Romans et Lectures - Blog de lecture

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12 décembre 2010

Pygmy - Chuck Palahniuk

"En-vue notification officielle : nid écureuil centre distribution massive égale labyrinthe conflictuel zobjets hétéro-clites, tous plus-meilleur, tous emballés en teintes flambantes. Space divisé par murs construits en produits, tous machinés pour attirer oeil, tous étiquetés : «Aimez-moi»,«Zyeutez-moi». Millions zobjets parlants, suppliants. Consommateur amér-ricain couronné avec pouvoir royal, peut choisir sauver zobjets en-fin ramener chez lui, autre possiblement abandonner céans juska ekspiration-mort. Noms-marques agressent zoreilles, sautent zyeux.. Mains insistantes en-fin prendre. Zobjets mourants, tous là, vie utile enfouie plus chacune minute. Produits mourants, acheteur mourant, femelle sclave mourante. «Doris.» Désespérant juska attrister."

Cet étrange galimatias est un extrait de "Pygmy", le dernier roman de Chuck Palahniuk.  Vous trouvez ce passage incompréhensible ? Dites-vous que tout le roman est dans la même veine. Je n'ai d'ailleurs choisi ces lignes que parce qu'elles me semblaient représentatives de la thématique du roman... Si j'avais voulu vous donner un aperçu de l'écriture, j'aurais pu me contenter de prendre une page au hasard...

Pygmy

Mais de quoi parle donc ce roman ? Il faut tout d'abord savoir que "Pygmy" est le sobriquet attribué au narrateur par sa famille d’adoption américaine. Car cet adolescent malingre, que l’on devine venir d’un pays totalitaire asiatique, fait partie d’un groupe de jeunes gens disséminés sur le territoire des Etats-Unis dans des familles d'accueil qui sont loin d'imaginer que ces adolescents d'apparence innocente sont là pour préparer une opération terroriste nommée "Opération destruction" (du pur Palahniuk donc, dans la lignée de Fight-Club).

Le roman est donc une succession de rapports rédigés par Pygmy dans un français (roman traduit de l'américain par Bernard Cohen) approximatif (comprenez bien que tout le roman est écrit dans le même style que l‘extrait ci-dessus), au travers desquels Palahniuk se livre à une critique de la société de consommation (la routine, pour Palahniuk). Le roman n’est pas un pamphlet anarchique pour autant : il me semble d'ailleurs que Palahniuk s’emploie à montrer l’absurdité de la démarche de Pygmy bien plus finement qu'il ne dépeint les travers de la société amer-ricaine, pardon, américaine.

Mais revenons à l'aspect le plus déroutant de ce roman : l’écriture. Le français (mes respects au traducteur) plus qu'approximatif, rend la lecture extrêmement laborieuse. D'ailleurs, le temps passé sur le livre s'en ressent : l'effort intellectuel (mais je ne suis pas très intelligent) que m'a demandé la recomposition de ces phrases alambiquées a grandement diminué mon rythme de lecture...

Pour être tout à fait franc, j'ai dans un premier temps pensé abandonner ma lecture, trouvant que l’auteur poussait le bouchon un peu loin, voire qu'il se foutait de ses lecteurs… et puis, la curiosité aidant, j’ai poussé un peu plus en avant ma lecture, je me suis peut-être accoutumé au style aussi, je me suis laissé séduire par l’humour ravageur de Palahniuk (certains passages sont vraiment très drôles), je me suis laissé berner par quelques scènes plutôt bouleversantes sous leurs dehors de rapports froids et circonstanciés, et c’est comme cela que j’ai refermé le livre sur la dernière page, tout étonné mais finalement agréablement surpris et assez fier de ma performance. "Pygmy" est une lecture difficile (j'en connais d'ailleurs qui ont abandonné, mais je ne donnerai pas de nom), réservée à mon avis aux fans de l'auteur ou aux lecteurs intrépides. Vous ne pourrez pas dire que l'on ne vous a pas prévenu...

"Pygmy" de Chuck Palahniuk (2010) Pas mal du tout
Denoël, 275 pages, 20 €