Romans et Lectures - Blog de lecture

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18 12 novembre 2009

Le chameau sauvage - Philippe Jaenada

chameau_sauvageVous savez qu'un auteur n'est pas maladroit lorsqu'en quelques mots il vous donne cette impression un peu déroutante qu'il lit en vous, mieux que vous ne sauriez le faire. Une sensation que j'ai éprouvée plusieurs fois en lisant "Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada, mais curieusement, l'un des déclics les plus évidents ressentis pendant ma lecture n'a pas été forcément à l'avantage de l'auteur.

Ce déclic, je l'ai ressenti à la page 378 de mon édition avec cette phrase : "Je ne comprenais pas - J'avais une impression globale de compréhension." Mais oui, c'est bien ça ! (me dis-je en mon for intérieur). Car cette phrase, tirée des derniers chapitres du roman, correspondait mot pour mot à mon état d'esprit d'alors. Je voyais à peu près où venait en venir Jaenada, en tournant ainsi autour du pot avec ses histoires de 4L Majorette Rouge et de chameaux sauvages, mais non, rien à faire, pas de déclic, pas d'étincelle de compréhension. Et alors que j'étais en train de remettre en cause les fondements même de mon intelligence (certes limitée), je tombai sur cette phrase et tout s'éclaira d'un coup : comment pouvais-je comprendre, puisque l'auteur lui-même ne comprenait pas ce qu'il voulait dire ? J'avais d'une certaine façon la confirmation d'une impression plus prosaïque  : la fin du roman était un peu laborieuse. C'est un peu dommage de finir une lecture sur une note négative, car elle risque de ternir le souvenir que l'on peut en avoir. Jaenada aurait dû commencer par la fin, comme je viens de le faire.

Mais m'appesantir ainsi sur les derniers chapitres n'est  pas rendre justice au roman, bien meilleur que ma laborieuse introduction ne pourrait laisser croire. Alors reprenons tout à zéro : le narrateur de ce récit aux accents surréalistes se nomme Halvard Sanz (déjà, le ton est donné). Particulièrement maladroit et malchanceux, il nous raconte ses aventures, émaillées de gaffes et de rencontres plus ou moins heureuses, le tout agrémenté de moult digressions.

L'écriture de Jaeanda est plaisante, elle fourmille d'inventions, de comparaisons originales, de métaphores joyeuses et d'aphorismes du style : "Ne réfléchissez pas trop, c'est décevant". L'auteur fait un usage immodéré des parenthèses, qu'il se plait à imbriquer (un procédé largement utilisé dans "Les brutes", du même auteur). Le roman est un peu inconstant, mais vraiment marrant. Et Jaenada a du talent pour décrire avec justesse et humour nos hésitations, nos intimes maladresses.

Une des scènes les plus réjouissantes est celle de la garde à vue, dans les première pages du roman : "Je ne sais pas où tous ces films idiots vont chercher les ribambelles de putes pittoresques qu'ils entassent toujours dans les cellules de garde à vue. [...] Le commisaire du coin n'avait pas la sensibilité ni la conscience professionnelle d'un metteur en scène soucieux de réalisme, il n'avait mis là que deux gros type." Puis plus tard : "Mais l'autre, assis à côté, à peine moins gros mais plus en muscles, les mains solidement plaquées sur les genoux, me dévisageait comme s'il tenait enfin le salaud qui à violé sa soeur." Les premiers chapitres sont vraiment marrants, et je me suis surpris plus d'une fois à me bidonner tout seul dans mon coin.

Paradoxalement, certains passages sont toutefois assez sombres, voire tragiques. Comme souvent avec les oeuvres jouant sur le ressort comique, on devine parfois une forme de désespoir en grattant un peu la couche burlesque. D'ailleurs, il me semble que je n'ai jusqu'à présent jamais lu de romans franchement drôles de bout en bout (du genre que l'on pourrait sans crainte conseiller à un dépressif (d'ailleurs, si vous en connaissez (pas des dépressifs, des romans drôles de bout en bout (voyez comme les parenthèses imbriquées améliorent la lisibilité d'un texte)))). Ces romans-là cachent toujours quelques passages d'une grande tristesse, d'autant plus intense qu'elle contraste avec le reste.

Merci à Cécile  et Fantasio, qui m'ont vivement conseillé cette lecture. Vous trouverez d'autres avis, dans l'ensemble plutôt positifs, chez Liliba, qui vient de lire ce roman.

Un livre lu dans le cadre du challenge "Les coups de coeur de la blogosphère" de Théoma (coup de coeur de Cécile).

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"Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada (1997) Pas mal du tout
J'ai lu, 382 pages, 6.70 €

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Posté par Calepin à 11:20 dans LECTURES
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7 05 octobre 2009

Les brutes - Philippe Jaenada

L'enthousiasme des fans de Philippe Jaenada a fini par éveiller ma curiosité. Faut-il vraiment lire cet auteur ? J'ai décidé de faire un essai - prudent - avec ce petit "roman graphique" publié en 2006, illustré par Dupuy et Berberian...

jaenada

Le personnage principal (qui n'est autre que Philippe Jaenada, qui assume la part autobiographique du récit page 41, si vous souhaitez vérifier), refuse de faire son service militaire. Convoqué pour les fameux "trois jours" tant redoutés (je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans etc.), il met au point une stratégie farfelue pour se faire exempter...

Présenté comme je viens de le faire, le roman pourrait apparaitre comme un pamphlet anti-militariste, ce qu'il n'est pas (enfin, je ne crois pas). Le service militaire est ici vu comme symbole d'une autorité que l'auteur combat, paradoxe qu'il a d'ailleurs la présence d'esprit de relever. Pour Jaenada, "le temps, le travail, la peur, l'autorité de l'argent, les pensées toutes faites, les crétins arrogants, les pudibonds, les mortifiés, les brutes de tout poil et ce qui va avec", sont en fait  de petits services militaires, "grossièrement déguisés", qu'il convient d'éviter. Plutôt qu'un appel à la révolte, je pense qu'il faut voir dans la démarche un combat pour la liberté de penser, voire pour la liberté tout court.

Le style de Jaenada est plutôt rafraichissant. Anti-conformiste jusque dans l'écriture, il use et abuse des parenthèses, qu'il se plait à imbriquer, et semble faire preuve d'une certaine jubilation à détourner les expressions ou en inventer de nouvelles, à exagérer les situations, les laisser enfler jusqu'à l'absurde. Cela donne des expressions comme "mieux vaut tard que tout de suite" ou "tremblant comme un squelette sur un lave-linge en essorage". Pas sûr que cet humour parfois un peu potache plaise à tout le monde, mais personnellement, j'ai trouvé plutôt réussi le mélange contrasté du texte  décalé de Jaenada et des dessins menaçants de Dupuy et Berberian.

Je terminerai si vous le permettez par cette jolie citation, à méditer : "ce qui est terrible avec le mariage, avec le couple et l'amour, c'est que plus ça dure, plus c'est difficile (contrairement à la menuiserie, à la conduite automobile ou au jonglage, par exemple, où l'experience est utile et l'habitude bénéfique)".

"Les brutes" de Philippe Jaenada (2006) Pas mal du tout
Points, 86 pages, 5 €

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Posté par Calepin à 09:10 dans LECTURES
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