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30 octobre 2009

Une partie du tout - Steve Toltz

Lorsque l'on a entre les mains ce monument de près de 500 pages à l'écriture serrée, on est d'abord un peu intimidé. Et pourtant, café et rations de survie sont superflus pour affronter ce roman, car croyez-le ou non,  les talents de conteur de Steve Toltz sont tels qu'une fois pris dans ce récit, vous ne pourrez plus en décrocher...

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Le roman commence derrière les barreaux d'une prison australienne, où Jasper Dean, le narrateur, a tout loisir de nous conter les aventures épiques de son défunt père, Martin, philosophe bourré de contradictions et féroce misanthrope... Les rapports qu'entretient Jasper avec son detestable mais néanmoins génial père sont complexes : le jeune homme oscille entre respect admiratif et envie de parricide (Freud et Dostoïevsky sont comme il se doit cités dans le roman, p. 107 et p. 402 pour être précis).

On peut donc voir dans le roman une réflexion sur les liens familiaux que l'on pourrait résumer (très brutalement, j'en conviens) par cette phrase lapidaire de Jasper Dean : "Ces dingues sont ma famille." (p. 412) (on pense à "Toutes les familles sont psychotiques" de Douglas Coupland (l'Australien Toltz a-t-il rencontré le canadien Coupland lors de son séjour à Vancouver ? (voici que je me mets à imbriquer les parenthèses (mauvaise influence de Jaenada)))).

Comme la plupart des bons romans, "Une partie du tout" comporte différents niveaux de lecture. Il peut se lire comme un excellent roman d'aventure, avec une dimension quasiment épique, mais il peut également être considéré comme un roman philosophique, débordant d'aphorismes et de digressions pleines d'esprit, mais aussi, ce qui ne gâche rien, d'humour.

Pas convaincu ? Allez dans la librairie la plus proche, saisissez-vous de ce livre (toute bonne librairie qui se respecte se devrait  d'en posséder au moins un exemplaire), sautez en page 199 et lisez le chapitre intitulé "J'ai failli mourir cette nuit !" : ce braquage qui finit par une discussion entre amateurs de littérature russe, de Céline et d'Hemingway devrait vous plaire.... Et s'il vous faut un passage plus léger pour vous convaincre, rendez-vous à la page 114, et lisez quelques extraits du "Manuel du crime" : intitulés "Oh le beau feu. Tout sur l'incendie volontaire" ou "Crime sans motif. Pourquoi ?", ils devraient finir de vous rendre ce roman sympathique...

Truffée de dialogues enlevés, de comparaisons chocs et de métaphores acrobatiques, l'écriture de Steve Toltz est enlevée, tout en restant fluide et accessible. Par certains excès du style et du récit, il y a un côté Palahniuk chez Toltz, mais l'Australien écrit bien mieux que l'Américain. Il est aussi plus profond. Philosophes iconoclastes ou gangsters mégalomanes, les personnages du roman sont fascinants, complexes, excessifs et provocateurs, aussi drôles qu'est cruelle leur vision du monde.

Alors, parfait ce roman ? Pas tout à fait. L'auteur se laisse parfois emporter par son élan et il y a quelques faiblesses en fin de roman, avec un récit qui devient un peu rocambolesque, mais ces quelques écueils ne suffisent pas à ternir le roman (ni mon enthousiasme). Peu nombreux sont les romans qui réunissent plaisir et profondeur ; le plaisir est souvent léger, la profondeur austère. Toltz réussit avec "Une partie du tout" le tour de force de concilier ces deux qualités.

"Une partie du tout" de Steve Toltz (2008) J'ai adoré
Belfond, 496 pages, 23 €