Romans et Lectures - Blog de lecture

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30 mars 2010

Comment j'ai survécu à "Coups bas et talons hauts" de Tonie Behar

Encore de la chick lit sur Romans et Lectures ? N'ayez crainte, je ne ressuscite pas le défunt Challenge Chick Lit For Men. Je vous fais simplement part du dénouement d'un défi que m'avait alors gentiment lancé Tonie Behar. L'auteur de "Coups bas et talons haut" m'a en effet fait parvenir son roman, faisant le pari que je ne pourrais qu'y survivre...

Le présent message confirme ce que beaucoup d'entre vous aviez déjà deviné : je suis toujours vivant après la lecture de ce roman. Mais dans quel état psychologique ? Je vous en laisse juge, si vous avez le courage de lire les quelques lignes qui suivent...

behar

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je voudrais commencer par présenter mes excuses à Tonie Behar. J'ai reçu son livre il y a plusieurs semaines maintenant, et je ne l'ai pourtant lu que récemment. Pourquoi un tel délai ? Pourquoi ne me suis-je pas jeté sur ce roman ? D'abord parce que je ne suis pas une poulette. Ensuite parce que je sortais du Challenge Chick Lit For Men et qu'un tel challenge laisse des traces (les rares survivants ne me contrediront pas (les autres non plus d'ailleurs)).

La période de l'après-challenge est en effet un moment difficile. En ce qui me concerne, il a fallu du temps pour me réinsérer dans la société (après plusieurs thérapies, j'ai fini par prendre le dessus et j'ai depuis peu repris le travail à la plus grande joie de ma famille ; j'ai pris beaucoup de recul, pour finalement considérer cette expérience comme une étape clef de mon développement personnel, une étape qui m'a rendu meilleur et plus fort).

Bref. Plus solide que jamais et enfin prêt à affronter "the horror", comme disait Joseph Conrad (je ne suis cependant pas vraiment certain qu'il parlait alors de chick lit), j'entamai la lecture de "Coups bas et talons haut" confiant, mais sur mes gardes tout de même....

Dès les premières pages, il m'a fallu faire face à un feu nourri de marques en tout genre (le "name dropping" dans le jargon militaire) et de termes savants destinés d'entrée de jeu à me faire rebrousser chemin (étrange gloss et autres curieux mascaras). Mais mon solide entraînement m'a permis de faire rapidement abstraction de ces obstacles, pour ne voir que l'essentiel : un début du récit mariant avec une certaine réussite le roman à l'eau de rose et le second degré :

"Pour cette sollicitude inattendue, pour ses yeux marines, pour son sourire blanc, et aussi parce qu'elle était profondément romanesque, quelque chose se passa dans le coeur de Dahlia. Cela ressembla à un glissement sentimental, un affaissement des défenses, peut-être dû au contrecoup de l'agression dont elle venait d'être victime." (p.12)

Pas si mal. Hélas, le second degré s'est fait plus rare par la suite, ne perçant plus que dans quelques scènes, dont celle-ci, suintante d'érotisme torride, que je ne résiste pas à vous livrer :

"Très lentement, le regard toujours planté dans le sien, Dahlia fit glisser ses dents sur sa lèvre inférieure. Libérée de la morsure, sa lèvre jaillit, rouge, gonflée, humide. Elle souffla un imperceptible soupir et vit avec ravissement une main sortir de sa poche. Les longs doigts d'Adam se posèrent sur sa joue. Sa paume était douce. Son pouce explora doucement le contour de sa bouche. L'érotisme de la caresse manqua la faire gémir, mais elle se retint. Le regard noyé, Adam respirait avec précipitation. Du bout de sa langue elle effleura sa peau. Il laissa échapper une plainte qui la mit presque en feu. Au moment où il sortait enfin sa seconde main de sa poche pour l'enlacer, au prix d'un effort infini, elle appuya sur la poignée de la portière." (p. 110)

Mais vous auriez tort de juger ce roman sur mes quelques lignes forcément ironiques (il en va de ma crédibilité tout de même). Si vous l'aviez lu, vous sauriez en effet comme moi que seules deux milliards de personnes dans le monde peuvent avoir accès aux 306 médicaments considérés par l'OMS comme essentiels et soignant 98% des maladies (les MEG ou médicaments essentiels génériques).

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos brebis, ou plutôt à nos poules. Je suis finalement sorti indemne de "Coups bas et talons haut", qui dans le peu que j'ai lu de chick lit, me semble faire partie du haut du sac à main. Mais n'abusons pas des bonnes choses : sauf nouveau défi plus ou moins suicidaire, vous ne devriez pas revoir de littérature de poulettes en ces lieux avant quelques dizaines d'années...

"Coups bas et talons hauts" (2008) Pas terrible
Jean-Claude Lattès, 282 pages, 17.50 €