Romans et Lectures - Blog de lecture

Chroniques littéraires, commentaires, critiques et fiches de lectures : bienvenue sur le blog de lecture de Calepin.

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14 29 juin 2009

La joueuse d'échecs - Bertina Henrichs

"La joueuse d'échecs" : voici un titre qui fait inévitablement penser au roman de Stefan Zweig, "Le joueur d'échecs". On se surprend du coup à jouer au jeu des comparaisons, pour se rendre compte assez rapidement que le petit format est à peu près le seul point commun entre ces deux livres. On retrouve certes l'aspect "addictif" (comme on dit maintenant) des échecs, mais pour le reste, les deux romans sont vraiment très différents...

Bertina Henrichs - La joueuse d'échecs

Là où Zweig faisait des échecs un jeu un peu inquiétant et plutôt "désociabilisant", Bertina Henrichs en fait un moyen d'émancipation pour son héroïne, la discrète Eleni, habitante de la petite ïle grecque de Naxos. Les échecs sont ici un prétexte pour aborder le sujet de la condition féminine, sur un ton léger et ironique (surtout envers la gente masculine, qui en prend pour son grade, de manière assez amusante). On est loin du roman de Zweig, qui est tout sauf léger...

En tant que joueur d'échecs, je n'ai encore une fois pas pu m'empêcher de prendre le thème des échecs au pied de la lettre, et de surveiller de près la manière dont la question était traitée. J'ai été surpris de constater que Bertina Henrichs maîtrisait vraiment le sujet : bonne documentation ou témoignage d'une authentique joueuse d'échecs, je l'ignore. On retrouve en tout cas quelques phases de jeu très réalistes et beaucoup de noms d'ouvertures. L'état d'esprit du joueur d'échecs pendant la partie est bien retranscrit, du choix de l'ouverture, parfois guidé par des critères affectifs plus que stratégiques ou tactiques, jusqu'à ce profond détachement, cette étonnante coupure avec le monde extérieur si caractéristique au jeu.

"Précautionneusement, elle avançait son premier pion et pénétrait alors dans l'espace qu'elle avait fait sien, celui des soixante-quatre cases qui, pour quelques heures, se substituerait au monde." (p.138)

En refermant ce roman, le mot qui m'est venu à l'esprit était "charmant". L'écriture, le ton, l'histoire, tout est charmant dans ce gentil roman...

Du côté des blogs de lecture, les avis de Laurence et de Leiloona.

"La joueuse d'échecs" de Bertina Henrichs Pas mal du tout
Livre de poche, 156 pages, 5 €.

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Posté par Calepin à 09:46 dans LECTURES



12 22 juin 2009

La plus belle histoire du monde - Rudyard Kipling

Il y a quelques mois, je lisais dans les commentaires laissés sur un blog, l'intervention d'une blogueuse qui trouvait que les blogs de lecture lisaient tous les mêmes livres, et qu'au vingtième billet sur le même roman, elle avait tendance à ressentir une certaine lassitude... Il est en effet inévitable que les plus gros succès de librairie se retrouvent souvent sur les blogs (cela n'empêche cependant pas chaque blog de se distinguer avec des lectures un peu plus confidentielles qui font la diversité et la richesse de la blogosphère "littéraire").

Me remémorant la réflexion de cette blogueuse, je me disais en lisant "La plus belle histoire du monde" de Kipling il y a quelques semaines, qu'en publiant un billet sur cette nouvelle, je contribuerais peut-être à briser sa monotonie (à condition qu'elle fréquente ce blog...), puisque je n'avais jamais lu de chronique sur ce texte de Kipling...

Hélas pour toi, blogueuse inconnue, lorsque je finissais ma lecture de cette courte nouvelle, j'étais loin d''imaginer que dans les jours qui suivraient, Pagesapages, Lou, Leiloona et Cécile publieraient chacune un billet sur cette même nouvelle. Pour ce qui est de l'originalité... Comme il y a cependant autant d'avis que de lecteurs, et que chacun peut apporter sa pierre (très modeste en ce qui me concerne) à l'édifice, je vous livre tout de même le mien (d'avis) sur cette nouvelle de Kipling, rééditée chez André Versaille éditeur...

La plus belle histoire du monde - Rudyard Kipling

"La plus belle histoire du monde" relate la rencontre entre un écrivain et un jeune commis Londonien, Charles Mears. Ce dernier fait part à son ainé des premiers chapitres d'un récit si précis, si réaliste, que l'écrivain acquiert la certitude que le jeune homme ne peut qu'avoir vécu les faits dans une précédente incarnation...

"Voici que m'était donné, à moi entre tous les hommes, la chance d'écrire le plus merveilleux récit du monde, tout simplement l'histoire d'un galérien écrit par lui-même. Rien d'étonnant, en effet à ce que son rêve eut sembler réel à Charlie. Les Parques, si soigneuses en général, de clore derrière nous les portes de nos vies successives, avaient été cette fois-ci négligentes, et le regard de Charlie plongeait, bien qu'il ne s'en rendît pas compte, là où nul homme n'avait eu la fortune de voir en pleine connaissance de cause depuis le commencement des temps." (p.34)

Kipling, certainement inspiré par ses origines indiennes, tente d'expliquer le processus de la création littéraire par le biais de la métempsychose, dans une nouvelle qui flirte donc avec le fantastique, écrite dans un style délicieusement suranné, notamment dans la conduite des dialogues.

Un peu suranné également, la place de la femme dans cette nouvelle, réduite à l'état de tentatrice pouvant seule rompre le charme de l'inspiration littéraire, s'inspirant peut-être de la symbolique du fruit défendu...

Finalement, s'il ne donne pas les clés pour écrire la plus belle histoire du monde, ni n'explique d'où vient cette fameuse inspiration, Kipling parvient cependant à mettre des mots sur cette impression de perfection presque surnaturelle qui effleure parfois le lecteur, et que les écrivains semblent ressentir comme un véritable état de grâce.

"La plus belle histoire du monde" de Rudyard Kipling Pas mal du tout
André Versaille éditeur, 93 pages.

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Posté par Calepin à 15:11 dans LECTURES

23 15 juin 2009

Facebook - Et moi ! Et moi ! Et moi! - Nina Testut

"Facebook - Et moi ! Et moi ! Et moi !" est un livre sur le plus célèbre des réseaux sociaux. Mais comment juger un livre sur Facebook lorsque l'on ne l'utilise pas ? C'est la question que je me suis posée avant même de commencer ma lecture, et il a bien fallu que je trouve une solution à cet épineux problème afin de rester conforme à la rigueur éditoriale qui caractérise ce blog...

Première solution : profiter de l'occasion pour ouvrir un compte sur Facebook

Une solution élégante, mais un peu artificielle, puisqu'essentiellement motivée par la curiosité. Cette position m'aurait d'ailleurs placée dans la situation du "passager clandestin", si j'en crois la classification des utilisateurs de Facebook proposée par Nina Testut, une situation peu glorieuse qui ne m'aurait certainement pas permis de juger des immenses possibilités offertes par le site, puisque mon compte serait très certainement resté désespérément vierge des fameux "amis" nécessaires à son bon fonctionnement. Une solution bien vite [1] abandonnée.

Deuxième solution : squatter un compte Facebook

Solution moins élégante, mais diablement rapide et efficace. Pas de formulaire d'inscription, pas de recherche fastidieuse d'"amis", pas de bidouillage de son profil. J'ai donc réussi à force de persuasion à obtenir les identifiants de ma femme, pour me connecter à son profil et voir enfin à quoi ressemblait ce fameux temple du Web 2.0. J'ai ainsi pu découvrir l'interface assez sobre de Facebook, lire les "statuts" plus ou moins inspirés des quelques "amis" de mon épouse, et apprécier les nombreuses sollicitations du site, dont celles de curieuses "applications" dont les intitulés ( "Es-tu un psychopathe" ou "Quel personnage de Walt-Disney serais-tu"...) m'ont souvent laissés dubitatifs...  Ayant ainsi pu me faire une rapide idée de Facebook, je pouvais commencer sereinement ma lecture du "docu-fiction" de Nina Testut...

Facebook - Et moi ! Et moi ! Et moi ! - Nina Testut

Le livre de Nina Testut est un curieux mélange d'essai, avec ce qu'il faut de références et de chiffres édifiants (on y apprend notamment que Facebok compte plus de 5 millions d'utilisateurs en France), et de fiction, avec une galerie de personnages, tous utilisateurs de Facebook. Ces personnages utilisent chacun le réseau social à leur façon, une manière assez souple de présenter les différentes catégories d'utilisateurs. Chaque personnage présente ses opinions ou ses états d'âme à la première personne, sous forme de courts chapitres, commençant la plupart du temps pas "Je suis ..." afin de rappeler au lecteur s'il en doutait que l'on est bien dans le règne du Moi surdimensionné.

Je me permets de relever ici le principal défaut du livre : j'ai été un peu gêné que les différents personnages s'expriment tous plus ou moins de la même manière. L'auteur leur a prêté à tous à peu près le même langage "djeune" avec des choper, kiffer et autre glamour, un peu répétitifs et irritants à la longue. Je veux bien croire que Facebook est majoritairement utilisé par les moins de 30 ans, mais était-il nécessaire de caricaturer le langage à ce point ?

Passé ce détail (et quelques anglicismes peut-être pas toujours justifiés), le livre est très intéressant pour un novice (comme moi). Il doit l'être également pour un utilisateur confirmé qui pourra certainement se reconnaître dans la galerie de personnages proposés par l'auteur.

Parmi les surprises de l'ouvrage, j'ai appris avec tristesse qu'à plus de 30 ans, j'étais un vieux crouton sur Facebook, j'ai également appris que le nombre d'amis moyens sur le réseau atteignait le chiffre hallucinant de 120, ce qui m'a fait me poser des questions sur ma sociabilité avec ma dizaine de véritables amis dans la "vraie" vie...

Twitter - Et moi ! Et moi ! Et moi !

Enfin, j'ai apprécié les analyses pertinentes qui clôturent chaque chapitre (je n'ose imaginer le nombre d'heures qu'a dû passer Nina Testut sur Facebook pour faire ainsi le tour de la question...). Beaucoup de ces analyses peuvent s'appliquer à d'autres réseaux sociaux que Facebook, dont le fameux Twitter, très à la mode en ce moment. A propos de Twitter, et pour vous dire à quel point je ne suis pas à une contradiction près, je m'y suis inscrit il y a quelques semaines, poussé par la curiosité. On pourra (à juste titre) faire de nombreux reproches à Twitter, on pourra au moins lui épargner celui du "hold-up sémantique", car ici les "amis" sont un peu plus sobrement nommés des "followers" [2] ...

"Facebook - Et moi! Et moi! Et moi!" de Nina Testut (2009)  Pas mal du tout
Editions Hoebeke, 190 pages, 17 €

[1] et provisoirement...
[2] un anglicisme difficilement traduisible pour le coup. De l'anglais to follow : suivre.

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Posté par Calepin à 10:41 dans LECTURES

72 08 juin 2009

Un moteur de recherche pour les blogs de lecture

Lorsque vous recherchez une fiche de lecture ou un livre sur Google ou sur Bing, vous savez tous que l'on est rapidement submergé par le nombre de réponses, plus ou moins pertinentes. Pour éviter cela, j'ai bricolé un moteur de recherche personnalisé qui permet d'effectuer ce type de recherches uniquement parmi des blogs de lecture. La liste comporte 327 blogs à ce jour, mais je la mets régulièrement à jour. Cet outil est à votre disposition sur cette page.

Moteur de recherce personnalisé - Blogs de lecture
Cliquer pour accéder au moteur de recherche

Petite précision : ce moteur n'indexe que les "blogs de lecture", c'est à dire uniquement des blogs publiant régulièrement des chroniques de lecture. Les blogs de chroniques littéraires, les blogs d'auteurs, les blogs d'écriture, les blogs de poésie, bref les "blogs littéraires" purs, ne sont volontairement pas indexés. De même pour les blogs sur l'édition, les blogs BD, les blogs sur la littérature jeunesse, sur le livre numérique, sur les bibliothèques, qui font aussi partie de mes favoris, mais pas de ce moteur..

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Posté par Calepin à 09:45 dans Blabla lecture
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13 05 juin 2009

L'avant-dernière chance - Caroline Vermalle

Comme beaucoup, je me suis toujours dit qu'un livre qui arborait fièrement le bandeau écarlate d'un prix littéraire fraîchement acquis ne pouvait être complètement mauvais. Profitant de cette attitude répandue, les prix littéraires ont fleurit ces dernières années, à tel point que les origines de beaucoup d'entre eux sont parfois un peu obscures. Une petite visite sur le site prix-littéraires.net, qui recense plus de 1300 prix littéraires, finira de vous convaincre (s'il en était besoin) de l'ampleur du phénomène. Dans cette longue liste de prix, on peut trouver le Prix Nouveau Talent, prix dont s'enorgueille le roman de Caroline Vermalle, "L'avant-dernière chance". Mais qu'est-ce qui se cache derrière ce nouveau prix littéraire ?

L'avant-dernière chance - Caroline Vermalle

Si l'on cherche un peu, on découvre dans les dernières pages du livre que ce prix récompense un premier roman intégrant le langage SMS et les messageries instantanées et qu'il est en grande partie financé par Bouygues Telecom...

Quoi !? J'ai entre les mains un livre de promotion du langage SMS, ce langage honni qui pourrit le niveau en orthographe de nos lycéens et pollue les commentaires des blogs high-tech (un peu moins les blogs de lecture), un prix qui plus est financé par un opérateur téléphonique pour des raisons assurément plus mercantiles que littéraires ?

Vous aurez compris que, quitte à passer pour un vieux débris (37 ans depuis peu), je ne suis pas un fan du langage SMS : lorsque j'envoie un texto, je fais partie de ces maniaques qui soignent leur orthographe, mettent des majuscules aux noms propres et des accents si nécessaire.

J'ai donc commencé ma lecture, le stylo entre les dents, prêt à dégainer à la première fausse note, mais au bout de quelques pages, j'ai pu faire trois constatations étonnantes :

1.Caroline Vermalle n'a pas écrit son roman en langage SMS.

Les SMS qui, conformément au contrat, sont présents dans le récit, sont logiquement rédigés en langage SMS, mais le texte est, contre toute attente, rédigé dans un français correct. Les quelques SMS présents sont de plus tous traduits. Une bonne surprise.

2.Caroline Vermalle a respecté son contrat, mais elle l'a respecté intelligemment.

Pour tout dire, si j'avais fait partie du jury chargé de sélectionner le meilleur roman en compétition pour le Prix Nouveau Talent, j'aurais très certainement voté pour ce bouquin. C'est intelligent parce que le récit met en scène un grand-père et sa petite-fille, et qu'en mettant en scène des personnages jeunes (qui utilisent naturellement les SMS), mais surtout d'autres beaucoup moins jeunes (un marché à conquérir pour un opérateur téléphonique), elle cible les bonnes personnes. Le roman prend parfois des airs de manuel à l'usage du débutant en langage SMS, mais cela est fait  avec naturel et humour, et il est bien connu que pub et humour font en général un ménage heureux.

3.Caroline Vermalle aime les vieux.

Mais je suis vraiment injuste avec l'auteur d'insister aussi lourdement sur l'aspect un peu promotionnel de ce livre, car le roman est vraiment sympa, plein d'humour et de bonne humeur. C'est un roman sur l'amitié, un peu franchouillard. Sur cet aspect, il me fait un peu penser au film "Bienvenue chez les Ch'tis" de Dany Boon : pour vous faire une vague idée du roman, vous pouvez déplacer l'action du film en Bretagne et ajouter une quarantaine d'années aux personnages. C'est aussi un roman sur la vieillesse et l'indifférence. Le regard de l'auteur sur ses ainés, plein de tendresse, est parfois surprenant d'empathie pour une auteur si jeune (35 ans, comme moi...).

Le roman, malgré ce thème qui peut (à tort bien sûr, c'est la leçon du livre) rebuter, reste un livre très facile, certes plein de bons sentiments, mais une bonne lecture de vacances (week-end de Pentecôte approved), drôle, légère et divertissante.

Un roman qui a fait l'objet de commentaires plutôt positifs sur les blogs de lecture, notamment chez Lou ou chez Chris89, ou chez Frisette. On peut lire un avis un peu plus mitigé chez Sylire.

"L'avant-dernière chance" de Caroline Vermalle (2009)  Pas mal du tout
Calmann-Lévy, 246 pages, 8.90 €

Merci à Caroline Vermalle, qui a bien voulu prendre le risque de m'envoyer son roman :)

Commentaires (13)
Posté par Calepin à 22:15 dans LECTURES



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