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17 28 avril 2009
De quoi parlent les blogs littéraires ?
Voici une représentation graphique des mots les plus employés sur les blogs littéraires. L'échantillon utilisé pour réaliser ce joli nuage est composé des 100 premiers blogs de la catégorie Littérature du classement Wikio, passés à la moulinette par Jean Véronis et un développeur de Wikio.
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Sans surprise, on parle de livres, de romans, d'histoires et d'auteurs sur les blogs littéraires. Curieusement, aucun nom d'auteur n'apparaît : je m'attendais par exemple à trouver Austen ou Meyer, deux auteurs très citées sur les blogs de lecture, mais il n'en est rien. Dernière remarque, ebook et livre électronique ne font pas encore partie de notre vocabulaire courant : le blogueur littéraire, pourtant à l'aise avec l'informatique, semble être encore attaché au bon vieux livre papier, à moins qu'il n'accorde tout simplement plus d'importance au fond qu'à la forme...
8 27 avril 2009
La locataire - Hilary Mantel
Colin et Sylvia habitent avec leurs enfants une ancienne maison londonienne chargée d'histoire. Ils ont à leur service depuis peu Lizzie Blank, une femme de ménage un peu excentrique, mais dévouée. Ils ignorent cependant que Lizzie Blank est également connue sous le nom de Muriel Axton, et qu'elle habitait dix ans plus tôt cette même maison, avec sa mère. Ils ignorent également que Muriel Axton est sortie depuis peu d'institution psychiatrique, et qu'elle nourrit à leur égard de bien funestes desseins...
Hilary Mantel réussit avec "La locataire" à créer une atmosphère véritablement oppressante, tout en glissant çà et là quelques touches d'humour, noir le plus souvent. Les personnages sont bien campés, surtout celui de Muriel Axton qui fait vraiment frémir. Lorsqu'elle veut nous faire ressentir le fonctionnement chaotique de l'esprit dérangé de Muriel, Hilary Mantel adapte judicieusement son écriture, qui perd temporairement sa fluidité et devient heurtée, brutale, confuse. Elle parvient également à nous faire hésiter longtemps sur l'attitude à adopter envers ce personnage ambigu - compassion, pitié, méfiance, dégoût, horreur ? - et propose une réflexion sur l'apparence, sur notre manière de juger notre entourage.
Suggérée ou assumée, la violence est l'un des autres thèmes importants de ce roman. Elle en définit d'ailleurs presque à elle seule le genre : on est pas loin du thriller. Peut-être en est-ce un d'ailleurs.
"Il semblait absurde de penser que Florence, avec ses gilets torsadés, puisse avoir une personnalité violente. Mais il savait, pour l'avoir lu dans les journaux, que tout le monde avait ses profondeurs obscures. Il n'y avait pas plus intransigeant, pour parvenir à ses fins, qu'un militant en faveur de la paix. Aux États-Unis, les détracteurs de l'avortement dynamitaient des cliniques."
Autres sujets largement abordés dans le roman : la famille et le couple. L'un comme l'autre sont ici considérés comme un chemin de croix. Les enfants sont tous plus ou moins paumés, et Colin et Sylvia, leurs parents, passent leur temps à sauver les apparences et à recoller les morceaux de leur amour déliquescent :
"Est-il possible, se demandait Colin, que j'aie un jour véritablement aimé Sylvia ? Mon coeur battait-il plus vite à son approche ? Et pas seulement de peur ? Depuis la débâcle survenue dix ans plus tôt, Colin en était venu à se dire que l'amour romantique était un concept fabriqué, une invention du dix-huitième siècle."
Alors, une réussite ce roman ? Pas tout à fait en fait. J'ai vraiment apprécié le style, l'humour, les digressions, cette façon de présenter l'intrigue et les personnages, mais certains passages (les déboires familiaux et conjugaux de Colin et Sylvia notamment) m'ont semblé un peu moins forts, peut-être un peu trop longs, et surtout, la fin est vraiment déconcertante...
Un mot sur la quatrième de couverture : le roman y est comparé à la série Desperate Housewives... Marketing, bien sûr, mais la comparaison est-elle justifiée ? Oui, par la complexité des personnages et cette façon de jouer avec nos convictions (et nos nerfs). Non, par le nombre de protagonistes (la série met en scène plusieurs familles, la galerie de personnages me semble plus riche) et par le dénouement, un peu moins convaincant.
Hilary Mantel et l'auteure de neuf romans, dont trois traduits en français : "Changement de climat" (1997), "Fludd" (1998) et "C'est tous les jours la fête des mères" (2002). Une auteure assurément douée, à découvrir et à surveiller...
"La locataire" de Hilary Mantel(2009)
Editions Joelle Losfeld, 295 pages, 25 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
12 23 avril 2009
Enterrez-moi sous le carrelage - Pavel Sanaïev
Sacha Saveliev vit à Moscou chez ses grands-parents et ne voit sa mère que rarement depuis qu'elle a refait sa vie avec un artiste. Sacha, comme tout les garçons de son âge, passe le plus clair de son temps à jouer et à rêver. Mais sa santé fragile lui vaut l'attention constante de sa grand-mère Nina, qui oeuvre énergiquement pour empêcher le "pourrissement" de son petit-fils...
Quel effrayant personnage cette grand-mère ! Si vous essayez de vous la représenter comme un vague clone russe de Tatie Danielle, sachez que vous êtes encore loin du compte... Cette grand-mère-ci vocifère et jure comme un charetier, et entre deux malédictions affuble son petit protégé d'aimables sobriquets tels que "débile", "ordure" ou "charogne", sa préférence allant sans conteste pour "salop" :
"Tu as transpiré... Très Sainte Mère de Dieu, protège-nous, il a sué, ce salaud ! Mon Dieu, sauve-le, épargne-le ! Mais maintenant, espèce de créature, tu vas en prendre pour ton grade !". (p.29)
Une grand-mère vraiment effrayante, dont les rares manifestations de tendresse font presque autant frémir que les colères :
"Les baisers de grand-mère provoquaient en moi un haut le coeur et, arrivant à peine à me retenir pour ne pas vomir, j'attendais, avec une exaspération extrême, que ce froid humide cesse de ramper sur mon cou [...]." (p.203)
Etonnamment, le jeune Sacha, qui est aussi le narrateur de cet étrange récit, semble pourtant assez insensible aux accès de violence de son acariâtre grand-mère, et laisse passer les orages avec un détachement parfois surprenant. Il est bien sûr malheureux lorsqu'il fait les frais de la mauvaise humeur matriarcale, mais cela ne dure jamais et son optimisme reprend toujours le dessus. Enfermé dans une prison d'affection étouffante, il parvient à s'échapper à force d'imagination et de jeux d'enfants. Et dans ce maelström de jurons et de colères, se détache comme une icône (n'oublions pas que nous sommes en Russie...) la figure apaisante de la mère chérie :
"Grand-mère était ma vie, maman une fête exceptionnelle." (p.223)
Un roman étonnant, mélange d'absurde, d'humour, de tendresse et de violence, bien écrit, même si le flot ininterrompu d'insultes peut un peu lasser à la longue. On ne peut qu'espérer pour Pavel Sanaïev que ce récit ne soit pas trop autobiographique...
"Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev (2009)
Les Allusifs, 266 pages, 23 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
13 19 avril 2009
Made in China - J.M. Erre
Si comme je l'ai d'abord cru en lisant le titre de ce roman, vous vous imaginez que "Made in China" est une réflexion sur notre société de consommation et ses relations économiques avec la Chine, autant vous dire tout de suite que vous êtes totalement, mais alors totalement à côté de la plaque...
"Lecteur curieux qu'un hasard bienveillant a conduit jusqu'à ces lignes, je préfère vous avertir tout de suite : je ne suis pas écrivain. Mis à part quelques cartes postales à la famille, des lettres d'insultes aux impôts et des listes de courses, je n'ai rien écrit depuis les poèmes lyrico-acnéiques de mon adolescence."
La citation ci-dessus n'est rien de moins que le début du roman. Pour l'avoir lu de bout en bout, je vous confirme que l'auteur n'est pas vraiment un écrivain au sens habituel du terme, et que ce roman est au minimum atypique. En fait, c'est un peu n'importe quoi pour être exact, mais tout de même plutôt rigolo, ce qui est la moindre des choses pour un livre dont le but principal est de divertir le lecteur. Pour vous donner encore un petit aperçu, voici un extrait qui m'a bien fait rire (je sais, je suis très bon public) :
"La pièce était plongée dans le noir. Toussaint s'avança d'un pas inquiet. Puis il se souvint qu'il était entré les yeux fermés, alors il les ouvrit."
Livre amusant donc, surprenant également quand l'auteur fait irruption dans l'histoire pour interpeller le lecteur, lui proposer des variantes de scénarios ou lui rappeler de manière très aimable une référence de page. Il va jusqu'à proposer un résumé du roman en annexe, résumé qui appelle deux remarques :
1. ça a déjà été fait par Desproges, et considérant le style de l'auteur, j'ai du mal de croire qu'il n'en ait pas eu connaissance. Cela sent donc le plagiat éhonté...
2. je tiens à avertir les blogueuses et blogueurs fainéant(e)s qui auraient l'intention de faire l'économie d'une lecture et de se baser sur ce résumé pour écrire un billet sur le livre, que ledit résumé est totalement fantaisiste et ne correspond pas du tout au récit, ce qui assez fourbe, il faut bien le reconnaître, et témoigne assez bien de l'esprit retors de l'auteur.
Bref, un livre à réserver pour un moment de grosse déprime, ou pour le premier jour des vacances à la plage. Pas exactement le genre de roman que l'on imagine recevoir un prix littéraire (si vous voyez ce que je veux dire...), ou alors le Prix de la révélation comique...
"Made in China" de J.M. Erre (2008)
Buchet-Chastel, 280 pages,18 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
A lire également : l'avis de Clarabel.
8 17 avril 2009
Mausolée - Rouja Lazarova
Milena est Bulgare. Elle a 20 ans à la chute du régime communiste, en 1989. Elle a connu cette période sombre de la Bulgarie, avec ses peurs, ses absurdités, mais dans une version plus édulcorée que celle qu'ont connue ses parents et grands-parents.
"J'aurais voulu vivre ce régime comme ma mère, entièrement, jusqu'au moindre rouage, jusqu'à la moindre nuance du dégoût et de la peur, jusqu'à son plus odieux mensonge et sa plus misérable bassesse."
Alors, elle retrace l'histoire de sa famille. Trois générations de 1944 à nos jours. Un demi-siècle de communisme. Et Milena s'aperçoit à quel point il est difficile d'écrire l'histoire du communisme...
"Mausolée" est à la fois une passionnante leçon d'histoire sur la Bulgarie et un témoignage d'amour sensible d'un enfant envers ses parents.
La première partie du roman, la plus importante, couvre la période de 1944 à 1989 et correspond à l'ère communiste. C'est d'abord une période de violence et de règlements de compte arbitraires, puis une ère de peurs et de frustrations. Avec les années, on ressent le délitement progressif du régime, l'étau qui se déssère, mais la prudence demeure. On se méfie de tous et de tout, jusqu'au téléphone, "cheval de Troie du socialisme". La paranoïa est généralisée, mais c'est une forme de survie, car ils (l'auteure emploie systématiquement cet italique pour désigner les membres du parti) peuvent frapper à tout moment : "La vraie terreur frappe arbitrairement".
C'est une ère absurde de bureaucratie ubuesque, de temps perdu : "Se résigner au travail futile était une des conditions de survie de l'homme socialiste". Pendant cette période, la famille de Milena, en "funambule du socialisme" survit, entre rébellion discrète et soumission. Le mélange de haine et d'ironie qu'inspire cette époque à la narratrice se ressent jusque dans l'écriture : "Dans les années soixante, les choses changent imperceptiblement. [...] Ça commence à déconner."
La dernière partie du roman, plus courte, correspond à l'après-communisme, aux années 90. C'est l'apprentissage laborieux de la liberté, mais aussi le temps des désillusions, avec l'avènement des mafias et de l'argent-roi. C'est une partie un peu plus confuse, à l'image de la période.
"Mausolée" est un roman vraiment intéressant, bien écrit, bien construit, sensible, bref, une vraie réussite.
"Mausolée" de Rouja Lazarova (2009)
Flammarion, 331 pages,19 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
7 11 avril 2009
Traques - Frédérique Clémençon
Pas facile ce roman. Une écriture élégante, parfois poétique, parfois hallucinée avec des phrases d'une longueur à couper le souffle, mais une construction un peu déroutante avec des chapitres se suivant sans logique apparente, écrits à la première personne par chacun des quatre personnages principaux. On cherche un lien entre ces personnages, on s'attend au fil des pages à ce que leurs chemins se rencontrent, mais il n'en est rien. Tout au plus, leurs histoires parfois se croisent. Quatre personnages, quatre destins, quatre attitudes face à un monde moderne perçu comme un rouleau compresseur face auquel la fuite est souvent la seule réponse possible pour les plus faibles d'entre nous. Un constat plutôt pessimiste...
"La vieillesse est un naufrage. Pas de doute la-dessus." (p. 50)
"C'est un rêve que je fais chaque nuit. Des sacs de sable tombent d'une nacelle et je me dis que ce sont des morceaux de ma vie qui s'en vont, qui se perdent et que c'est ainsi que nos vies se défont: une marée grouillante de visages et de voix, des colonies de souvenirs abandonnés et pour finir nos corps dépouillés." (p. 84)
Une fois n'est pas coutume, le roman étant plutôt difficile à résumer, je vous livre la quatrième de couverture afin de vous donner un aperçu de l'histoire :
"Quatre personnages sortent du silence pour raconter leur histoire. Anatole, chassé de son pays natal, survit en errant d'usines désaffectées en marais orageux. Jeanne, qui étouffait dans une famille mortifère, a pris la fuite. Elisabeth s'étiole dans une maison de retraite indifférente au sort des pensionnaires et Vincent, cadre sans cesse évalué, se retire peu à peu du monde de l'entreprise. Tous sont exclus, tourmentés, pressés de rendre des comptes ou de s'effacer sans bruit. Mais tous, aussi, ont le désir de résister, de ne pas se soumettre à ces sociétés qui tuent à petit feu, classent et traquent sans merci."
"Traques" de Frédérique Clémençon (2009)
Editions de l'Olivier, 160 pages,16 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
18 09 avril 2009
"Satisfait ou remboursé" : pour les livres aussi ?
Si vous doutiez encore que le livre était une marchandise comme une autre, je vous conseille de regarder attentivement les étiquettes sur certains livres de poche des éditions 10/18 en vente actuellement. Vous pourrez y lire en gros caractères, comme sur le premier paquet de lessive venu, la mention : "Vous serez conquis ou remboursé"...
Avant de vous ruer chez le premier libraire venu, sachez tout de même que cette opération n'est valable que sur quelques livres de l'éditeur (dont "Torturez l'artiste !" de Joey Goebel), qu'elle est limitée dans le temps et qu'il vous faudra justifier par quelques lignes la raison de votre insatisfaction. L'éditeur reste prudent en ne proposant le remboursement que sur quelques livres, mais l'opération reste tout de même assez audacieuse, et l'on se plait à imaginer ce que cela pourrait donner si elle était déployée à plus grande échelle...
Edit. du 10 avril : un billet presque synchro avec celui d'InColdBlog !
8 06 avril 2009
Les âmes fardées - Aurore Guitry
"Les âmes fardées" (à ne pas confondre avec "Les âmes brulées" de Andrew Davidson, que l'on peut voir sur les présentoirs des librairies en ce moment, ou "Les âmes mortes" de Gogol ou "Les âmes grises" de Claudel ou "Les âmes vagabondes" de Stephenie Meyer... bon d'accord, j'arrête) est le deuxième roman de Aurore Guitry, après "Les petites morsures", paru en 2007.
Je pensais que ma vision de Bangkok, une ville de moiteur et de lascivité, était un peu caricaturale. Si j'en crois l'image que renvoie de cette ville "Les âmes fardées", ma conception de Bangkok semble tout à fait conforme à la réalité. On ne peut de plus reprocher à Aurore Guitry le moindre manque de documentation, puisqu'elle a fait plusieurs séjours en Thaïlande, y a passé une partie de son enfance, et doit donc connaître son sujet. Certains passages au début du roman ne cachent pas beaucoup leur volonté d'instruire le lecteur occidental : "Nous les Thaïs, avons la peau lisse."
Le roman est articulé autour de trois personnages et de trois époques, ce qui oblige le lecteur à un minimum de concentration dans les premiers chapitres et autorise l'éditeur à nous affirmer dans une quatrième de couverture enthousiaste comme il se doit que le roman est "superbement construit"...
L'action se déroule à Bangkok, en 1984, en 1986 et en 2006. Les trois personnages principaux sont le jeune Phon, la prostituée Dokmaï, et un mystérieux "homme masqué" (désigné comme tel de multiples fois dans les chapitres le concernant, un effet de style, mais une répétition un peu lassante après plus de 300 pages...), vivant reclus dans le Bangkok contemporain. Pas besoin d'être sorcier pour deviner que les destinées (tragiques, pour ne rien vous cacher) de ces trois personnages se rejoindront d'une façon ou d'une autre à la fin du roman, mais le supsense est suffisamment bien mené pour que l'on poursuive la lecture de ce long roman jusqu'à son terme.
Le moteur de la curiosité me semble important dans un roman tel que celui-ci, car si le style classique et limpide d'Aurore Guitry n'est pas désagréable, certaines scènes de violence (les scènes pendant lesquelles le jeune Phon est battu par son frère, et d'autres scènes encore que je ne peux décrire ici sans déflorer le récit) tiennent tout de même de la descente aux enfers. En ce qui me concerne, le moteur de la curiosité a fonctionné, mais j'ai peu adhéré à ce personnage de maquilleur mono-maniaque peignant sur les visages des symboles et autres emblèmes, un personnage secondaire dans le récit, mais sur lequel est bâti tout le roman, un personnage bizarre qui m'a laissé dubitatif, mais qui semble avoir fasciné l'auteur.
"Les âmes fardées" de Aurore Guitry (2009)
Calmann-Lévy, 378 pages,18 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com.






















