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05 septembre 2010

Nagasaki - Éric Faye

Nagasaki - Eric FayePour commencer cette petite série de billets consacrés à quelques romans de la rentrée littéraire (je dois en avoir lu 1%...), j'ai choisi de vous présenter "Nagasaki", de Éric Faye.

Je constate cependant qu'il est difficile de parler de ce roman sans en dévoiler une partie du mystère. Si vous avez l'intention de le lire, vous pouvez passer les lignes grisées du présent billet, qui pourraient ternir l'effet de surprise (d'un autre côté, ce n'est pas un polar non plus : le roman ne saurait se résumer à ce mystère tout relatif...).

L'histoire de "Nagasaki" est inspirée de faits réels. Au Japon (d'accord, vous vous en doutiez un peu), un célibataire d'une cinquantaine d'années découvre qu'une femme a vécu chez lui pendant plus d'un an, à son insu. Quelle ironie tout de même, ce célibataire que l'on imagine chercher secrètement l'âme soeur, qui partage sans le savoir son domicile avec une femme de son âge, célibataire elle aussi...

Un fait divers étonnant et un bon point de départ pour une réflexion sur la solitude et la remise en question de la notion de chez-soi. C'est aussi un roman sur les racines, dont l'importance pour l'auteur semble évidente (pour l'anecdote, j'ai lu dans la foulée "L'orfelin" d'Alexandre Lacroix, qui défend grosso modo l'idée contraire...).

"On dit de certaines tortues de mer qu'elles reviennent mourir sur la plage où elles sont nées. On dit des saumons qu''ils quittent la mer et remontent pour frayer dans la rivière où ils on grandi. Le vivant est gouverné par de tels protocoles. Après avoir achevé un vaste cycle de mon existence, je regagnais l'un de mes plus anciens biotopes." (p.105)

"Nagasaki", c'est aussi une réflexion censée sur l'individualisme et son corollaire : la solitude...

"Que signifie encore ce nous qui revient à tire-larigot dans les conversations ? Le nous meurt. Au lieu de se regrouper autour d'un feu, les je s'isolent, s'épient. Chacun croit s'en sortir mieux que le voisin et cela, aussi, c'est probablement la fin de l'homme." (p.73)

Tout cela est servi par une écriture minutieuse, précise et soignée. Bref, si vous ne savez pas quoi lire en ce moment, voici un petit roman à ne pas manquer...

"Nagasaki" de Éric Faye (2010) Pas mal du tout
Stock, 108 pages, 13 €