Romans et Lectures - Blog de lecture

Chroniques littéraires, commentaires, critiques et fiches de lectures : bienvenue sur le blog de lecture de Calepin.

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7 27 juillet 2009

Marilou sous la neige - Angie David

En plein ménage de printemps (oui, je suis un peu en retard), je constate que parmi les livres que j'avais lus ces derniers mois, certains n'avaient fait l'objet d'aucun billet. Je répare cet oubli, en commençant par le roman d'Angie David : "Marilou sous la neige".

Marilou sous la neige - Angie David

Rédiger une fiche de lecture plusieurs semaines après avoir lu un roman est un exercice intéressant, car il permet de savoir ce qu'il en reste, avec le recul. De "Marilou sous la neige", il ne me reste en fait pas grand chose : une vague histoire d'amour compliquée, un roman qui fait la part belle à la musique (beaucoup d'électro et de techno), à la mode, à la drogue, au sexe, avec de nombreuses références télévisuelles, cinématographiques, assorties chacunes d'un résumé et d'une analyse de quelques pages (des commentaires insérés dans le récit de manière un peu artificielle, presque scolaire).

Mais ce dont je me souviens le plus, c'est d'une écriture horripilante, entrecoupée de moult anglicismes. Ces "backstage" et autres "bordeline" m'avaient alors fait penser à la production des magazines de mode féminins, une source d'inspiration quasiment revendiquée par l'auteur, puisque l'on a droit vers la fin du roman à un chapitre complet sur le sujet, avec non pas une réflexion sur la mode, mais un inventaire des marques fétiches de l'héroïne en matière d'habillement ou de maquillage... L'auteur tente bien un parallèle entre la mode et l'art (pardon, un "crossover"...), mais le côté matérialiste et futile demeure. Bref, un roman à réserver au "hippies chics". A fuir pour les autres.

Vous pouvez également lire le billet de Flora, pas beaucoup plus embalée, mais qui a pris la peine de faire un résumé du roman, pour ceux que cela intéresse. A lire également, le billet assassin de Wrath.

"Marilou sous la neige" de Angie David Je n'ai pas aimé
Editions Léo Scheer, 328 pages, 17 €

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8 13 juillet 2009

Surdouée - Nikita Lalwani

Rumi est une surdouée des mathématiques. Ses parents, immigrés indiens, depuis peu en Angleterre, considèrent ce talent comme la clé qui ouvrira grand les portes de l'intégration à leur fille, et à toute la famille. L'importance de l'enjeu justifie aux yeux des parents de Rumi une discipline de fer : une pression de tous les instants qui deviendra bien vite insupportable pour la jeune fille devenue adolescente...

Surdouée - Nikita Lalwani

Si vous tombez sur ce livre dans une librairie, peut-être aurez-vous la curiosité de lire la quatrième de couverture. Vous y trouverez alors deux extraits de critiques tirées de journaux anglophones, voyant en "Surdouée" un roman "superbe, brillamment écrit", "pertinent, subtil et original"... Je ne vais pas attendre la fin de ce billet pour vous dire qu'en ce qui me concerne, j'ai trouvé que ce roman ne méritait peut-être pas tant d'éloges. Le roman est intéressant, mais il ne m'a pas donné cette impression d'être si bien écrit, ni d'être si original : l'un des thèmes principaux du roman, l'adolescence, est bien traité, mais de manière assez classique me semble-t-il.

L'aperçu que donne le roman du mode de vie d'une famille d'immigrés indiens en Angleterre est en revanche plus original et intéressant. On y découvre le poids un peu étouffant des traditions, des principes, de la religion, des tabous :

"- Nos bébés ne naissent pas comme ça. Il n'y a que les blancs qui ont des relations sexuelles.
Rumi secoua la tête et leva les yeux vers sa mère.
- Mais en biologie, on a appris que...
- Oublie leur biologie. C'est la biologie des Blancs. Nous, on ne fait pas ces choses-là.
- Mais alors, ils viennent d'où, les bébés ?
- De la prière. Comme toi."
(p.109)

On constate également que la société indienne est restée fortement misogyne :

"Excitée, à bout de souffle, elle venait de découvrir qu'elle pouvait passer l'examen d'entrée en médecine malgré son parcours littéraire. Mais son père avait balayé la chose d'un ton affable :
- Si tu deviens toi-même docteur, comment veux-tu qu'on trouve un docteur pour t'épouser ? Tu seras beaucoup trop qualifiée,
beti. Il est temps que tu te maries." (p.66)

Pertinents également, les rapports complexes de l'adolescente avec sa mère, Shreene, et surtout avec le père, Mahesh, autoritaire et inflexible.

Finalement, un bon roman, pas exceptionnel et non dépourvu de quelques longueurs par-ci par-là, mais plaisant malgré tout. En ces temps de vacances, on peut également noter qu'il s'agit d'une lecture plutôt facile, que vous pourrez donc emmener dans votre sac de plage...

"Surdouée" de Nikita Lalwani Pas mal du tout
Flammarion, 334 pages, 19 €.

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Posté par Calepin à 15:02 dans LECTURES
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10 18 mai 2009

Les mains nues - Simonetta Greggio

Voici un court roman plutôt bien écrit, par une auteur qu'on imagine sensible. Mais le sujet, le caractère intimiste, le rythme un peu trop paisible ne m'ont pas vraiment passionné. Un mot de l'histoire : le récit se présente comme une confession, écrite à la première personne par Emma, vétérinaire de campagne âgée d'une quarantaine d'année. Sa vie laborieuse de célibataire solitaire va se trouver chamboulée par l'irruption de Giovanni, jeune fugueur de 14 ans, dont elle connaît les parents pour avoir été l'amant de l'un et l'amie de l'autre. Emma et Giovanni vont devenir très proches, trop proches aux yeux de la société, puisqu'il y aura un procès...

Les mains nues - Simonetta Greggio

Un roman qui trouvera sans nul doute son public (la preuve chez Lily) mais qui m'a laissé de marbre : une absence de sensibilité toute masculine ?

"Les mains nues" de Simonnetta Greggio (2009)
Editions Stock, 170 pages, 16 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
"Les mains nues" fait partie des quatres romans finalistes pour le prix.

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Posté par Calepin à 20:27 dans LECTURES
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4 16 mai 2009

Il était une fois peut-être pas - Akli Tadjer

Mohammed est gaga de Myriam, sa fille. Il la cajole, la protège, lui raconte des histoires. Myriam a 20 ans, mais quand on aime, on ne compte pas. Quand Myriam présente Gaston à Mohammed, on ne peut pas dire que ce dernier soit franchement emballé. Il le sera encore moins, lorsque Myriam lui demandera d'accueillir Gaston et de veiller sur lui...

"Elle a continué à rire. J'ai continué à me moquer de son gus.
-Un français de souche que tu es allée me pêcher. Un noir, un jaune, même un bronzé comme nous, j'aurais fermé les yeux, mais un Gaston Leroux, blanc comme la cuvette des chiottes, franchement, tu te fiches de moi.
-Tu m'as appris que la beauté venait de l'addition des antagonismes. il n'y a pas plus différent que Gaston et moi. Tu devrais être content. Il ne suffit pas d'avoir des belles idées. Il faut les assumer.
Elle a calé sa tête sur mon épaule. J'entendais battre son coeur.
-Qu'est-ce que je vais faire de lui ? j'ai demandé."

Il était une fois peut-être pas - Akli Tadjer

"Il était une fois peut-être pas" commence donc légèrement, avec cette histoire somme toute classique de possible beau-père forcé de partager son quotidien avec un possible gendre. Une impression de légèreté renforcée par le ton du narrateur, plein d'humour et de "gouaille parigote" : cela donne une écriture un peu familière, mais imagée et vivante : on aime ou pas.

La confrontation Gaston/Mohammed pour véhiculer un message de tolérance peu paraître un peu facile et caricaturale, mais elle constitue une trame suffisamment solide pour le roman. Celui-ci gagne en profondeur et en gravité avec ces fameux contes et légendes qui donnent son titre au roman et par lesquels font irruption dans le récit des faits historiques souvent tragiques et violents : le décret Crémieux, les horreurs de la guerre d'Algérie, les violences du GIA dans les années 80...

Une gravité toute relative, si l'on considére encore une fois le style du narrateur. Voici un extrait (Mohammed relate des faits qui se déroulent à la fin du 19ème siècle) : "De son côté Simon qui ne se résolvait pas à son job de régisseur, draguait sans vergogne sa patronne. Et ce n'était pas les râteaux à répétition qu"il se gauffrait qui le dissuadaient de lâcher la partie..."

A propos du style, cet autre extrait : "Moi je préfère Mohammed. Lui il parle avec des mots d'aujourd'hui. Ca va vite, il fait swinguer les phrases et les mots d'argot. Toi, tes mots ils sentent la naphtaline, a miaulé Lucifer". Affaire de goûts bien sûr. En ce qui me concerne, et même s'il peut s'agir d'une vision un peu archaïque de la littérature, je n'ai rien contre la légère odeur de naphtaline de mots bien établis, voire un peu désuets, qui savent tout aussi bien "swinguer" lorsqu'il le faut...

"Il était une fois peut-être pas" de Akli Tadjer (2009)
Editions JC Lattès, 326 pages, 17 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com
"Il était une fois peut-être pas" fait partie des quatres romans finalistes pour le prix.

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Posté par Calepin à 10:49 dans LECTURES
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6 04 mai 2009

Des livres, des goûts et des couleurs...

Dans mon précédent message, je vous donnais les titres de mes 4 livres préférés parmi les 15 en compétition pour le Prix auFeminin.com. Le site vient de publier ce soir les 4 livres finalement sélectionnés, et, damned, aucun de mes romans préférés n'y figure... Les 4 livres sélectionnés sont dans l'ordre "Il était une fois peut-être pas" d'Akli Tadjer, "Surdouée" de Nikita Lalwani, "Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev et "Les mains nues" de Simonetta Greggio :

Il était une fois peut-êtr pas - AkliTadjer   Nikita Lalwani - Surdouée   Enterrez-moi sous le carrelage - Pavel Sanaïev   Les mains nues - Simonetta Greggio

Il s'agit assurément de bons romans (j'ai d'ailleurs failli placer le roman de Pavel Sanaïev dans mes favoris), il n'y a pas de faute de goût, mais ce ne sont pas mes préférés. Tant pis.

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Posté par Calepin à 23:17 dans Blabla lecture
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11 01 mai 2009

Dans la peau d'un - très modeste - membre de jury littéraire

Les fidèles lecteurs de ce blog auront certainement noté que depuis quelques semaines, les lectures dont je vous fais part font partie de la sélection pour le Prix de révélation du site auFeminin.com. Pour celles et ceux qui n'auraient pas suivi l'affaire, je devais avec les autres membres du jury (dont les blogueuses Clarabel, Emma et Zoridae) lire quinze romans (en six semaines...) et sélectionner quatre romans parmi les quinze en compétition.

Les quinze livres en compétition

Les quinze livres en lice étaient :

- "Les mains nues" de Simonetta Greggio, aux éditions Stock
- "Un bonheur insoupçonnable" de Gila Lustiger, aux éditions Stock
- "Le film" de Cypora Petitjean Cerf, aux éditions Stock
- "Traques" de Frédérique Clémençon, aux éditions L'olivier
- "Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev, aux éditions Les Allusifs
- "Marilou sous la neige" d’Angie David, aux éditions Leo Scheer
- "La locataire" d’Hilary Mantel, aux éditions Joëlle Losfeld
- "Il était une fois peut-être pas" d’Akli Tadjer, aux éditions JC Lattès
- "Surdouée" de Nikita Lalwani, aux éditions Flammarion
- "Mausolée" de Rouja Lazarova, aux éditions Flammarion
- "Monsieur Madone" de Maïté Bernard, aux éditions du passage
- "Les Âmes fardées" d’Aurore Guitry, aux éditions Calmann Levy
- "Made in China" de J-M Erre, aux éditions Buchet – Chastel
- "Une partie du tout" de Steve Toltz, aux éditions Belfond
- "Le dernier patriarche" de Najat El Hahmi, aux éditions Actes Sud

Je me suis donc consciencieusement attelé à la tâche.  J'ai beaucoup lu et beaucoup pris de notes ces dernières semaines. J'ai tenu bon (avec un emploi du temps bien rempli, lire ces 15 livres dans les temps a nécessité de diminuer un peu mon temps de sommeil...) et finalement est arrivée l'heure du choix...

Et le choix ne fut pas si facile... Que privilégier : la qualité de l'écriture ? l'originalité du style ? l'intérêt ? l'intrigue ? le rythme ? l'émotion ? le simple plaisir ?

Bref, il a fallu tancher, et hier soir, à minuit, j'ai envoyé un email à auFeminin.com avec les quatre romans qui pour moi méritent le plus récompense et qui sont donc, par ordre de préférence : "Une partie du tout" de Steve Toltz, "Mausolée" de Rouja-Lazarova, "Le film" de Cypora Petitjean-Cerf et "Un bonheur insoupçonnable" de Gila Lustiger.

Steve Toltz - Une partie du tout   Mausolée

Le film   Un bonheur insoupçonnable

Je n'ai pas encore rédigé de fiche de lecture sur le roman de Steve Toltz, pour la simple raison que j'ai conclu mes lectures ( hier soir, de justesse) avec ce long (et excellent, et incroyable) roman.

Finalement, je n'ai eu aucune hésitation à choisir le roman de Steve Toltz. Pour les autres, j'hésitais entre "Mausolée", "Le film", "Un bonheur insoupçonnable", "La locataire" de Hilary Mantel et "Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev.

J'aurais également pu ajouter à cette liste "Traques" de Frédérique Clémençon si le style avait été le seul critère de sélection.

Cette expérience de - modeste - membre de jury littéraire a été très enrichissante, m'a permis de faire de belle découvertes et surtout de lire des auteurs que je n'aurais certainement pas lu spontanément. J'ignore qui a dressé cette liste de quinze romans, et sur quels critères elle a été effectuée, mais il s'agit d'une liste pertinente, dont vous pouvez sans crainte vous inspirer pour enrichir votre propre liste de lecture...

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Posté par Calepin à 19:41 dans Blabla lecture
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8 27 avril 2009

La locataire - Hilary Mantel

Colin et Sylvia habitent avec leurs enfants une ancienne maison londonienne chargée d'histoire. Ils ont à leur service depuis peu Lizzie Blank, une femme de ménage un peu excentrique, mais dévouée. Ils ignorent cependant que Lizzie Blank est également connue sous le nom de Muriel Axton, et qu'elle habitait dix ans plus tôt cette même maison, avec sa mère. Ils ignorent également que Muriel Axton est sortie depuis peu d'institution psychiatrique, et qu'elle nourrit à leur égard de bien funestes desseins...

La locataire - Hilary Mantel (Couverture)

Hilary Mantel réussit avec "La locataire" à créer une atmosphère véritablement oppressante, tout en glissant çà et là quelques touches d'humour, noir le plus souvent. Les personnages sont bien campés, surtout celui de Muriel Axton qui fait vraiment frémir. Lorsqu'elle veut nous faire ressentir le fonctionnement chaotique de l'esprit dérangé de Muriel,  Hilary Mantel adapte judicieusement son écriture, qui perd temporairement sa fluidité et devient heurtée, brutale, confuse. Elle parvient également à nous faire hésiter longtemps sur l'attitude à adopter envers ce personnage ambigu - compassion, pitié, méfiance, dégoût, horreur ? - et propose une réflexion sur l'apparence, sur notre manière de juger notre entourage.

Suggérée ou assumée, la violence est l'un des autres thèmes importants de ce roman. Elle en définit d'ailleurs presque à elle seule le genre : on est pas loin du thriller. Peut-être en est-ce un d'ailleurs.

"Il semblait absurde de penser que Florence, avec ses gilets torsadés, puisse avoir une personnalité violente. Mais il savait, pour l'avoir lu dans les journaux, que tout le monde avait ses profondeurs obscures. Il n'y avait pas plus intransigeant, pour parvenir à ses fins, qu'un militant en faveur de la paix. Aux États-Unis, les détracteurs de l'avortement dynamitaient des cliniques."

Autres sujets largement abordés dans le roman : la famille et le couple. L'un comme l'autre sont ici considérés comme un chemin de croix. Les enfants sont tous plus ou moins paumés, et Colin et Sylvia, leurs parents, passent leur temps à sauver les apparences et à recoller les morceaux de leur amour déliquescent :

"Est-il possible, se demandait Colin, que j'aie un jour véritablement aimé Sylvia ? Mon coeur battait-il plus vite à son approche ? Et pas seulement de peur ? Depuis la débâcle survenue dix ans plus tôt, Colin en était venu à se dire que l'amour romantique était un concept fabriqué, une invention du dix-huitième siècle."

Alors, une réussite ce roman ? Pas tout à fait en fait. J'ai vraiment apprécié le style, l'humour, les digressions, cette façon de présenter l'intrigue et les personnages, mais certains passages (les déboires familiaux et conjugaux de Colin et Sylvia notamment) m'ont semblé un peu moins forts, peut-être un peu trop longs, et surtout, la fin est vraiment déconcertante...

Un mot sur la quatrième de couverture  : le roman y est comparé à la série Desperate Housewives... Marketing, bien sûr, mais la comparaison est-elle justifiée ? Oui, par la complexité des personnages et cette façon de jouer avec nos convictions (et nos nerfs). Non, par le nombre de protagonistes (la série met en scène plusieurs familles, la galerie de personnages me semble plus riche) et par le dénouement, un peu moins convaincant.

Hilary Mantel et l'auteure de neuf romans, dont trois traduits en français : "Changement de climat" (1997), "Fludd" (1998) et "C'est tous les jours la fête des mères" (2002). Une auteure assurément douée, à découvrir et à surveiller...

"La locataire" de Hilary Mantel(2009)
Editions Joelle Losfeld, 295 pages, 25 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com

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9 23 avril 2009

Enterrez-moi sous le carrelage - Pavel Sanaïev

Sacha Saveliev vit à Moscou chez ses grands-parents et ne voit sa mère que rarement depuis qu'elle a refait sa vie avec un artiste. Sacha, comme tout les garçons de son âge, passe le plus clair de son temps à jouer et à rêver. Mais sa santé fragile lui vaut l'attention constante de sa grand-mère Nina, qui oeuvre énergiquement pour empêcher le "pourrissement" de son petit-fils...

Enterrez-moi sous le carrelage - Pavel Sanaïev

Quel effrayant personnage cette grand-mère !  Si vous essayez de vous la représenter comme un vague clone russe de Tatie Danielle, sachez que vous êtes encore loin du compte... Cette grand-mère-ci vocifère et jure comme un charetier, et entre deux malédictions affuble son petit protégé d'aimables sobriquets tels que "débile",  "ordure" ou "charogne", sa préférence allant sans conteste pour "salop" :

"Tu as transpiré... Très Sainte Mère de Dieu, protège-nous,  il a sué, ce salaud ! Mon Dieu, sauve-le, épargne-le ! Mais maintenant, espèce de créature, tu vas en prendre pour ton grade !". (p.29)

Une grand-mère vraiment effrayante, dont les rares manifestations de tendresse font presque autant frémir que les colères :

"Les baisers de grand-mère provoquaient en moi un haut le coeur et, arrivant à peine à me retenir pour ne pas vomir, j'attendais, avec une exaspération extrême, que ce froid humide cesse de ramper sur mon cou [...]." (p.203)

Etonnamment, le jeune Sacha, qui est aussi le narrateur de cet étrange récit, semble pourtant assez insensible aux accès de violence de son acariâtre grand-mère, et laisse passer les orages avec un détachement parfois surprenant. Il est bien sûr malheureux lorsqu'il fait les frais de la mauvaise humeur matriarcale, mais cela ne dure jamais et son optimisme reprend toujours le dessus. Enfermé dans une prison d'affection étouffante, il parvient à s'échapper à force d'imagination et de jeux d'enfants. Et dans ce maelström de jurons et de colères, se détache comme une icône (n'oublions pas que nous sommes en Russie...) la figure apaisante de la mère chérie :

"Grand-mère était ma vie, maman une fête exceptionnelle." (p.223)

Un roman étonnant, mélange d'absurde, d'humour, de tendresse et de violence, bien écrit, même si le flot ininterrompu d'insultes peut un peu lasser à la longue.  On ne peut qu'espérer pour Pavel Sanaïev que ce récit ne soit pas trop autobiographique...

"Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev (2009)
Les Allusifs, 266 pages, 23 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com

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13 19 avril 2009

Made in China - J.M. Erre

Si comme je l'ai d'abord cru en lisant le titre de ce roman, vous vous imaginez que "Made in China" est une réflexion sur notre société de consommation et ses relations économiques avec la Chine, autant vous dire tout de suite que vous êtes totalement, mais alors totalement à côté de la plaque...

Made in China - J.M. Erre

"Lecteur curieux qu'un hasard bienveillant a conduit jusqu'à ces lignes, je préfère vous avertir tout de suite : je ne suis pas écrivain. Mis à part quelques cartes postales à la famille, des lettres d'insultes aux impôts et des listes de courses, je n'ai rien écrit depuis les poèmes lyrico-acnéiques de mon adolescence."

La citation ci-dessus n'est rien de moins que le début du roman. Pour l'avoir lu de bout en bout, je vous confirme que l'auteur n'est pas vraiment un écrivain au sens habituel du terme, et que ce roman est au minimum atypique. En fait, c'est un peu n'importe quoi pour être exact, mais tout de même plutôt rigolo, ce qui est la moindre des choses pour un livre dont le but principal est de divertir le lecteur. Pour vous donner encore un petit aperçu, voici un extrait qui m'a bien fait rire (je sais, je suis très bon public) :

"La pièce était plongée dans le noir. Toussaint s'avança d'un pas inquiet. Puis il se souvint qu'il était entré les yeux fermés, alors il les ouvrit."

Livre amusant donc, surprenant également quand l'auteur fait irruption dans l'histoire pour interpeller le lecteur, lui proposer des variantes de scénarios ou lui rappeler de manière très aimable une référence de page. Il va jusqu'à proposer un résumé du roman en annexe, résumé qui appelle deux remarques :

1. ça a déjà été fait par Desproges, et considérant le style de l'auteur, j'ai du mal de croire qu'il n'en ait pas eu connaissance. Cela sent donc le plagiat éhonté...

2. je tiens à avertir les blogueuses et blogueurs fainéant(e)s qui auraient l'intention de faire l'économie d'une lecture et de se baser sur ce résumé pour écrire un billet sur le livre, que ledit résumé est totalement fantaisiste et ne correspond pas du tout au récit, ce qui assez fourbe, il faut bien le reconnaître, et témoigne assez bien de l'esprit retors de l'auteur.

Bref, un livre à réserver pour un moment de grosse déprime, ou pour le premier jour des vacances à la plage. Pas exactement le genre de roman que l'on imagine recevoir un prix littéraire (si vous voyez ce que je veux dire...), ou alors le Prix de la révélation comique...

"Made in China" de J.M. Erre (2008)
Buchet-Chastel, 280 pages,18 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com

A lire également : l'avis de Clarabel.

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Posté par Calepin à 10:08 dans LECTURES
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8 17 avril 2009

Mausolée - Rouja Lazarova

Milena est Bulgare. Elle a 20 ans à la chute du régime communiste, en 1989. Elle a connu cette période sombre de la Bulgarie, avec ses peurs, ses absurdités, mais dans une version plus édulcorée que celle qu'ont connue ses parents et grands-parents.

"J'aurais voulu vivre ce régime comme ma mère, entièrement, jusqu'au moindre rouage, jusqu'à la moindre nuance du dégoût et de la peur, jusqu'à son plus odieux mensonge et sa plus misérable bassesse."

Alors, elle retrace l'histoire de sa famille. Trois générations de 1944 à nos jours. Un demi-siècle de communisme. Et Milena s'aperçoit à quel point il est difficile d'écrire l'histoire du communisme...

Mausolée - Rouja Lazarova

"Mausolée" est à la fois une passionnante leçon d'histoire sur la Bulgarie et un témoignage d'amour sensible d'un enfant envers ses parents.

La première partie du roman, la plus importante, couvre la période de 1944 à 1989 et correspond à l'ère communiste. C'est d'abord une période de violence et de règlements de compte arbitraires, puis une ère de peurs et de frustrations. Avec les années, on ressent le délitement progressif du régime, l'étau qui se déssère, mais la prudence demeure. On se méfie de tous et de tout, jusqu'au téléphone, "cheval de Troie du socialisme". La paranoïa est généralisée, mais c'est une forme de survie, car ils (l'auteure emploie systématiquement cet italique pour désigner les membres du parti) peuvent frapper à tout moment : "La vraie terreur frappe arbitrairement".

C'est une ère absurde de bureaucratie ubuesque, de temps perdu : "Se résigner au travail futile était une des conditions de survie de l'homme socialiste". Pendant cette période, la famille de Milena, en "funambule du socialisme" survit, entre rébellion discrète et soumission. Le mélange de haine et d'ironie qu'inspire cette époque à la narratrice se ressent jusque dans l'écriture :  "Dans les années soixante, les choses changent imperceptiblement. [...] Ça commence à déconner."

La dernière partie du roman, plus courte, correspond à l'après-communisme, aux années 90. C'est  l'apprentissage laborieux de la liberté, mais aussi le temps des désillusions, avec l'avènement des mafias et de l'argent-roi. C'est une partie un peu plus confuse, à l'image de la période.

"Mausolée" est un roman vraiment intéressant,  bien écrit, bien construit, sensible, bref, une vraie réussite.

"Mausolée" de Rouja Lazarova (2009)
Flammarion, 331 pages,19 €

Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com

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