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10 09 mai 2008

Au coeur des ténèbres - Joseph Conrad

Je voulais commencer ce billet en décrivant le livre que j'avais entre les mains, mais l'adjectif petit, que l'on se devrait d'utiliser pour décrire l'objet convient si mal à un tel ouvrage, que j'ai fini par renoncer et m'en sortir par cette pirouette... Plutôt que petit roman, on parlera donc de grande nouvelle, mon édition étant malgré tout suffisamment conséquente car à la nouvelle se rajoute une longue introduction de Joseph Conrad en personne.

Conrad

L'histoire commence ainsi : Marlow, un officier de la marine marchande britannique du début du siècle, raconte un soir à ses camarades sa découverte de l'Afrique et de ses mystères, et sa rencontre d'un étrange personnage : Kurtz.

"Il me semble que j'essaie de vous dire un rève - que je fais un vain effort, parce que nulle relation d'un rêve ne peut communiquer la sensation du rêve, ce mélange d'absurdité, de surprise, de confusion, dans un effort frémissant de révolte, cette notion qu'on est prisonnier de l'incroyable, qui est de l'essence même du rêve..."

Le récit de Marlow suit sa lente progression sur le fleuve Congo, à la recherche de Kurtz, trafiquant d'ivoire dont on est sans nouvelles depuis de longs mois... Cette remontée du fleuve le conduira au coeur des ténèbres...

"Nous pénétrions de plus en plus profondément au coeur des ténèbres. Quelle quiétude il y régnait !"

Sous les traits de Marlow se cache en fait Joseph Conrad lui-même, ce dernier ayant vécu une aventure similaire au Congo, en 1890.

Au coeur des ténèbres n'est pas un livre facile, mais il mérite les premiers efforts pour s'imprégner du style de Conrad. C'est un livre riche, mystérieux. On sent chez l'auteur une connaissance profonde de l'âme humaine : il décrit parfaitement notre indéniable fascination pour le Mal, incarné par le personnage tourmenté de Kurtz. Je suppose qu'il faut voir dans les contradictions de Kurtz une métaphore de nos errements entre le Bien et le Mal.

En revanche, et pour rester objectif, on pourra peut-être reprocher à Conrad une vision quelque peu caricaturale de l'Afrique, et assez réductrice, le continent étant dépeint comme un lieu de mystère et de magie, peuplé de "sauvages malheureux..."

Francis Ford Coppola s'est inspiré du récit de Joseph Conrad pour son film Apoclaypse Now, sorti en 1979. Même si l'action se déroule cette fois pendant la guerre du Vietnam, le réalisateur américain a su préserver à la fois le rythme lancinant et la noirceur de l'oeuvre originale.


Commentaires

    J'ai lu ce livre il y a maintenant bien longtemps et je dois avouer que malgré mon peu d'appétence pour les romans d'aventures, j'ai apprécié celui-ci. Peut-être parce que, comme tu le soulignes, il est un peu autobiographique, mais certainement parce que l'écriture de Joseph Conrad est magnifiquement adaptée à ce genre de littérature. Ce qui n'empêche pas une profondeur certaine. Je dois dire que je n'avais pas fait le rapprochement avec "Apocalypse now".
    En tout cas, Conrad est un auteur qui me semble un peu injustement oublié ces derniers temps. J'espère que ton billet donnera l'envie de lire cet écrivain à tes lecteurs.

    Posté par Fantasio, 17 mai 2008 à 09:35
  • Une très grande oeuvre, le commentaire que vous en faites est très juste.

    Je dois dire que la perception que la rencontre, la perception qu'il a des populations autochtones qu'il rencontre, reste une pillule que je digère difficilement. L'époque voulait cela...

    Posté par Gangoueus, 27 mai 2008 à 00:17
  • En abordant les rapports de Conrad avec le colonialisme, on touche un sujet sensible... Sans parler du personnage de Kurtz (sa phrase "Exterminez toutes ces brutes !" a donné son titre à un roman traitant la question du colonialisme et du génocide - voir ici : http://www.bibliomonde.com/livre/exterminez-toutes-ces-brutes-5443.html) - il est vrai que l'attitude de Marlow peut nous paraître ambigüe.

    Pour creuser la question, je vous recommande vivement la lecture de cet excellent article : http://www.sielec.net/pages_site/FIGURES/conrad_joseph/joseph_conrad_1.htm

    Posté par Calepin, 27 mai 2008 à 13:13
  • Merci pour le second lien... Extrêmement instructif. Je ne connaissais pas cette structure.
    Je ne partage pas toute les conclusions, mais ces chercheurs on l'avantage d'avoir plusieurs lectures sur le sujet. Il ne souligne pas assez que le fait colonial est exprimé de manière moins frontal mais avec le même regard dans Typhon par exemple. Ici, ce sont les chinois qui sont en scène...

    Merci beaucoup et à bientôt,
    Gangoueus

    Posté par Gangoueus, 30 mai 2008 à 23:49
  • Mal relue, désolé.

    Posté par Gangoueus, 30 mai 2008 à 23:50
  • Pas de problème. (Un truc si ça vous arrive à nouveau : deuxième commentaire corrigé et je supprime le premier commentaire ni vu ni connu...)

    Posté par Calepin, 31 mai 2008 à 00:14
  • Je l'ai depuis des années mais pas encore lu.
    Il faut absolument que je répare cette erreur !
    Pour en revenir au personnage de Kurtz, l'auteurs Timothy Findley le fait revivre dans son roman "Chasseur de têtes". J'avoue que je l'avais entamé il y a des années mais que je ne l'avais jamais terminé. Je compte le reprendre également un jour ou l'autre...

    Posté par sentinelle, 31 mai 2008 à 22:12
  • Je suis en train de jeter l'éponge ...

    ... C'est rare que je lâche un livre mais là, je dois reconnaître que je n'ai même plus envie de me mettre dedans. Autant j'ai dévoré "Jeunesse" du même auteur qui, dans mon édition, précède "Au coeur des ténèbres", autant là, je n'arrive pas à m'intéresser ...

    J'ai toujours été convaincue, j'ai toujours cru qu'il y avait un moment "propice" pour lire certains livres.
    J'ai commencé 3 fois "Cent ans de solitude" de Gabriel G. Marquez, l'ai abandonné 3 fois, puis l'ai lu en 2 ou 3 jours la fois d'après, sans effort et avec grand plaisir !

    Pour me consoler, je me suis fait une soirée bouquin avec des nouvelles de Steinbeck, dévorée d'un coup ! J'ai aussi un "Génération X" de Coupland qui m'attend.

    Massalia

    Posté par Massalia, 29 avril 2009 à 12:25
  • Entièrement d'accord pour le fameux "moment propice" : je suis un fervent croyant de cette théorie. D'un autre côté, pour certains romans, comme par exemple "Cent ans de solitude", il n'y aura jamais de moment propice...(enfin, pour moi, et pour vous aussi semblerait-il

    Pour "Génération X", me sentant un peu responsable de sa présence dans votre "Liste à lire", je dois avouer que j'ai quelque angoisse dans l'attente de votre verdict (mais sachez d'ores et déjà qu'il s'agit vraiment d'un roman très sensible au "moment propice"...)

    Posté par calepin, 29 avril 2009 à 21:08
  • C'est en effet une nouvelle riche et mystérieuse, ambiguë , bien plus complexe qu'elle n'y paraît...

    Une nouvelle qui s'articule autour de la dualité et de la simplicité,qui après s'être employée à chercher la vérité sous l'illusion, opte finalement pour cette dernière en choisissant de fuir cette vérité "trop ténébreuse" en se contentant d'une "vérité de surface"...

    La fin - les fins ! - est significative . Deux fins en effet : la mort de Kurtz et l'épiloque , paradoxal, de l'entrevue de Marlow avec la fiancée de Kurz.
    Pas si paradoxal car le choix de Marlow pour la fuite, pour l'illusion, avait été annoncé par Conrad dans les premières pages avant qu'il ne confie à son héros - et double - le soin de retracer cette aventure ténébreuse dans un long flash-back!

    Et ce n'est pas la seule ambiguïté ... ( J'ai consacré un billet à cette nouvelle sur mon blog )

    Posté par Emmanuelle, 26 février 2010 à 11:04

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