14 mai 2008
Toutes les familles sont psychotiques - Douglas Coupland
Il y a des romans que l'on aborde avec enthousiasme avant même d'en avoir lu la première ligne... Le plaisir de retrouver un auteur qui vous a laissé un bon souvenir de lecture et une collection qui réserve en général de bonne surprises (10/18, "Domaines étrangers"), une couverture pas trop moche, un titre accrocheur : suffisant pour aiguiser l'appétit du lecteur.
Cet enthousiasme est cependant à double tranchant, car le livre doit alors être à la mesure des espoirs qu'on lui prête, faute de décevoir doublement... C'est dans cet état d'esprit que j'ai abordé la lecture de Toutes les familles sont psychotiques, avec en mémoire mes deux précédentes lectures de Douglas Coupland : Microserfs et surtout le très bon Génération X.

Pour ceux qui ne connaissent pas Coupland, dites-vous que l'impression que vous vous en êtes faites à la lecture de l'étrange titre à rallonge du roman est à peu près juste : cet auteur canadien est effectivement plutôt inventif et loufoque, un bref résumé du début du roman devrait suffire à vous en convaincre :
La famille Drummond doit se retrouver à Cap Canaveral pour assister au décollage de la navette spatiale. Ce décollage est particulièrement important pour eux puisque leur fille aînée Sarah fait partie du voyage. Les retrouvailles devraient cependant être laborieuses : les parents (Ted et Janet) sont divorcés, les deux frères de Sarah (Bryan et Wade) sont plutôt instables et Wade semble définitivement brouillé avec son père. Oh, j'oubliais : Janet est devenue séropositive après avoir été blessée par une balle de revolver. Cette balle, tirée par Ted et initialement destinée à son fils a contaminé Janet en traversant le foie de Wade, contaminé par le Sida...
Vous conviendrez que l'on ne peut pas reprocher à Coupland de ne pas faire preuve de créativité et d'originalité pour ce qui est de la trame de son histoire. Et je suis loin d'avoir fait le tour des surprises que réserve le récit...
On aura donc compris que le roman est une réflexion sur la famille et une tentative de démonstration par l'absurde de l'importance des liens familiaux. Une des thèses de Coupland est que l'on affuble notre propre famille de tous les maux (d'où le titre) mais que contrairement à ce que l'on pense, ça n'est pas mieux ailleurs. Le sujet est prétexte à bien d'autres réflexions sur la famille et les rapports mari/épouse, père/fils, mère/fils, frère/soeur,etc..
"Les gens sont très indulgents pour la famille des autres. La seule qui vous horrifie vraiment, c'est la vôtre."
Sur le style, Coupland joue sur les dialogues déjantés, qu'il saupoudrent d'assertions sur notre société de consommation, l'Amérique, la maladie, la science, la drogue, les rapports humains, etc... le tout épicé de quelques italiques dont l'auteur semble raffoler. On accroche ou pas.
"Ce n'est pas qu'ils soient incapables de faire attention aux autres - c'est que ça ne leur traverse pas l'esprit. Ils sont si différents des femmes." (une réflexion de Janet, sur son mari et ses fils)
Personnellement, j'ai trouvé le livre plaisant, certains passages sont vraiment très drôles et je ne me lasse pas des petites assertions de Coupland. Le roman n'est cependant pas que loufoque, le drame n'est souvent pas loin : la verve de Coupland et de ses personnages semble plus cacher un désespoir profond que se placer là pour amuser la galerie. On retrouve d'ailleurs ce désespoir de personnages un peu paumés dans Microcerfs et dans Génération X. Il y également quelques trouvailles intéressantes, notamment dans les descriptions :
"Wade avait l'impression d'être plongé dans un bain moussant parfumé à la famille ordinaire." (Wade, à Disneyland)
"En effet, tout ce qui était dans la pièce avait l'air... étincelant. Ou rose. Ou pelucheux. Ou en cuivre. En tout cas, il ne subsistait plus le moindre angle droit. «Charmant» commenta Janet." (plus tard dans le roman, pour décrire un intérieur au goût plus que douteux)
"Au premier regard qu'il avait porté sur elle, son coeur s'était brisé en mille morceaux et régénéré dans le même temps." (le coup de foudre de Wade)
En revanche, j'ai trouvé la dernière partie du roman un peu longue. Il y a aussi quelques bégaiements dans l'histoire, de grosses invraisemblances un peu faciles, et mon édition (10/18 "Domaine étranger", excellente collection qui constitue la majeure partie de ma bibliothèque) comportait pas mal de coquilles, surtout vers la fin : lassitude de la part du traducteur ? Au chapitre des détails, une phrase de Janet m'a vraiment étonné : elle qui, dans tout le roman semble avoir un langage relativement posé, dit à son interlocuteur pour aller aux toilettes : "Ernie, je vais farter mes skis". Étonnant non ? Délire du traducteur ou pied de nez de Coupland ? Je ne sais pas.
Pour conclure, je dirais que l'on passe un bon moment avec ce livre, mais qu'il n'est certainement pas exceptionnel. Ce n'est en tout cas pas le meilleur livre pour aborder Coupland : il vaut mieux se tourner vers Génération X.
09 mai 2008
Au coeur des ténèbres - Joseph Conrad
Je voulais commencer ce billet en décrivant le livre que j'avais entre les mains, mais l'adjectif petit, que l'on se devrait d'utiliser pour décrire l'objet convient si mal à un tel ouvrage, que j'ai fini par renoncer et m'en sortir par cette pirouette... Plutôt que petit roman, on parlera donc de grande nouvelle, mon édition étant malgré tout suffisamment conséquente car à la nouvelle se rajoute une longue introduction de Joseph Conrad en personne.

L'histoire commence ainsi : Marlow, un officier de la marine marchande britannique du début du siècle, raconte un soir à ses camarades sa découverte de l'Afrique et de ses mystères, et sa rencontre d'un étrange personnage : Kurtz.
"Il me semble que j'essaie de vous dire un rève - que je fais un vain effort, parce que nulle relation d'un rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, ce mélange d'absurdité, de surprise, de confusion, dans un effort frémissant de révolte, cette notion qu'on est prisonnier de l'incroyable, qui est de l'essence même du rêve..."
Le récit de Marlow suit sa lente progression sur le fleuve Congo, à la recherche de Kurtz, trafiquant d'ivoire dont on est sans nouvelles depuis de longs mois... Cette remontée du fleuve le conduira au coeur des ténèbres...
"Nous pénétrions de plus en plus profondément au coeur des ténèbres. Quelle quiétude il y régnait !"
Sous les traits de Marlow se cache en fait Joseph Conrad lui-même, ce dernier ayant vécu une aventure similaire au Congo, en 1890.
Au coeur des ténèbres n'est pas un livre facile, mais il mérite les premiers efforts pour s'imprégner du style de Conrad. C'est un livre riche, mystérieux. On sent chez l'auteur une connaissance profonde de l'âme humaine : il décrit parfaitement notre indéniable fascination pour le Mal, incarné par le personnage tourmenté de Kurtz. Je suppose qu'il faut voir dans les contradictions de Kurtz une métaphore de nos errements entre le Bien et le Mal.
En revanche, et pour rester objectif, on pourra peut-être reprocher à Conrad une vision quelque peu caricaturale de l'Afrique, et assez réductrice, le continent étant dépeint comme un lieu de mystère et de magie, peuplé de "sauvages malheureux..."
Francis Ford Coppola s'est inspiré du récit de Joseph Conrad pour son film Apoclaypse Now, sorti en 1979. Même si l'action se déroule cette fois pendant la guerre du Vietnam, le réalisateur américain a su préserver à la fois le rythme lancinant et la noirceur de l'oeuvre originale.
05 mai 2008
L'Oeuvre au noir - Marguerite Yourcenar
L'Oeuvre au noir a été écrit par Marguerite Yourcenar en 1968. Le titre du roman désigne la première des trois étapes nécessaires à l'accomplissement du Grand Oeuvre des alchimistes.

Zénon Ligre, le personnage principal de ce roman historique est imaginaire. C'est un homme savant, curieux, humaniste ; il est également médecin, alchimiste, philosophe ; bref, le genre d'homme que l'Inquisition (le récit se déroule au 16ème siècle) n'apprécie guère... Les convictions de Zénon "fleurent l'athéisme et l'hérésie".
Zénon est indubitablement moderne et en avance sur son temps. Ses réflexions sur la science rejoignent nos questions et nos doutes : "Les hommes tueront l'homme" ou "Ouvres-toi gouffre éternel, et engloutis pendant qu'il en est encore temps la race effrénée..." et surtout, cette phrase prémonitoire : "Quand je vois jusqu'où nos spéculations nous entraînent, frère Henri, je suis moins surpris qu'on nous brûle."
Prémonitoire donc, puisque Zénon sera fait prisonnier et condamné à mort par l'Inquisition. Il choisira cependant de se suicider comme ultime liberté.
De par son intelligence, la justesse de ses réflexions, l'Oeuvre au noir est plus que le roman historique au style classique que l'on peut voir au premier abord. Ce n'est pas un livre facile d'accès, (lecteur nocturne, j'avoue m'être assoupi sur quelques unes de ses pages plus vite que pour d'autres lectures plus légères), mais après sa lecture l'on pourra comme Zénon s'enorgueillir de mourir "un peu moins sot que [l'on est] né"...
19 avril 2008
Textes de scène - Pierre Desproges
La sortie du spectacle "Mon cadavre sera piégé" (au théatre du Splendid, textes dits par Emmanuel Matte, mise en scène de Julia Vidit), composé de textes de Desproges, m'a donné envie de relire un de ses bouquins (faute d'aller voir le spectacle...), afin de voir si 20 ans après sa mort, Desproges avait gardé toute sa verve ou si le tranchant des textes s'était émoussé avec les années...
Ces Textes de scènes regroupent en fait les textes des deux spectacles de Pierre Desproges (joués respectivement en 1984 et 1986) ainsi que quelques textes inédits pour un troisième spectacle qui n'a pas vu le jour...

Cela faisait bien longtemps que je ne m'étais plongé dans un Desproges, mais force est de constater que ses textes fonctionnent toujours. On retrouve ce mélange détonnant de cynisme, d'ironie, de délire, mais ce qui reste le plus surprenant chez Desproges, c'est cette capacité à nous faire rire des sujets les plus tragiques, de la proche troisième guerre mondiale au sida, en passant par son cancer... Et on ne peut s'empêcher de penser que tout ce cynisme cache en fait une gentillesse, une sensibilité sans bornes (enfin, c'est mon impression, si ça se trouve, il était peut-être réellement une vrai peau de vache).
L'écriture de Desproges est agréable, c'est bien sûr drôle et bourré d'invention et de jeux de mots (les coiffeurs sont des capilliculteurs, l'ara s'casse, bonsangmaicébiensûr-je, etc...), suffisamment vulgaire cependant pour choquer les âmes sensibles... Ces textes de scène sont en fait une sorte de condensé du savoir-faire de Desproges ; certains passages se retrouvent d'ailleurs dans des ouvrages précédents de l'auteur. Le texte n'a pas vieilli, seules quelques références à des personnages ou à l'actualité de l'époque (Léon Schwartzenberg, Hersant, Sakharov, les allusions aux avions renifleurs, les fûts de dioxine de Seveso...) laissent deviner que les textes ont plus de 20 ans.
"L'âge mûr, par définition, c'est l'âge qui précède l'age pourri."
"L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur."
"Au reste, mes idées sont trop originales pour susciter l'adhésion des masses bêlantes ataviquement acquises aux promiscuités transpirantes et braillardes inhérentes à la vulgarité du régime démocratique imposé chez nous depuis deux siècles par la canaille régicide."
En lisant ces textes, on entend Desproges le déclamer avec son ton pince-sans-rire si particulier, et on se dit que Emmanuel Matte est bien courageux de s'y frotter, même si les textes choisis pour le spectacle Mon cadavre sera piégé n'ont jamais été dits sur scène par Desproges.
14 avril 2008
Pacific Park - Philipp K. Dick
Pacific Park a été écrit par Philipp Kindred Dick dans les années 50, mais l'ouvrage a été publié en 2005 soit plus de 20 ans après sa mort, en 1982. Pour la petite histoire, Dick meurt d'un problème cardiaque quelques jours avant la sortie du film Blade Runner, tiré de son roman Les androïdes rèvent-ils de moutons électriques ? (jusqu'à sa mort, l'auteur a surtout été connu pour son oeuvre de science-fiction).
Ccontrairement à ce que pourrait laisser penser le titre à consonance anglaise, le titre original de l'oeuvre est Mary and the Giant.
Le personnage principal de Pacific Park est donc Mary Ann Reynolds, une jeune fille de 20 ans, un peu paumée, qui vit dans une petite ville de Californie dans les années 50. En cherchant un nouveau job, elle fait la connaissance de Joseph Shilling, qui vient d'ouvrir un magasin de disques classiques et bien que Shilling soit de plus de 30 ans son ainé, en tombe amoureuse. Mais la vie de Mary s'apparente à une fuite éperdue et leur amour n'y résistera pas...
Losqu'on lit la biographie de Philipp K.Dick, on ne peut s'empêcher de lui trouver des point communs avec son héroïne notamment ce caractère instable, ces crises d'angoisses et de paranoïa que l'on retrouve dans le livre. Sous les trait de Joseph Shilling, on devine également l'amateur de musique qu'était Philipp K. Dick.
Par les sujets qu'il aborde (la condition féminine dans les années 50, l'inceste, le racisme, la drogue, l'alcool...), Pacific Park n'est pas un livre facile ou léger, certaines scènes sont assez dures et cruelles, notamment celle où le propre père de Mary essaie de la violenter.
Le style est plutôt agréable et original, assez simple, très réaliste. L'éditeur le compare à celui de Boris Vian. C'est justement remarqué, même si personnellement je réstreindrai dans ce cas la similitude à la période Vernon Sullivan de Boris Vian, dans laquelle on retrouve cette atmosphère très fifties et jazzy.
Pour qui aime ce style réaliste et les fifties, Pacific Park est une lecture à envisager. Pour les autres, comme moi, ce livre n'est peut-être pas le meilleur choix pour découvrir Philipp K. Dick...
08 avril 2008
Je l'aimais - Anna Gavalda
Poussé par la curiosité, et finissant par me sentir comme un extraterrestre de n'avoir jamais ouvert un de ses livres, j'ai donc décidé de me lancer dans la lecture d'un Anna Gavalda. Mais, prudent pour ma première confrontation, je me suis rabattu sur Je l'aimais, dont la petite taille était à la hauteur de mon enthousiasme pour cette lecture. Affronter les plus de 600 pages de La Consolante sans un petit échauffement me semblait en outre quelque peu ambitieux... Ayant d'abord rangé (un peu vite et de manière totalement subjective) les Anna Gavalda au rang de littérature sentimentale et produit marketing, j'abordais la lecture avec l'état d'esprit un peu froid et détaché de l'anthropologue qui découvre une nouvelle espèce, n'étant pas un amateur du genre...
A ma grande (et agréable) surprise cependant, l'anthropologue s'est bien vite effacé, désarçonné par la force du texte et par le rythme imposé par les dialogues...
Les deux personnages principaux du roman sont Pierre et Chloé, qu'à priori tout oppose. Chloé vient de se faire "larguer" (j'utilise le terme à dessein, il est empreinté du livre) par Adrien, le fils de Pierre. On imagine Cloé vive et enjouée. Son beau-père, par sa froideur et sa réserve, semble être son contraire et on s'attend à ce que le séjour à la campagne qu'il propose à Chloé et à ses deux petites filles soit un calvaire pour cette dernière...
"Je ne comprenais pas cet homme qui s'économisait et réfrénait ses élans. Ne rien montrer de peur de se sentir affaibli, je n'ai jamais pu comprendre ça. Chez moi, on se touche et on s'embrasse comme on respire."
Mais progressivement, la glace se brise, on sent naître une intimité entre les deux personnages, le dialogue se noue et l'on découvre que cette retraite forcée à la campagne ne délivre pas que Chloé...
Ce roman est un petit tour de force. On a vite fait de se faire happer par ces dialogues d'apparence très simples, mais très justes. Je suis toujours fasciné par la faculté qu'ont certains auteurs à donner cette impression que la vie naît entre nos doigts. Reste peut-être cette tentative finale de vouloir donner absolument une morale à l'histoire. Je ne sais pas si cela s'imposait. Le seul tableau des deux personnages suffisait à mon avis à en faire une oeuvre très forte. Je n'ai pas pu décroché du livre et je l'ai fini en une soirée.
07 avril 2008
Murir son style par l'exemple - Jeremy Silman
Murir sont style par l'exemple ou comment tirer parti des déséquilibres aux échecs (quel titre !) est la suite de Comment murir son style aux échecs, qui a déjà eu son billet il y a quelques jours. Il n'est cependant pas nécessaire d'avoir lu le premier opus pour profiter pleinement du deuxième. D'autant plus que Silman a la délicatesse de faire un résumé du précédent tome à l'aide des deux premières sections du livres, respectivement intitulées : "Techniques de réfexion" et "Rapide survol des déséquilibres".

Murir son style par l'exemple est donc un livre d'exercice (131 au total), destiné à mettre en pratique les connaissances acquises par la lecture de Comment murir son style... Mais les énoncés des exercices ne représentent qu'un petit quart du livre. Les solutions prennent en effet les trois quarts restants et c'est bien sûr ce qui fait l'intêret de l'ouvrage.
On retrouve dans les solutions les thèmes abordés dans le précédent ouvrage de l'auteur. Mais la pratique des exercices ne fait que mieux passer le message. Pour que le livre soit réellement profitable, on se gardera bien entendu de se jeter sur les solutions sans s'être creusé les méninges au moins quelques minutes sur les exercices proposés. Ceux-ci sont pour la plupart des positions tirées de parties de grands-maitres suivies d'une courte question du type "Enumérez les déséquilibres" (le cheval de bataille de Silman), ou "Qelle position préférez-vous ?" ou encore "Les noirs peuvent-ils s'en tirer ?".
On retrouve le style très enjoué et l'humour de l'américain dans les textes. Les solutions sont vraiment très enrichissantes même si personnellement (joueur de club moyen 1600 Elo) j'avoue avoir décroché sur quelques-unes (notamment certaines analyses de finales). Il faut également par moment faire abstraction du relatif manque de modestie de Monsieur Silman, mais vu l'intêret évident de l'ouvrage, on lui pardonnera sans problème ce tout petit défaut.
Le livre conviendra à mon avis plutôt aux joueurs moyens de 1500 à 1800 Elo. Les joueurs les plus forts ne perdront pas leur temps avec les exercices, mais les explications ne leur conviendront peut-être pas. En revanche, ce n'est peut-être pas le meilleur livre pour des joueurs débutants.
PS : Si vous êtes joueur d'échecs et que vous désirez des informations complémentaires ou un avis plus technique sur le livre, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaire, je tâcherai de vous répondre aussi bien et aussi rapidement que possible !
05 avril 2008
Le blog littéraire, un truc de fille ?
Parcourant mes blogs littéraires habituels, je me faisais la réflexion que ceux-ci semblaient bien souvent tenus (et souvent bien tenus) par des blogueuses plutôt que par des blogueurs. Ces pseudos fleuris, ces chatons, ce rose que l'on retrouve moins souvent sur les blogs high-tech, semblent corroborer cette observation...
Pour en avoir le coeur net, je décide d'aborder la question avec un peu plus de rigueur scientifique. J'entreprends donc de recenser les blogs féminins sur un panel de blogs que j'espère suffisamment représentatif pour avoir une valeur statistique. Mon dévolu se porte sur le Top 100 des blogs littéraires de Wikio que je me met à parcourir. Bon. En fait, on se contentera du Top 50. Car la tâche est fastidieuse. Si certains noms de blogs facilitent le travail, comme par exemple Chez Clarabel (rose), Les lectures de Florinette (rose), les lectures de Caro[line] (titres en rose) ou Lily et ses livres (tiens ? pas de rose, bizarre) trouver le sexe d'un blog n'est pas toujours chose facile, et je dois avouer avoir séché sur 4 ou 5 (qui ne seront pas comptabilisés)...
Bref, il se trouve que plus de 70% des blogs dits littéraires sont rédigés par des blogueuses. Ce n'est pas vraiment une surprise, et c'est en fait conforme aux résultat des sondages (sérieux cette fois-ci) visant à déterminer le profil type du lecteur, qui est une lectrice comme le montrent ce sondage-ci ou celui-là plus récent. Mais la proportion de femmes parmi les blogueurs semble bien plus importante que la proportion de femmes parmi les lecteurs, un résultat qui ne donne que plus de mérite à votre serviteur...
04 avril 2008
Apex - Colson Whitehead
"Apex" est le troisième roman de l'afro-américain Colson Whitehead, après "L'Intuitionniste"(2003) et "Ballades pour John Henry"(2005).

Le personnage principal du roman est "consultant en nomenclature". Il nomme des produits, il invente des noms. Il est la référence dans sa profession, une sorte de génie de la nomenclature, jouant avec les mots. Le texte est d'ailleurs truffé de jeux de mots et de trouvailles linguistiques, qui ont du donner du fil à retordre au traducteur, Serge Chauvin. Avec une mention particulière pour "Tantalasie", dont on aimerait bien connaître la traduction anglaise...
Mais la plus belle réalisation de notre héros est sans conteste "Apex", le pansement "multi-culturel" proposé en différentes teintes pour s'adapter à la couleur de peau du blessé...
"Une mère de famille blanche se tenait debout, un torchon à la main, et un enfant blanc (coloris N°A12) entrait en courant."
L'ironie de l'histoire veut cependant que ce fameux pansement joue un vilain tour à son inventeur. En effet, une blessure à l'orteil l'oblige bientôt à faire appel au "Cache-blessure".
"Apparemment, la blessure avait conféré à son orteil un étrange magnétisme, qui l'attirait irrésistiblement vers tout objet environnant doué d'une polarité de cognage appropriée."
Cette blessure sera indirectement le catalyseur de sa prise de conscience de l'absurdité du monde qui l'entoure. Et c'est dans cette période de doute et de remise en cause qu'il est appelé pour une mission pour le moins originale et inédite : on lui demande de trouver (en fait de cautionner) le nouveau nom d'une petit ville, dénommée Winthrop. En effet ce nom insuffisamment dynamique ne convient pas au magnat local, Luckie, patron d'une entreprise informatique florissante et qui a fait main basse sur la ville...
Vous l'aurez compris, "Apex" est à la fois cynique et drôle. C'est une satyre (en vrac) de notre société de consommation, de la publicité, des médias, de l'hypocrisie, des faux-semblants, de l'Amérique...
"Amérique, c'était inattaquable, C'était un nom ballon. Un ballon qui s'étirait en s'emplissant, devenant de plus en plus gros, et sa peau de plus en plus mince. Quel était ce gaz qui l'étirait ainsi jusqu'à ses limites ? Comment le savoir ? C'était notre rêve, quel qu'il soit. Et forcément, un jour, il éclaterait. Mais en attendant, il jouait son rôle. En attendant, il tenait encore."
On y retrouve également abordé plus ponctuellement le thème du langage dans sa dimension philosophique (pas de panique pour les réfractaires, c'est abordé subrepticement) et une très intéressante réflexion sur... le Lego. Pardon sur le Ehko, car Colson Whitehead n'utilise pas dans son roman le nom déposé.
"Les petites mains d'enfant devenaient des mains de géant, les mains de Dieu..."
Un bon roman, inventif, drôle, intelligent, avec peut-être un léger petit passage à vide juste après la fin de la première moitié, mais pour finir en beauté, avec notamment les réponses à de nombreuses énigmes, dont une sur la femme de ménage persécutrice, mais je n'en dirai pas plus...
La République des Livres, un blog explosif ?
Lundi dernier, au cours de ma promenade bloguesque habituelle, je tombe sur un billet de P. Assouline sur son blog, La République des Livres, billet portant sur le dernier Blacke et Mortimer : Le sanctuaire de Gondwana (pas très jacobsien comme titre).
Je ne suis pas un grand amateur de BD, mais je suis resté un inconditionnel de toute l'oeuvre de Jacobs. Je ne me lasse pas de relire périodiquement Le piège diabolique, que je tiens pour une sorte de chef d'oeuvre et considère ma collection complète de Blacke et Mortimer dans leur édition "originale" comme un trésor (je n'aime pas trop la nouvelle collection, au format trop imposant à mon goût). Par contre, je n'ai pas retrouvé la même magie dans les ouvrages publiés récemment, même si les dessinateurs ont su réellement imiter le style de Jacobs.
Parcourant donc le billet d'Assouline, je commence à lire quelques commentaires... et une fois encore, je reste ébahi devant leur nombre : plus de 100 commentaires en une seule journée! Et tout cela dans une ambiance comme souvent sur ce blog très électrique, qui laisse deviner un gros travail de modération en amont... D'ailleurs, dans certains commentaires, on peut observer qu'il ne reste des nom d'oiseaux que la première lettre (quand je vous dis que c'est vraiment électrique...). On ne peut cependant savoir s'il s'agit d'une délicate attention de l'auteur dudit commentaire, ou de l'intervention des "balayeuses de charme", une bizarre expression rencontrée dans un de ces commentaires justement.
Quelques semaines plus tôt, le billet sur le salon du livre (où Israèl était à l'honneur), sur ce même blog, s'était vu affublé d'une quantité non moins impressionnante de commentaires dans une ambiance explosive. A l'heure où j'écris ces lignes, j'imagine d'ailleurs que l'on continue de s'y étriper, mais les missiles virtuels m'inquiètent moins que les vrais...


