Romans et Lectures - Blog de lecture

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31 14 juin 2010

Dracula - Bram Stoker

"Dracula" fait partie de ces classiques que l'on pense connaître, mais que l'on n'a pas forcément lus. Peu intéressé par les histoires de vampires, je me contentais très bien jusqu'à présent de cette connaissance approximative... Mais chargé récemment de publier une série de chroniques pour le blog de Sony consacré aux livres numériques, et souhaitant rédiger un billet traitant de l'indéboulonnabilité de certains classiques, il devenait difficile de faire plus longtemps l'impasse sur ce roman emblématique...

Dracula

Armé de mon lecteur de livre électronique fraîchement acquis, je me suis donc connecté à Feedbooks pour télécharger (gratuitement) l'oeuvre de Bram Stoker. Entre parenthèses, c'est le premier roman que je lis intégralement sous forme électronique, une petite révolution dans ma vie de lecteur... Mais je reviendrai sur l'expérience dans un prochain billet, parlons plutôt du roman...

Pour les allergiques aux romans épistolaires, il peut être utile de rappeler que "Dracula" est une recueil de courriers, de notes, de passages de journaux intimes. On peut cependant préciser que les correspondances sont assez longues, souvent entrecoupées de dialogues et donc assez vivantes. On fait assez vite abstraction du genre.

Même armé de solides a priori négatifs sur l'oeuvre, j'avoue m'être laissé happer par ce roman pas aussi poussiéreux que l'on pourrait penser. Il n'est pas dénué de suspense, ni même d'une certaine modernité. L'enquête que mènent les personnages principaux pour retrouver Dracula fait appel à des méthodes qui s'apparentent beaucoup à celles des profilers dont sont friandes les séries américaines contemporaines ; l'énoncé des super-pouvoirs du compte Dracula (voir extrait ci-dessous) ferait pâlir de jalousie le mieux loti des super-héros ; et le dénouement du récit, haletant à souhait et se jouant à la seconde près, n'a rien à envier aux scènes d'actions chronométrées des blockbusters américains...

"Le vampire qui se trouve parmi nous, possède, à lui seul, la force de vingt hommes ; il est plus rusé qu'aucun mortel, puisque son astuce s'est affinée au cours des siècles. [...]il peut, avec pourtant certaines réserves, apparaître où et quand il veut et sous l'une ou l'autre forme de son choix ; il a même le pouvoir, dans une certaine mesure, de se rendre maître des élément : le brouillard, le tonnerre, et de se faire obéir de créatures inférieures, telles que le rat, le hibou, la chauve-souris, la phalène, le renard et le loup ; il peut se faire grand ou rapetisser et, à certains moments, il disparaît exactement comme s'il n'existait plus." (p.368)

Dracula est également un roman plus riche que l'on pourrait imaginer. Publié en Angleterre en 1897, en pleine révolution industrielle, on sent tout au long du récit l'intérêt de l'auteur pour les sciences. Le nombre de notes consacrées à l'étude de la maladie mentale de Renfield (ce patient qui devient fort agité lorsque le compte Dracula est dans les environs) par le Dr Seward fait également penser que Bram Stocker était particulièrement intéressé par l'étude des maladies mentales. Il est d'ailleurs un contemporain de Charcot, cité dans le roman (p.302), et de Freud qui vient alors de publier ses écrits sur l'hypnotisme, une technique souvent utilisée dans le récit.

Une surprise également à la lecture de ce roman : la sensualité de certaines scènes. Pas de doute : dans l'esprit de Bram Stocker, la sensualité est associée au Mal et ses vampires à la volupté. Les femmes vampires sont des "ribaudes" ; certains passages sont assez torrides...

"Je n’osais par relever les paupières, mais je continuais néanmoins à regarder à travers mes cils, et je voyais parfaitement la jeune femme, maintenant agenouillée, de plus en plus penchée sur moi, l’air ravi, comblé. Sur ses traits était peinte une volupté à la fois émouvante et repoussante et, tandis qu’elle courbait le cou, elle se pourléchait réellement les babines comme un animal, à tel point que je pus voir à la clarté de la lune la salive scintiller sur les lèvres couleur de rubis et sur la langue rouge qui se promenait sur les dents blanches et pointues. Sa tête descendait de plus en plus, ses lèvres furent au niveau de ma bouche, puis de mon menton, et j’eus l’impression qu’elles allaient se refermer sur ma gorge. Mais non, elle s’arrêta et j’entendis un bruit, un peu semblable à un clapotis, que faisait sa langue en léchant encore ses dents et ses lèvres tandis que je sentais le souffle chaud passer sur mon cou." (p.63)

Enfin, il faut bien avouer que certaines scènes sont assez bouleversantes. Deux cents ans Plus de cent ans après sa publication, le roman marque encore, et n'usurpe pas sa renommée...

"Dracula" de Bram Stoker (1897) Pas mal du tout


Commentaires

    Clairement, il n'usurpe pas sa renommée.
    J'avoue que je n'avais pas forcément d'a priori, et du coup, j'ai été très étonnée de la place de la femme (Mina est intelligent et ils s'épatent car c'est très très rare) et il y a des passages relativement fleur bleue (pour ne pas dire cucul la praline) avec les extraits de journaux intimes et de correspondances.
    Je l'ai lu également il y a peu de temps (début d'année?) et c'est sûr, il faut au moins l'avoir lu une fois

    Posté par Acr0, 14 juin 2010 à 11:25
  • Acr0> Ta remarque sur le rôle de la femme dans ce roman est très juste. Il est vrai que Mina croule véritablement sous les compliments de ses quatre compagnons. Cela en deviendrait presque lassant...

    Posté par Calepin, 14 juin 2010 à 12:05
  • J'ai lu le roman il y a une dizaine d'année, mais je l'ai redécouvert à travers un livre de développement personnel "Le vampirisme au quotidien" qui évoque les harceleurs de la vie courante et établi, à travers une relecture de l'œuvre, une corrélation avec Dracula.

    Du coup, le personnage devient très familier et intemporelle, et offre une nouvelle perspective.

    Posté par Valentine, 14 juin 2010 à 14:29
  • Je n'aurai jamais pensé lire ce livre et maintenant j'en ai grande envie. Merci !

    Posté par patacaisse, 14 juin 2010 à 16:15
  • Valentine> Je savais que ce roman avait fait l'objet de nombreuses adapations et détournements... mais le retrouver accomodé à la sauce du développement personnel !? Etonnant.

    Patacaisse> Reste à le lire, et à ne pas être déçue : je m'en voudrais...

    Posté par Calepin, 14 juin 2010 à 16:46
  • Je fais mienne la première phrase de ton billet. En effet, combien de classiques connait-on sans les connaître vraiment ! Je m'étais dit il n'y a pas longtemps qu'il fallait que je pense à le lire, les médias ayant en plus remis le roman au goût du jour avec la publication d'une "suite" ou d'un remixe... Et ton billet est convaincant.

    Posté par Liss, 14 juin 2010 à 16:48
  • Il faut que je le relise : ma première lecture avait été délicieuse mais elle est lointaine et il me tarde de replonger dans ce roman...

    Posté par maggie, 14 juin 2010 à 22:27
  • C'est clair, on est loin de "Twilight"...
    Je suis d'accord avec toi, c'est un très bon reflet de l'époque, fin de siècle. Tu me donnes presque envie de le relire.

    PS: l'adaptation de Coppola est assez intéressante.

    Posté par Voyelle&Consonne, 15 juin 2010 à 09:29
  • Le thème du vampire était très à la mode au XIXe mais Stocker a été le premier à respecter les légendes car dans les œuvres antérieures, les vampires pouvaient se balader le jour... Par contre c'est au cinéma que l'on doit les canines ! Chez Stocker et ses contemporains le vampire ne mordait pas, il suçait ses victimes...
    PS : je ne suis pas une fan du genre mais je prépare une thématique sur la figure du vampire dans la littérature...

    Posté par Lily Rature, 15 juin 2010 à 10:31
  • Liss> J'ai lu pas mal de billets l'année dernière sur cette suite de Dracula, écrite par le neveu de Bram Stoker, Dacre Stoker et sortie en 2009 il me semble. On n'en parle plus beaucoup...

    Voyelle&Consonne> Je n'ai pas vu cette adapation, mais il semble qu'il y ait eu pour une fois un certaine volonté de l'auteur d'être fidèle au roman. J'ai lu cependant que le compte Dracula avait quelques remords dans le film, ce qui ne semble pas vraiment être le cas dans l'oeuvre originale...

    Lily> Lorsque tu écris que c'est au cinéma que l'on doit les canines, et que les vampires de StoKer ne mordaient pas, je ne suis pas tout à fait d'accord avec toi:

    Ainsi, cette phrase de Van Helsing (p.313) : "Regardez, reprit-il; regardez : elles sont devenues plus pointues. C'est avec celles-ci - et il touchait les canines - qu'elle a mordu les enfants." ou encore cet extrait (p.45 : "Quand le compte nous vit, il ricana hideusement, découvrant ainsi des canines longues et pointues"...

    Posté par Calepin, 15 juin 2010 à 12:05
  • @ Calepin: même si la trame est +/- la même que dans le roman, Coppola en fait avant tout une histoire d'amour où Mina représente l'épouse perdue du comte ce qui, si mon souvenir est bon, n'est pas dans le roman.

    Posté par Voyelle&Consonne, 16 juin 2010 à 06:03
  • Moi, je n'hésite pas à qualifier ce roman de chef d'oeuvre. Admirablement écrit il a beaucoup souffert d'adaptation cinématographique ineptes. C'est un grand et beau livre.
    Par contre je n'ai pas plus envie de lire la suite que je n'ai envie de lire celle des Misérables.
    Dracula est maintenant un classique de la littérature en général et le livre phare du fantastique littéraire.

    Posté par Fantasio, 16 juin 2010 à 07:15
  • Oups ! Belle boulette ! Faut croire que ma mémoire me fait défaut et comme ma lecture de Stocker date déjà un peu et que je n'ai plus le livre sous la main... Après recherche, il semblerait même que canines typiques apparaissent pour le première fois dans Le Fanu de Joseph Sheridan parue en 1872 dans le recueil « In a Glass Darkly »...

    Posté par Lily Rature, 16 juin 2010 à 10:23
  • Tu me tentes, là... un classique que je n'aurai probablement jamais acheté, et voilà, un de plus qui finira par rejoindre mes étagères...
    J'ai hâte de connaître tes impressions de "lecture électronique"

    Posté par philo, 19 juin 2010 à 01:48
  • lire en numérique c'est comment ?

    Bonjour calepin. c'est vrai qu'on croit connaître ses classiques et qu'on les connait souvent mal... je viens ainsi de me replonger dans le Mariage de Figaro (comédie romantique oblige!) et j'ai été épatée par sa construction. je le chroniquerai bientôt.
    mais je voulais surtout avoir votre avis sur l'avenir du livre numérique. avez-vous apprécié l'expérience de lire tout un livre sur un écran? pensez vous que cela se démocratisera dans un avenir très proche, proche ou encore lointain?
    amicalement,
    Tonie Behar

    Posté par tonie behar, 21 juin 2010 à 17:45
  • à propos du numérique

    Philo, Tonie> Il y a beaucoup à dire sur la lecture numérique : pour résumer, je dirais "bien, mais peut mieux faire...", j'essaierai d'y consacrer quelques billets dans les prochaines semaines...

    Je vais tout de même répondre succintement à vos questions, Tonie :

    Concernant le plaisir de lecture : lire sur un ebook est un peu déroutant dans les premiers temps, mais une fois lancé, on oublie totalement l'objet.

    Concernant la démocratisation de l'objet : oui, le livre numérique se démocratisera, mais certainement pas dans un avenir très proche, pour deux raisons principales à mon avis : la faiblesse du catalogue (je n'ai même pas trouvé "Coups bas et talons hauts", c'est dire!) et les restrictions actuelles sur les livres commercialisés sous cette forme (livre perdu une fois le quota de changement de supports atteint, impossibilité de copier/coller ne serait-ce qu'un extrait de quelques lignes)...

    Posté par calepin, 21 juin 2010 à 23:53
  • j'ai adore ce roman que j'etudie souvent avec mes eleves en anglais spour leur faire decouvrir le gothique!

    CONCOURS sur mon blog si ca t'interessse (autour d'une anecdote pour gagner un weekend a barcelone)

    Posté par paristempslibre, 26 juin 2010 à 09:33
  • paristempslibre> concours? week-end à bracelone? je vais aller voir cela...

    Posté par calepin, 27 juin 2010 à 21:55
  • Un chef-d'oeuvre

    J'ai été complètement absorbée par ce roman. Il reste exceptionnel malgré les époques. Que dire? Immortel!

    Posté par fandj, 29 juin 2010 à 20:18
  • Bonsoir Calepin, je suis moins convaincue que toi. Je ne peux pas dire que le roman m'ait passionnée, j'ai eu du mal à le terminer, je me suis un peu ennuyée. Au bout du compte, il ne se passe pas grand-chose. C'est statique. Bonne soirée.

    Posté par dasola, 01 juillet 2010 à 23:40
  • Un pur chef-d'oeuvre!

    C'est vrai que la plupart des gens les connaissent tant par les nombreuses adaptations cinématographiques, mais en oublient la qualité du texte qui les surpasse toutes.

    Posté par Marc, 03 juillet 2010 à 23:16
  • Un post trés instructif acoompagnés de commentaires trés utiles pour moi.
    Je vais donc lire ce livre.
    Merci à tous.
    David
    http://www.plaisirparlalecture.com/
    http://www.davidmourey.com/

    Posté par David Mourey, 10 juillet 2010 à 07:40
  • "Entre parenthèses, c'est le premier roman que je lis intégralement sous forme électronique, une petite révolution dans ma vie de lecteur..."

    Je rêve d'une contagion rapide, car mes lectrices lisent mes poèmes comme des petits pains mais boudent mon roman "électronique"!

    Posté par Adolf Gilbert, 14 juillet 2010 à 11:34
  • une suite

    Il y a une suite au livre de Bram Stoker ecrit par un lointain petit neveu. La suite est sympathique car elle demarre exactement la ou s'est terminée ce livre.

    Posté par Readpocket, 14 juillet 2010 à 16:25
  • pour revenir au numerique

    Je pense qu'en France, l'ebook mettra beaucoup de temps à décoller. Cela vient peut être du fait que les gens sont moins enthousiastes face à la modernité. Il faut être patient. Mais quand les éditeurs s'entendront entre eux, on aura des chances de voir enfin des nouveautés en epub plutôt que des classiques. Lors d'un récent voyage aux Etats-Unis, j'ai remarqué que les américains avaient adopté l'ebook. j'ai craqué et j'ai acheté un reader. De nombreuses personnes utilisent ce support pour lire dans les bus et métros à New York. Lorsque je fais de même en France, je passe pour un extra terrestre!

    Posté par sgmaster, 18 juillet 2010 à 00:30
  • 200 ans, comme tu y vas!

    Bonjour Calepin, ce roman a été publié comme tu l'as écrit à la fin de ton billet en 1897 (l'année de naissance de mon grand-père maternel qui aurait eu 113 ans seulement cette année!). Sinon, j'ai lu ce roman, il y a quelques années, et j'ose avouer que je me suis (un peu) ennuyée. Je l'ai trouvé très statique. Je sais que c'est un livre de référence à beaucoup de point de vue mais vraiment pas passionnant. Bonne journée.

    Posté par dasola, 21 juillet 2010 à 13:57
  • C'est peut-être bizarre, mais mon expérience m'a montré que les gens préfèrent un petit texte comme ça à tout un roman!

    N'aie pas peur!
    Elle a bien arraché la porte de mon coeur,
    Mais elle est restée dehors,
    Car ton amour est le plus fort.
    Que veux-tu que je fasse?
    Je vais remettre la porte à sa place.
    Mais la prochaine fois gare à toi!
    C'est peut-être elle qui ferait la loi!

    Posté par plume d'or, 24 juillet 2010 à 18:02
  • Oups

    Dasola> Je ne suis pas très fort en calcul mental... C'est corrigé, merci !

    Posté par calepin, 28 juillet 2010 à 11:10
  • Un bon classique comme on les aime

    J'ai eu ma période vampire et le summum c'est quand même ce roman à côté Twilight c'est du pipi de chat!
    http://aufildesplumes.blogspot.com

    Posté par Au fil des plume, 01 août 2010 à 17:17
  • Je l'ai découvert il y a un an environ et j'avais adoré. Un vrai coup de coeur. Comme dis dans l'un des commentaires j'ai été surprise par le côté cul-cul la praline de certains passages, mais aussi par le côté "detective story".
    Génial. Je le relirai !

    Posté par Tiphanya, 21 août 2010 à 20:55
  • Je suis ravie de cette critique élogieuse sur mon roman préféré ! Dracula est un chef d'oeuvre qui me glace le sang. Je trouve que la succession de lettres/entrées de journal intime casse un peu la routine et c'est vrai que certains détails paraissent résolument modernes pour l'époque !
    Quant à la sensualité...je dirais que c'est le propre du vampire

    Posté par eve, 31 août 2010 à 17:26

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