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0 09 juin 2008

Le goût de la mère - Edward St Aubyn

"Pourquoi avaient-ils feint de le tuer au moment de sa naissance ?" C'est sur cette phrase volontairement provocatrice que débute "Le goût de la mer" de Edward St Aubyn. Et l'auteur de poursuivre sur sa lancée et sur plusieurs pages une description brillante des premiers instants de la vie d'un nourrisson. Si brillante, qu'elle en est troublante, comme si St Aubyn n'avait jamais perdu ces souvenirs de petite enfance à jamais disparus pour le commun des mortels.

Edward St Aubyn - Le goût de sa mère - Couverture

Malheureusement, St Aubyn semble avoir pris un départ trop rapide : Il s'essouffle un peu dans la suite du récit et donne par moment le sentiment de s'égarer dans les interrogations existentielles de Patrick, avocat déprimé et père du bambin.

Ce personnage du père, qui prend une place importante dans le roman, semble présenter les symptômes les plus aigus de la crise de la quarantaine (à moins que ce soit de la cinquantaine, j'ai un doute maintenant) : il déprime (décidément, je n'en sors pas, après avoir lu William Styron, il y a peu), il trompe sa femme Mary, il boit bien plus que de raison, et tourne jusqu'à l'obsession ses interrogations sur l'éducation, la vie, la mort, les relations père-fils, fils-mère, homme-femme.

A proposé de fils : pourquoi les auteurs, lorsqu'ils introduisent un personnage d'enfant dans un récit, en font-ils systématiquement un génie ? (Ici Robert, agé de 4 ans environ, et dont j'envie les traits d'esprit...)

En revanche, St Aubin écrit vraiment bien, et on se régale de comparaisons parfois hardies mais qui font mouche, de traits d'humour vraiment excellents, et malgré tout de réflexions eminemment sensées et pertinentes et d'une critique très fine de notre société mercantile et narcissique. A ce propos, je croyais que l'anti-américanisme primaire était une spécialité française, mais St Aubyn nous donne des leçons sur le sujet :

"Le reste du pays n'est qu'une masse de gens dans de grosses bagnoles qui se demandent ce qu'ils vont manger la prochaine fois. Quand tu loues une voiture, tu comprends qu'il s'agit en réalité d'une salle à manger ambulante, munie d'une quantité de petites tables et de porte-bouteilles. C'est une nation d'enfants affamés avec de véritables armes à feu. Soit tu sautes sur une bombe, soit tu exploses avec une pizza Vesuvio. C'est absolument terrifiant."

Petit post-scriptum/clin d'oeil pour les blogueurs et blogueuses : St Aubyn n'a pas fait du personnage de Patrick un blogueur, il y a cependant dans Le goût de la mer un court mais habile passage traitant de sa pile de lecture, passage que les maniaques des empilages de livres que vous êtes sauront apprécier à sa juste valeur...


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