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8 12 décembre 2008
Génération X - Douglas Coupland
Voici une relecture qui comptait beaucoup pour moi. En effet, j'ai lu ce livre il y a une quinzaine d'années, et je le cite régulièrement parmi mes lectures préférées. Or, je me demandais ces derniers temps si ce n'était pas finalement la fougue et l'insouciance de ma jeunesse (sic) qui m'avaient fait apprécier ce roman. À 35 ans (j'arrondis un peu), je me lance donc dans cette expérience de relecture afin de savoir si oui ou non, je suis devenu un vieux con l'âge peut influencer la perception d'une oeuvre...
"Génération X" n'est pas un livre facile à résumer. Je ne broderai pas autour de la question de la difficulté à résumer certains livres et des différentes manières de s'y prendre, je vous ai déjà fait le coup... Cette fois-ci, il faut vraiment que je m'y colle. Pour faire simple, on peut dire que "Génération X" raconte la vie de trois américains trentenaires de Palm Springs (Californie), un peu paumés, qui ont décidé de vivre en marge de la société dans leurs bungalows et passent le temps entre jobs inintéressants et histoires du soir autour du feu.
"Dans leur quête parallèle d'une vérité personnelle, elles se sont délibérément mises en marge de la société, et ça, je crois, ça demande du courage."
Avant de lire la moindre ligne, le livre étonne par sa mise en page, avec des marges larges qui sont autant d'espaces pour y placer des slogans parfois fantaisistes, de courtes définitions et des illustrations pop art (signées Paul Leroche), une présentation qui accentue l'aspect "rebelle" du roman et qui n'est pas dérangeante, bien au contraire. Les titres des chapitres eux-mêmes sont loin d'être anodins : "Quitte ton boulot", "Les expériences achetées ne comptent pas", "Reconstruis"...

Une fois lancé dans la lecture, le style est plutôt agréable. Les esprits chagrins pourront peut-être reprocher à l'auteur un usage immodéré de l'italique, qui donne parfois un côté un peu maniéré au récit, un tic qui n'est pas sans rappeler Nicholson Baker. À ce sujet, je me demande si la phrase "... casser un lacet en attachant sa chaussure vous jette instantanément sur un autre plan de conscience" n'est pas un clin d'oeil à "La mezzanine" de Baker (dont toute l'histoire repose sur cette expérience malheureuse de lacet cassé)...
"Maman, je n'ai pas envie de cadeaux pour Noël. Je n'ai pas envie de vivre avec des objets."
Mais au fait, qu'est-ce que cette génération X ? Pour Coupland, il s'agit des 20-30 ans (le roman a été écrit fin des années 80 et publié en 1989), ces après-Baby-Boomers qui gâchent leur vie dans des métiers insipides et sans avenirs (les "mac-jobs"). Une génération arrivée trop tard, dans une société de consommation qui n'apporte pas de réponse satisfaisante à leur volonté de donner un sens à leur vie qu'ils jugent absurde et sans relief. À noter que Coupland n'est pas l'inventeur de cette expression, si l'on en croit l'article (assez confus) sur Wikipédia.
"Nos systèmes centraux avaient disjoncté, brouillés par l'odeur des photocopies, du correcteur, le parfum des titres de bourse et le stress sans fin des boulots absurdes faits à contre-coeur et sans gloire."
Le livre aborde assez classiquement (voir mes lectures de Nicholson Baker ou Chuck Palahniuk qui expliquent mon attitude un peu blasée) le thème de la société de consommation mais aussi l'écologie, qui pointe le bout de son nez sous les blagues incessantes sur le nucléaire...
"Claire glisse du pop-corn scientifiquement traité dans le four à micro-ondes.[...] Je n'ai jamais l'impression de mettre de la nourriture dans ces trucs [...], j'ai plutôt l'impression d'introduire des barres de carburant dans un réacteur nucléaire."
Si vous aimez les récits au scénario compliqué et mûrement réfléchi, avec une "vraie histoire", vous pouvez cependant passer votre chemin. "Génération X" est un roman "blabla" truffé d'anecdotes, jouant sur les états d'âme et les opinions souvent cyniques des trois "héros" : Claire, Andy et Dag. C'est aussi un roman "d'ambiances". Toutes ces fameuses histoires que ce racontent les trois compères sont autant d'atmosphères différentes qui nous transportent dans des mondes différents. Certains moments sont très forts, mais toujours brefs. Coupland aime jouer sur la fugitivité des instants heureux et sait en faire ressentir l'émotion.
"J'avais la nostalgie de l'événement au moment même où il arrivait."
Alors, quel bilan 15 ans après ? Il me semble que le livre a bien vieilli et que son message est toujours d'actualité. Je comprends un peu moins bien cette volonté de vivre "en marge" et reste dubitatif face à l'apparent décalage entre les revendications et l'attitude finalement assez paisible voire passive des protagonistes, mais je comprends les interrogations de Coupland et je reste sensible à son style et à son humour ainsi qu'à ces quelques moments pleins de tendresse et d'émotion. Ouf.
7 14 mai 2008
Toutes les familles sont psychotiques - Douglas Coupland
Il y a des romans que l'on aborde avec enthousiasme avant même d'en avoir lu la première ligne... Le plaisir de retrouver un auteur qui vous a laissé un bon souvenir de lecture et une collection qui réserve en général de bonne surprises (10/18, "Domaines étrangers"), une couverture pas trop moche, un titre accrocheur : suffisant pour aiguiser l'appétit du lecteur.
Cet enthousiasme est cependant à double tranchant, car le livre doit alors être à la mesure des espoirs qu'on lui prête, faute de décevoir doublement... C'est dans cet état d'esprit que j'ai abordé la lecture de Toutes les familles sont psychotiques, avec en mémoire mes deux précédentes lectures de Douglas Coupland : Microserfs et surtout le très bon Génération X.

Pour ceux qui ne connaissent pas Coupland, dites-vous que l'impression que vous vous en êtes faites à la lecture de l'étrange titre à rallonge du roman est à peu près juste : cet auteur canadien est effectivement plutôt inventif et loufoque, un bref résumé du début du roman devrait suffire à vous en convaincre :
La famille Drummond doit se retrouver à Cap Canaveral pour assister au décollage de la navette spatiale. Ce décollage est particulièrement important pour eux puisque leur fille aînée Sarah fait partie du voyage. Les retrouvailles devraient cependant être laborieuses : les parents (Ted et Janet) sont divorcés, les deux frères de Sarah (Bryan et Wade) sont plutôt instables et Wade semble définitivement brouillé avec son père. Oh, j'oubliais : Janet est devenue séropositive après avoir été blessée par une balle de revolver. Cette balle, tirée par Ted et initialement destinée à son fils a contaminé Janet en traversant le foie de Wade, contaminé par le Sida...
Vous conviendrez que l'on ne peut pas reprocher à Coupland de ne pas faire preuve de créativité et d'originalité pour ce qui est de la trame de son histoire. Et je suis loin d'avoir fait le tour des surprises que réserve le récit...
On aura donc compris que le roman est une réflexion sur la famille et une tentative de démonstration par l'absurde de l'importance des liens familiaux. Une des thèses de Coupland est que l'on affuble notre propre famille de tous les maux (d'où le titre) mais que contrairement à ce que l'on pense, ça n'est pas mieux ailleurs. Le sujet est prétexte à bien d'autres réflexions sur la famille et les rapports mari/épouse, père/fils, mère/fils, frère/soeur,etc..
"Les gens sont très indulgents pour la famille des autres. La seule qui vous horrifie vraiment, c'est la vôtre."
Sur le style, Coupland joue sur les dialogues déjantés, qu'il saupoudrent d'assertions sur notre société de consommation, l'Amérique, la maladie, la science, la drogue, les rapports humains, etc... le tout épicé de quelques italiques dont l'auteur semble raffoler. On accroche ou pas.
"Ce n'est pas qu'ils soient incapables de faire attention aux autres - c'est que ça ne leur traverse pas l'esprit. Ils sont si différents des femmes." (une réflexion de Janet, sur son mari et ses fils)
Personnellement, j'ai trouvé le livre plaisant, certains passages sont vraiment très drôles et je ne me lasse pas des petites assertions de Coupland. Le roman n'est cependant pas que loufoque, le drame n'est souvent pas loin : la verve de Coupland et de ses personnages semble plus cacher un désespoir profond que se placer là pour amuser la galerie. On retrouve d'ailleurs ce désespoir de personnages un peu paumés dans Microcerfs et dans Génération X. Il y également quelques trouvailles intéressantes, notamment dans les descriptions :
"Wade avait l'impression d'être plongé dans un bain moussant parfumé à la famille ordinaire." (Wade, à Disneyland)
"En effet, tout ce qui était dans la pièce avait l'air... étincelant. Ou rose. Ou pelucheux. Ou en cuivre. En tout cas, il ne subsistait plus le moindre angle droit. «Charmant» commenta Janet." (plus tard dans le roman, pour décrire un intérieur au goût plus que douteux)
"Au premier regard qu'il avait porté sur elle, son coeur s'était brisé en mille morceaux et régénéré dans le même temps." (le coup de foudre de Wade)
En revanche, j'ai trouvé la dernière partie du roman un peu longue. Il y a aussi quelques bégaiements dans l'histoire, de grosses invraisemblances un peu faciles, et mon édition (10/18 "Domaine étranger", excellente collection qui constitue la majeure partie de ma bibliothèque) comportait pas mal de coquilles, surtout vers la fin : lassitude de la part du traducteur ? Au chapitre des détails, une phrase de Janet m'a vraiment étonné : elle qui, dans tout le roman semble avoir un langage relativement posé, dit à son interlocuteur pour aller aux toilettes : "Ernie, je vais farter mes skis". Étonnant non ? Délire du traducteur ou pied de nez de Coupland ? Je ne sais pas.
Pour conclure, je dirais que l'on passe un bon moment avec ce livre, mais qu'il n'est certainement pas exceptionnel. Ce n'est en tout cas pas le meilleur livre pour aborder Coupland : il vaut mieux se tourner vers Génération X.

















