ne peut non plus résumer "Des souris et des hommes" à ses rudes dialogues. Il y a tout de même quelques descriptions. Elles sont rares, mais ce sont de petits joyaux de concision et de justesse. Je vous cite un extrait de la description de Slim, le roulier : "Son visage en lame de couteau n'avait pas d'âge. Il aurait pu avoir trente ans aussi bien que cinquante. Ses oreilles entendaient plus qu'on ne lui disait, et sa parole lente avait des nuances, non de pensée, mais de compréhension au-delà des pensées. Ses mains, grandes et minces, se mouvaient aussi délicatement que des mains de danseuse sacrée."
J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge de lecture "Crisis".

Comment ? Vous ne connaissez pas ce challenge de lecture ? Ne cherchez pas, ce challenge n'existe pas. En fait, je m'auto-challenge. Les challenges de lecture circulant sur internet étant bien trop contraignants pour moi, je me crée des challenges de lecture "light", avec deux ou trois livres. Si cela vous intéresse, sachez que le challenge "Crisis" consiste à lire d'affilée trois romans (oui, je suis ambitieux sur ce coup) traitant de la crise de 1929, des grands mouvements sociaux, de la fin du monde, enfin vous voyez l'esprit. Le véritable défi est de tenir psychologiquement jusqu'au bout des trois lectures. Je projete ainsi de poursuivre avec "Les raisins de la colère" du même Steinbeck, et de finir par exemple par "Ravage" de Barjavel. A moins que je ne relise "Germinal"...
"Des souris et des hommes" de John Steinbeck
Gallimard, Folio, 189 pages, 3.70 €
Commentaires
Je garde un souvenir ébloui des Raisins de la colère ( j' avais aimé des souris et des hommes aussi ).Ravages , je l' ai lu il y a si longtemps ... et Germinal aussi mais Germinal , Zola ...
Original ton concept de challenge personnel !
;-))
Il s'agit en effet de classiques, que nous avons presque tous lus dans l'adolescence et dont il ne reste parfois que des souvenirs diffus... il faut les relire plus tard, ce que je fais de temps en temps... J'ai lu "Les raisins de la colère" (mon livre de chevet) il y a plus de 15 ans maintenant, j'ai l'impression de redécouvrir ce roman.
Tiens tu me donnes l'envie de relire ce petit chef d'oeuvre ainsi que d'autres romans de Steinbeck. Il me semble que "Des souris et des hommes" et le livre idéal comme introduction à l'oeuvre de l'écrivain avant de passer à "Les raisins de la colère" bien sûr mais aussi le formidable "En un combat douteux" par exemple. Je crois avoir lu tous les romans et nouvelles de cet immense écrivain. Mais ce sont des oeuvres qui acceptent plusieurs relectures....
Je vois que tu n'as pas besoin qu'on te conseille les raisins de la colère ...
Quel challenge !!!
J'adore ces classiques que je n'ai pas lu depuis si longtemps... Ce sont vraiment des oeuvres qu'il faut relire de temps en temps car elles sont si belles.
Merci pour ces jolis souvenirs.
Riche idée. J'ai relu il y a quelques temps justement Germinal..
Inoubliable ce petit roman... J'ai aussi les Raisins de la colère pas très loin qu'il faudrait que je ressorte de ma pile.
Ce livre, lu pourtant il y a longtemps, m'a profondément marquée. Economie au niveau de l'écriture et pourtant un récit d'une intensité incroyable.
Dans un autre registre, plus léger... Un homme qui ose se plonger dans la Chick Litt me semble fin prêt pour un mini swap... Allez laisse-toi tenter par cette expérience inédite !
Hé hé, j'ai réalisé ton challenge sans le savoir:
- Le complot contre l'Amérique de P ROTH - 2de guerre mondiale - uchronie de l'histoire américaine -
- Mille Soleils splendides de K HOSSEINI - histoire de l'Afghanistan, prise de pouvoir des Talibans
- Eux de J C OATES ( le top du "crisis"!!!) - épopée familiale à travers le 20° s à Detroit de 1929 à 1968
Lus à la suite sans même y penser. j'ai tenu le coup, difficilement, depuis, j'ai lu un jeunesse pour m'en remettre!!!
@ Fantasio : je note "En un combat douteux", que je n'ai pas lu...
@ Armande : très drôle. Je ne me sens pas encore tout à fait prêt pour le swap... ;)
@ La Nymphette : Belle série ! Challenge accompli avec les honneurs en effet !
J'aime beaucoup Barjavel mais je ne connais pas celui là !
Si tu ne connais pas Ravages, je te le conseille sans réserve. C'est pour moi le meilleur Barjavel... je le relirai avec plaisir.
Bien d'accord avec ton enthousiasme
Des souris et des hommes est un des romans les plus beaux, les plus forts, les plus émouvants que j'ai lu. Un chef d'oeuvre absolu.
De mon côté, j'ai trouvé une autre voie pour réduire mon, stocks de livres à lire et choisir mes lectures : je délègue et je demande aux lecteurs de mon blog de voter : le sondage de mars est d'ailleurs déjà en ligne !!!
@ Thaïs & Calepin : après "RAVAGE", il faut absolument lire de Barjavel son chef d'oeuvre : "LE VOYAGEUR IMPRUDENT". C'est une merveille ! (il y a d'ailleurs un clin d'oeil à "RAVAGE" dedans)
@ Fantasio : "Le voyageur imprudent" est en effet très bon également (la dernière partie du roman est cependant assez dérangeante...). ps : ton commentaire me fait remarquer une erreur : "Ravage" est effectivement employé au singulier par Barjavel, contrairement à ce que j'ai écrit dans mon commentaire précédent (mais comme toujours, pas de correction possible des commentaires...)
Je l'avais vraiment beaucoup aimé, ce roman, lu à l'adolescence... vraiment un bon souvenir de lecture.
et bien et bien! je me rappelle avoir lu ce livre il y a fort longtemps! c'est un bon petit challenge que tu fais là!!! y'a rien de mieux que les défis perso, qu'on peut tenir! je m'auto challenge aussi pour cette année 2009!!! le thème crisis est pas mal mais j'ai déjà pas trop le moral!!!! par contre je salue ton initiative!!!
Est-ce que ça compte comme un challenge réussi sur la crise d'avoir lu un quotidien trois jours de suite ? Ou d'avoir visionné un JT ?
Trève de plaisanterie...
J'ai adoré des Souris et des hommes te j'ai même versé une petite larme. Comme quoi du pire peut naître le meilleur.
Très rigolo le quizz !
Du coup, je mets ce blog en lien chez moi. Il est trop bien ! :D
Merci Léthée, je découvre et note ton blog par la même occasion !
j'ai le souvenir d'avoir lu ce livre il y a bien longtemps et dans la foulée j'avais lu les raisins de la colère
de quoi dire que Steinbeck est un auteur à conserver précieusement près de soi dans ces temsp de crises qu'il a si bien décrits
denis
Je n'avais pas vu ce challenge de lectures pas drôles, c'est trop drôle jsutement et je vais aller faire un tour... Quand à ce livre, je l'ai lu il y a des années-lumière et j'avais trouvé cela parfaitement... rasoir.
Mes parents m'avait emmené voir la pièce quand j'étais toute petite et j'avais été "scotchée".
A l'adolescence, j'ai lu le roman et ça reste un moment très fort de lecture
Titre
J'ai beaucoup aimé ce livre , il est agréable à lire et j'ai toujours envie de connaître la suite de l'histoire :)
Mais il y a une chose que je ne comprends pas , comment définiriez -vous le sens du titre?
Le seul moment où on parle des souris c'est quand Lennie en avait cacher dans sa poche au début du récit et aussi quand sa tante Clara ne voulait plus lui passer des souris car il les tuait tout le temps :S
J'espère que quelqu'un saurait répondre à ma question :)
Bonjour Nadine, je vous invite à relire mon message, notamment cet extrait d'un poème de Robert Burns : "Les plans les mieux conçus des souris et des hommes souvent ne se réalisent pas"... :)
je me rappelle l'avoir lu il y a longtemps et l'avoir aimé. Par contre, j'ai commencé plusieurs fois 'les raisins de la colère' et je n'ai jamais réussi à le lire !
Souvenir de lycée
Un très bon souvenir de lycée. Steinbeck, une révélation pour moi. Un style et une vérité qui touchent.
Mes camarades de classe détestaient, moi j'adorais... Les raisins de la colère, on aime ou on laisse tomber...


















