Romans et Lectures - Blog de lecture

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29 juin 2009

La joueuse d'échecs - Bertina Henrichs

"La joueuse d'échecs" : voici un titre qui fait inévitablement penser au roman de Stefan Zweig, "Le joueur d'échecs". On se surprend du coup à jouer au jeu des comparaisons, pour se rendre compte assez rapidement que le petit format est à peu près le seul point commun entre ces deux livres. On retrouve certes l'aspect "addictif" (comme on dit maintenant) des échecs, mais pour le reste, les deux romans sont vraiment très différents...

Bertina Henrichs - La joueuse d'échecs

Là où Zweig faisait des échecs un jeu un peu inquiétant et plutôt "désociabilisant", Bertina Henrichs en fait un moyen d'émancipation pour son héroïne, la discrète Eleni, habitante de la petite ïle grecque de Naxos. Les échecs sont ici un prétexte pour aborder le sujet de la condition féminine, sur un ton léger et ironique (surtout envers la gente masculine, qui en prend pour son grade, de manière assez amusante). On est loin du roman de Zweig, qui est tout sauf léger...

En tant que joueur d'échecs, je n'ai encore une fois pas pu m'empêcher de prendre le thème des échecs au pied de la lettre, et de surveiller de près la manière dont la question était traitée. J'ai été surpris de constater que Bertina Henrichs maîtrisait vraiment le sujet : bonne documentation ou témoignage d'une authentique joueuse d'échecs, je l'ignore. On retrouve en tout cas quelques phases de jeu très réalistes et beaucoup de noms d'ouvertures. L'état d'esprit du joueur d'échecs pendant la partie est bien retranscrit, du choix de l'ouverture, parfois guidé par des critères affectifs plus que stratégiques ou tactiques, jusqu'à ce profond détachement, cette étonnante coupure avec le monde extérieur si caractéristique au jeu.

"Précautionneusement, elle avançait son premier pion et pénétrait alors dans l'espace qu'elle avait fait sien, celui des soixante-quatre cases qui, pour quelques heures, se substituerait au monde." (p.138)

En refermant ce roman, le mot qui m'est venu à l'esprit était "charmant". L'écriture, le ton, l'histoire, tout est charmant dans ce gentil roman...

Du côté des blogs de lecture, les avis de Laurence et de Leiloona.

"La joueuse d'échecs" de Bertina Henrichs Pas mal du tout
Livre de poche, 156 pages, 5 €.