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1 04 avril 2008

Apex - Colson Whitehead

"Apex" est le troisième roman de l'afro-américain Colson Whitehead, après "L'Intuitionniste"(2003) et "Ballades pour John Henry"(2005).

Apex

Le personnage principal du roman est "consultant en nomenclature". Il nomme des produits, il invente des noms. Il est la référence dans sa profession, une sorte de génie de la nomenclature, jouant avec les mots. Le texte est d'ailleurs truffé de jeux de mots et de trouvailles linguistiques, qui ont du donner du fil à retordre au traducteur, Serge Chauvin. Avec une mention particulière pour "Tantalasie", dont on aimerait bien connaître la traduction anglaise...

Mais la plus belle réalisation de notre héros est sans conteste "Apex", le pansement "multi-culturel" proposé en différentes teintes pour s'adapter à la couleur de peau du blessé...

"Une mère de famille blanche se tenait debout, un torchon à la main, et un enfant blanc (coloris N°A12) entrait en courant."

L'ironie de l'histoire veut cependant que ce fameux pansement joue un vilain tour à son inventeur. En effet, une blessure à l'orteil l'oblige bientôt à faire appel au "Cache-blessure".

"Apparemment, la blessure avait conféré à son orteil un étrange magnétisme, qui l'attirait irrésistiblement vers tout objet environnant doué d'une polarité de cognage appropriée."

Cette blessure sera indirectement le catalyseur de sa prise de conscience de l'absurdité du monde qui l'entoure. Et c'est dans cette période de doute et de remise en cause qu'il est appelé pour une mission pour le moins originale et inédite : on lui demande de trouver (en fait de cautionner) le nouveau nom d'une petit ville, dénommée Winthrop. En effet ce nom insuffisamment dynamique ne convient pas au magnat local, Luckie,  patron d'une entreprise informatique florissante et qui a fait main basse sur la ville...

Vous l'aurez compris, "Apex" est à la fois cynique et drôle. C'est une satyre (en vrac) de notre société de consommation, de la publicité, des médias, de l'hypocrisie, des faux-semblants, de l'Amérique...

"Amérique, c'était inattaquable, C'était un nom ballon. Un ballon qui s'étirait en s'emplissant, devenant de plus en plus gros, et sa peau de plus en plus mince. Quel était ce gaz qui l'étirait ainsi jusqu'à ses limites ? Comment le savoir ? C'était notre rêve, quel qu'il soit. Et forcément, un jour, il éclaterait. Mais en attendant, il jouait son rôle. En attendant, il tenait encore."

On y retrouve également abordé plus ponctuellement le thème du langage dans sa dimension philosophique (pas de panique pour les réfractaires, c'est abordé subrepticement) et une très intéressante réflexion sur... le Lego. Pardon sur le Ehko, car Colson Whitehead n'utilise pas dans son roman le nom déposé.

"Les petites mains d'enfant devenaient des mains de géant, les mains de Dieu..."

Un bon roman, inventif, drôle, intelligent, avec peut-être un léger petit passage à vide juste après la fin de la première moitié, mais pour finir en beauté, avec notamment les réponses à de nombreuses énigmes, dont une sur la femme de ménage persécutrice, mais je n'en dirai pas plus...


Commentaires

    Là j'ai vraiment envie d'en savoir plus... je retiens!

    Posté par cocola, 15 novembre 2008 à 21:59

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