Romans et Lectures - Blog de lecture

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12 novembre 2009

Le chameau sauvage - Philippe Jaenada

chameau_sauvageVous savez qu'un auteur n'est pas maladroit lorsqu'en quelques mots il vous donne cette impression un peu déroutante qu'il lit en vous, mieux que vous ne sauriez le faire. Une sensation que j'ai éprouvée plusieurs fois en lisant "Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada, mais curieusement, l'un des déclics les plus évidents ressentis pendant ma lecture n'a pas été forcément à l'avantage de l'auteur.

Ce déclic, je l'ai ressenti à la page 378 de mon édition avec cette phrase : "Je ne comprenais pas - J'avais une impression globale de compréhension." Mais oui, c'est bien ça ! (me dis-je en mon for intérieur). Car cette phrase, tirée des derniers chapitres du roman, correspondait mot pour mot à mon état d'esprit d'alors. Je voyais à peu près où venait en venir Jaenada, en tournant ainsi autour du pot avec ses histoires de 4L Majorette Rouge et de chameaux sauvages, mais non, rien à faire, pas de déclic, pas d'étincelle de compréhension. Et alors que j'étais en train de remettre en cause les fondements même de mon intelligence (certes limitée), je tombai sur cette phrase et tout s'éclaira d'un coup : comment pouvais-je comprendre, puisque l'auteur lui-même ne comprenait pas ce qu'il voulait dire ? J'avais d'une certaine façon la confirmation d'une impression plus prosaïque  : la fin du roman était un peu laborieuse. C'est un peu dommage de finir une lecture sur une note négative, car elle risque de ternir le souvenir que l'on peut en avoir. Jaenada aurait dû commencer par la fin, comme je viens de le faire.

Mais m'appesantir ainsi sur les derniers chapitres n'est  pas rendre justice au roman, bien meilleur que ma laborieuse introduction ne pourrait laisser croire. Alors reprenons tout à zéro : le narrateur de ce récit aux accents surréalistes se nomme Halvard Sanz (déjà, le ton est donné). Particulièrement maladroit et malchanceux, il nous raconte ses aventures, émaillées de gaffes et de rencontres plus ou moins heureuses, le tout agrémenté de moult digressions.

L'écriture de Jaeanda est plaisante, elle fourmille d'inventions, de comparaisons originales, de métaphores joyeuses et d'aphorismes du style : "Ne réfléchissez pas trop, c'est décevant". L'auteur fait un usage immodéré des parenthèses, qu'il se plait à imbriquer (un procédé largement utilisé dans "Les brutes", du même auteur). Le roman est un peu inconstant, mais vraiment marrant. Et Jaenada a du talent pour décrire avec justesse et humour nos hésitations, nos intimes maladresses.

Une des scènes les plus réjouissantes est celle de la garde à vue, dans les première pages du roman : "Je ne sais pas où tous ces films idiots vont chercher les ribambelles de putes pittoresques qu'ils entassent toujours dans les cellules de garde à vue. [...] Le commisaire du coin n'avait pas la sensibilité ni la conscience professionnelle d'un metteur en scène soucieux de réalisme, il n'avait mis là que deux gros type." Puis plus tard : "Mais l'autre, assis à côté, à peine moins gros mais plus en muscles, les mains solidement plaquées sur les genoux, me dévisageait comme s'il tenait enfin le salaud qui à violé sa soeur." Les premiers chapitres sont vraiment marrants, et je me suis surpris plus d'une fois à me bidonner tout seul dans mon coin.

Paradoxalement, certains passages sont toutefois assez sombres, voire tragiques. Comme souvent avec les oeuvres jouant sur le ressort comique, on devine parfois une forme de désespoir en grattant un peu la couche burlesque. D'ailleurs, il me semble que je n'ai jusqu'à présent jamais lu de romans franchement drôles de bout en bout (du genre que l'on pourrait sans crainte conseiller à un dépressif (d'ailleurs, si vous en connaissez (pas des dépressifs, des romans drôles de bout en bout (voyez comme les parenthèses imbriquées améliorent la lisibilité d'un texte)))). Ces romans-là cachent toujours quelques passages d'une grande tristesse, d'autant plus intense qu'elle contraste avec le reste.

Merci à Cécile  et Fantasio, qui m'ont vivement conseillé cette lecture. Vous trouverez d'autres avis, dans l'ensemble plutôt positifs, chez Liliba, qui vient de lire ce roman.

Un livre lu dans le cadre du challenge "Les coups de coeur de la blogosphère" de Théoma (coup de coeur de Cécile).

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"Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada (1997) Pas mal du tout
J'ai lu, 382 pages, 6.70 €