Facebook - Et moi ! Et moi ! Et moi! - Nina Testut
"Facebook - Et moi ! Et moi ! Et moi !" est un livre sur le plus célèbre des réseaux sociaux. Mais comment juger un livre sur Facebook lorsque l'on ne l'utilise pas ? C'est la question que je me suis posée avant même de commencer ma lecture, et il a bien fallu que je trouve une solution à cet épineux problème afin de rester conforme à la rigueur éditoriale qui caractérise ce blog...
Première solution : profiter de l'occasion pour ouvrir un compte sur Facebook
Une solution élégante, mais un peu artificielle, puisqu'essentiellement motivée par la curiosité. Cette position m'aurait d'ailleurs placée dans la situation du "passager clandestin", si j'en crois la classification des utilisateurs de Facebook proposée par Nina Testut, une situation peu glorieuse qui ne m'aurait certainement pas permis de juger des immenses possibilités offertes par le site, puisque mon compte serait très certainement resté désespérément vierge des fameux "amis" nécessaires à son bon fonctionnement. Une solution bien vite [1] abandonnée.
Deuxième solution : squatter un compte Facebook
Solution moins élégante, mais diablement rapide et efficace. Pas de formulaire d'inscription, pas de recherche fastidieuse d'"amis", pas de bidouillage de son profil. J'ai donc réussi à force de persuasion à obtenir les identifiants de ma femme, pour me connecter à son profil et voir enfin à quoi ressemblait ce fameux temple du Web 2.0. J'ai ainsi pu découvrir l'interface assez sobre de Facebook, lire les "statuts" plus ou moins inspirés des quelques "amis" de mon épouse, et apprécier les nombreuses sollicitations du site, dont celles de curieuses "applications" dont les intitulés ( "Es-tu un psychopathe" ou "Quel personnage de Walt-Disney serais-tu"...) m'ont souvent laissés dubitatifs... Ayant ainsi pu me faire une rapide idée de Facebook, je pouvais commencer sereinement ma lecture du "docu-fiction" de Nina Testut...
Le livre de Nina Testut est un curieux mélange d'essai, avec ce qu'il faut de références et de chiffres édifiants (on y apprend notamment que Facebok compte plus de 5 millions d'utilisateurs en France), et de fiction, avec une galerie de personnages, tous utilisateurs de Facebook. Ces personnages utilisent chacun le réseau social à leur façon, une manière assez souple de présenter les différentes catégories d'utilisateurs. Chaque personnage présente ses opinions ou ses états d'âme à la première personne, sous forme de courts chapitres, commençant la plupart du temps pas "Je suis ..." afin de rappeler au lecteur s'il en doutait que l'on est bien dans le règne du Moi surdimensionné.
Je me permets de relever ici le principal défaut du livre : j'ai été un peu gêné que les différents personnages s'expriment tous plus ou moins de la même manière. L'auteur leur a prêté à tous à peu près le même langage "djeune" avec des choper, kiffer et autre glamour, un peu répétitifs et irritants à la longue. Je veux bien croire que Facebook est majoritairement utilisé par les moins de 30 ans, mais était-il nécessaire de caricaturer le langage à ce point ?
Passé ce détail (et quelques anglicismes peut-être pas toujours justifiés), le livre est très intéressant pour un novice (comme moi). Il doit l'être également pour un utilisateur confirmé qui pourra certainement se reconnaître dans la galerie de personnages proposés par l'auteur.
Parmi les surprises de l'ouvrage, j'ai appris avec tristesse qu'à plus de 30 ans, j'étais un vieux crouton sur Facebook, j'ai également appris que le nombre d'amis moyens sur le réseau atteignait le chiffre hallucinant de 120, ce qui m'a fait me poser des questions sur ma sociabilité avec ma dizaine de véritables amis dans la "vraie" vie...
Twitter - Et moi ! Et moi ! Et moi !
Enfin, j'ai apprécié les analyses pertinentes qui clôturent chaque chapitre (je n'ose imaginer le nombre d'heures qu'a dû passer Nina Testut sur Facebook pour faire ainsi le tour de la question...). Beaucoup de ces analyses peuvent s'appliquer à d'autres réseaux sociaux que Facebook, dont le fameux Twitter, très à la mode en ce moment. A propos de Twitter, et pour vous dire à quel point je ne suis pas à une contradiction près, je m'y suis inscrit il y a quelques semaines, poussé par la curiosité. On pourra (à juste titre) faire de nombreux reproches à Twitter, on pourra au moins lui épargner celui du "hold-up sémantique", car ici les "amis" sont un peu plus sobrement nommés des "followers" [2] ...
"Facebook - Et moi! Et moi! Et moi!" de Nina Testut (2009)
Editions Hoebeke, 190 pages, 17 €
[1] et provisoirement...
[2] un anglicisme difficilement traduisible pour le coup. De l'anglais to follow : suivre.
