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10 29 mars 2009
Le film - Cypora Petitjean-Cerf
A Marqu-en-Baroeul, petite commune du Nord de la France, Ruth, l'institutrice, ne supporte plus ses élèves. Pour ne pas devenir "maboule", elle décide, avec sa voisine Gisèle, de tourner un film qu'elles présenteront au Festival international du film documentaire de Marseille. Une expérience qui va chambouler la vie de Ruth et de son entourage...
En lisant les premières pages du Film de Cypora Petitjean-Cerf, j'ai d'abord cru à une plaisanterie. Voici un petit extrait de dialogue, afin que vous compreniez ce qui a pu justifier un tel sentiment :
"Et c'est reparti ! vociféra Gisèle. Tu pluques !
- J'pluque pô.
- Menteux ! T'as tout poussé sul' côté. J'suis pô guindoule, hein ! Mange ou t'auras affaire à moi !"
Ces pittoresques dialogues, après le succès phénoménal du film "Les Ch'tis", forcément, ça sent un peu la récupération. Que le personnage principal soit fraîchement débarqué dans le nord, et qu'un autre travaille comme par hasard à la Poste, n'arrange rien. Du coup, ce n'est pas sans une certaine ironie que j'ai lu les premières pages de ce roman, y voyant d'abord une intérprétation un rien suspecte du film de Dany Boon...
Et pourtant, je me suis peu à peu familiarisé avec des personnages truculents et sensibles, voire fascinants. J'ai beaucoup ri aux frasques de Gisèle et Juan, ces Bidochon picards s'éveillant à l'Art avec plus ou moins de bonheur, ou à l'humour un peu désespéré de Ruth, l'institutrice/metteur en scène. Et au fil des chapitres, je suis tombé sous le charme de ce roman étonnant et original, plein d'humour, qui peut se lire également comme une réflexion sensible sur l'art et la beauté.
"Le film" de Cypora Petitjean-Cerf (2009)
Stock, 19 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com.
A lire également : l'avis de Cuné.
9 24 mars 2009
Monsieur Madone - Maïté Bernard
Monsieur Madone était l'amant de Clémentine. Médecin militaire revenu de la guerre du Golfe, il était atteint d'un cancer qu'il savait incurable et a mis fin à ses jours. Cinq ans après sa mort, après un long intermède comme reporter photo à l'autre bout du monde, Clémentine revient à Versailles, où ils ont vécu, et retrouve la famille de Monsieur Madone. Cinq ans pour enfin accepter sa mort...
"Monsieurs Madone" est le quatrième roman de Maïté Bernard. C'est un roman court, très intimiste (pas trop mon truc ça...), écrit à la première personne. Il parait très autobiographique, mais si l'on en croit l'interview de Maité Bernard sur Bibliosurf, il ne pourrait en avoir que l'apparence, car l'auteur semble se plaire à brouiller les cartes et mener son lecteur en bateau (ce que ledit lecteur accepte avec complaisance : n'est-ce pas cela la lecture après tout...). Roman sur le deuil, le "travail de deuil" (comme la narratrice, je déteste cette expression), le récit, les émotions semblent authentiques et sincères : mission réussie sur ce point pour l'auteur...
Monsieur Madone, c'est Hugo, l'amant de Clémentine. C'est un surnom, un jeu entre les deux amants, mais la narratrice nomme ainsi Hugo tout au long du roman. Un procédé un peu surprenant, car il fait penser à de la retenue, de la pudeur, ce qui ne semble pas vraiment correspondre au personnage, moins pudique lorsqu'elle parle de sexe. Le sexe, qui d'ailleurs tient une place importante dans le roman, pour Clémentine comme pour son entourage, par exemple pour Nicolas, le frère de Hugo : "[...] c'était le sexe, dans ce qu'il peut avoir d'immédiat, incompréhensible et générateur de catastrophes, qui avait réussi, sous les décombres de sa vie après la mort de son frère, à lui rappeler le son unique de ce qu'il était et voulait."
Pour revenir à l'interview de Bibliosurf, Maïté Bernard y dévoile une partie de ses sources d'inspiration, de sa façon de travailler. On y a un aperçu de sa manière de s'imprégner du travail d'autres auteurs pour en saisir leurs rouages, leur mécanisme, plus ou moins consciemment : "Mais quinze jours plus tard, ces livres continuent à m’obséder, ça me prend la tête, et finalement, je les ai relus, j’ai noté leur plan chapitre par chapitre, et je les ai affichés au-dessus de mon ordinateur". On y apprend également que l'auteur est une amoureuse du style, du son de l'écriture. Un travail du style que l'on ressent assez peu dans "Monsieur Madone", mais il faut dire que le roman est parsemé de dialogues, qui se prêtent peut-être moins à la musique des mots, et de phrases très courtes, qui ne laissent pas vraiment cette musique s'installer.
"Monsieur Madone" est un roman qui nécessite de s'y plonger pleinement, pour ne pas être désarçonné par les réminiscences du passé qui surviennent souvent sans crier gare, et pour se laisser gagner par l'ambiance un peu mélancolique d'un jardin pluvieux, un soir de décembre...
"Monsieur Madone" de Maïté Bernard (2009)
Ed. Le Passage, 14 €
Un roman lu dans le cadre du Prix de la Révélation auFeminin.com.
15 20 mars 2009
La critique de livres sur les blogs bientôt interdite ?
Vous pensez être totalement libre de vos écrits lorsque vous publiez une critique de livre sur votre blog ? Vous l'êtes en fait peut-être un peu moins que vous ne pensez si l'on en croit la mésaventure survenue au blogueur Marc Autret. Vous constaterez que ce n'est pas le contenu de la critique (négative) qui est directement visé par l'éditeur, mais de manière plus détournée, la "contrefaçon de marque"... Je me permets de relayer ici une information lue il y a une semaine sur l'excellent Lafeuille, sous le titre Pourrons nous encore faire des critiques de livres ? et qui bizarrement ne semble pas avoir encore atteint les premiers intéressés, à savoir les blogs littéraires...
7 19 mars 2009
Ebook du futur : une version pliable en vidéo
L'objet est encore virtuel, mais nos livres ressembleront peut-être à cela dans quelques années... Vous noterez sur cette vidéo dénichée chez Aldus qu'il faut un certain coup de poignet pour piloter l'engin. Une gestuelle très tennistique, qui devrait apporter son lot de book-elbows...
25 16 mars 2009
Dans ma boîte aux lettres... (2)
...il y avait ceci :

Quatre beaux livres, quatres romans : "Monsieur Madone" de Maïté Bernard, "Les âmes fardées" de Aurore Guitry, "La locataire" de Hilary Mantel et "Il était une fois peut-être pas" de Akli Tadjer. Sympa non ?
Encore plus sympa, ce matin, dans ma boîte aux lettres, il y avait tout cela :

Étrange coïncidence, il s'agit de 12 des 15 livres (voir ci-dessous) sélectionnés pour le Prix de la Révélation lancé par le site Aufeminin.com. Et l'expéditeur des colis n'est autre que... Aufeminin.com. Cette histoire de jury ne serait donc pas une plaisanterie ? Je vais surveiller ma boîte aux lettres : il se pourrait qu'elle me réserve encore deux ou trois bonnes surprises dans les jours qui viennent...
Mes 15 prochaines lectures, dans le désordre :
- "Les mains nues" de Simonetta Greggio, aux éditions Stock
- "Un bonheur insoupçonnable" de Gila Lustiger, aux éditions Stock (lu)
- "Le film" de Cypora Petit et Jean Cerf, aux éditions Stock
- "Traques" de Frédérique Clémençon, aux éditions L'olivier
- "Enterrez-moi sous le carrelage" de Pavel Sanaïev, aux éditions Les Allusifs
- "Marilou sous la neige" d’Angie David, aux éditions Leo Scheer
- "La locataire" d’Hilary Mantel, aux éditions Joëlle Losfeld
- "Il était une fois peut-être pas" d’Akli Tadjer, aux éditions JC Lattès
- "Surdouée" de Nikita Lalwani, aux éditions Flammarion
- "Mausolée" de Rouja Lazarova, aux éditions Flammarion
- "Monsieur Madone" de Maïté Bernard, aux Editions du passage (lu, billet à venir)
- "Les Âmes fardées" d’Aurore Guitry, aux éditions Calmann Levy
- "Made in China" de J-M Erre, aux éditions Buchet – Chastel
- "Une partie du tout" de Steve Toltz, aux éditions Belfond
- "Le dernier patriarche" de Najat El Hahmi, aux éditions Actes Sud
8 13 mars 2009
Dans ma boîte aux lettres... (1)
...ce matin, il y avait ce colis, un peu chiffonné. Pas de doute, il y a des livres la-dedans. Ouverture dans le prochain billet...

39 12 mars 2009
La vague - Todd Strasser
Ben Ross est professeur d'histoire dans le paisible lycée de Gordon, aux Etats-Unis. Alors qu'il explique à ses élèves l'histoire et le fonctionnement du régime nazi, il est surpris de ne pouvoir répondre clairement à la question "Comment ont-ils pu faire cela ?". Ne trouvant pas de réponse claire, il expérimente une sorte de micro-régime autoritaire dans sa classe, avec l'espoir que les élèves finissent par trouver eux-même la réponse à cette question...
Dans ce roman, Todd Strasser aborde de façon simplifiée la mise en place de mécanismes liberticides, en essayant de mettre en évidence les effets néfastes d'un groupe d'individus lorsque sa cohésion est fondée sur des principes purement autoritaires. En second plan, il montre l'évolution de l'attitude de l'enseignant, qui se laisse griser par le pouvoir.
Ma première réaction, en suivant les étapes de l'embrigadement des collégiens du lycée de Gordon, a été de me dire que tout cela était un peu facile. J'ai d'abord trouvé que les collégiens acceptaient bien facilement cette soudaine autorité et qu'ils se laissaient embrigader un peu vite. Et pourtant, ce roman est en partie basé sur des faits réels, survenus dans un lycée de Californie en 1967 (le mouvement avait alors pris le nom de "Troisième vague"). Alors certes, la frontière entre la fiction et la réalité est difficile à cerner, d'autant plus qu'il semble exister peu de sources précises sur ce qui s'est réellement passé en Californie en 1967, mais l'on ne peut s'empêcher de frémir à l'idée qu'une petite partie seulement de ce récit puisse s'être déroulée.
"- Je t'assure, c'est incroyable de voir à quel point ils t'apprécient davantage quand tu prends les décisions à leur place."
Ce roman n'est pas un chef-d'oeuvre. L'écriture est très simple et le sujet, fascinant, aurait certainement mérité un roman plus fouillé, mais cet aspect très simple le rend accessible au plus grand nombre, ce qui, vu le sujet, est plutôt positif. Je crois n'avoir jamais pris la responsabilité de conseiller la lecture d'un livre sur ce blog : l'accueil que l'on peut faire à un livre est bien trop subjectif. Mais il n'est pas question de littérature ici. L'intérêt de ce livre est de nous faire prendre conscience que "la bête immonde" sommeille peut-être là, en chacun de nous. Ce n'est pas très réjouissant, et l'on ne se sent d'ailleurs pas très à l'aise en refermant le livre, mais qui sait si cette seule prise de conscience ne suffira pas à garder la bête ensommeillée pour longtemps encore ? Bref, une fois n'est pas coutume, je vous conseille ce livre.
"La vague" de Todd Strasser
Pocket, 222 pages, 5.90 €
Le film
Ce roman a eu un grand succès en Allemagne. Il a inspiré le film du même nom, réalisé par Denis Gansel, sorti en Allemagne en 2008, sorti dans les salles françaises le 4 mars. Je n'ai pas vu ce film (toujours pas de baby-sitter). Pour avoir assailli de questions mon entourage, qui est allé voir ce film, il semblerait que le réalisateur ait pris quelques libertés par rapport au roman, mais les avis sont globalement plutôt enthousiastes.
A lire également, le billet de Brize sur ce roman.
38 10 mars 2009
Confessions d'une accro du shopping - Sophie Kinsella [Chick Lit]
Je savais, en me lançant dans le challenge chick lit for men, que j'allais en baver. Mais j'étais loin du compte. J'ai pourtant choisi une valeur sûre du genre, avec "Les confessions d'une accro du shopping" de Sophie Kinsella, mais cela n'a pas rendu la tâche moins ardue pour autant.
S'agit-il d'un problème de compatibilité homme/chick lit, ou suis-je réfractaire au genre ? Je l'ignore. Quoi qu'il en soit, les premiers chapitres de ce roman ont été très éprouvants. La première chose à laquelle il faut s'habituer, c'est l'emploi d'innombrables noms de marques de vetements, de maquillages et autres, dont la plupart sont à mon avis inconnus pour le lecteur masculin lambda. Ensuite, il faut s'habituer au style (pour les filles, je précise que je parle du style de l'écriture, et non du style vestimentaire de Rebecca Bloomwood...). Un exemple : "En se mariant, il espère piéger une pauvre fille qui se retrouvera coincée toute sa vie avec un petit zizi." La classe. Enfin, je ne vous étonnerai pas si je vous dis que, pour une fois, j'ai eu un peu de mal de m'identifier au personnage. D'accord, c'est une fille, ce qui complique un peu la tâche, mais c'est en plus une fille désespérément matérialiste, menteuse, inconstante, et qui a de plus le chic pour se mettre dans les situations les plus humiliantes qui soient.
Et pourtant... arrivé à la moitié du roman, j'ai fini par entrer dans l'histoire. J'ai fini par éprouver un frémissement de sympathie pour cette héroïne désespérément dépensière. Pire, j'ai même ri. Et quand j'ai refermé le livre, je n'ai certes pas eu l'impression de me sentir beaucoup plus intelligent, mais je me suis senti d'humeur étrangement légère et guillerette. Ce doit être le rose...
20 08 mars 2009
Et le bébé était cuit à point - Mary Dollinger
Sous ce qui est à mon avis l'un des titres les plus moches que je n'ai jamais lu, se cache un tout petit roman finement écrit qui méritait titre plus plaisant. Pour la petite histoire, Mary Dollinger voulait appeler ce récit "Le Chat". Jacques André trouvant ce titre insuffisamment "accrocheur", elle a cherché autre chose...
Et pourtant, force est d'admettre que le titre est justifié par l'histoire, ce qui n'enlève toutefois rien à son mauvais goût (la couverture n'est pas mal non plus). Mais il serait dommage de passer à côté de ce petit livre pour cette seule et finalement bien légère raison, car on y trouve quelques petites pépites d'humour, et un conte certes cruel et un peu court, mais bien tourné. Il y est également question d'un chat, ce qui ne sera pas pour déplaire à certaines d'entre vous... ;)
Il faut lire également la préface de l'éditeur, d'un enthousiasme débordant pour le livre (c'est le moins que l'on puisse attendre d'un éditeur), mais qui en profite aussi pour glisser une petite réflexion assez édifiante sur le livre papier - qu'il défend avec lyrisme - et électronique - qu'il accueille avec méfiance, c'est le moins que l'on puisse dire... je cite : "Très sournoisement, on a même inventé le Livre électronique, dont la principale vertu est de ne pas conserver le texte qu'il vous délivre." C'est sûr que présenté comme cela...
Pour revenir au "bébé...", ce trop petit livre a été pour moi l'occasion de découvrir Mary Dollinger (façon de parler) et m'a donné envie de profiter de cette belle écriture au travers d'un roman un peu plus copieux...
Merci aux éditions Jacques André, qui m'ont gentiment, et à leurs risques et périls, envoyés ce livre.
"Et le bébé était cuit à point" de Mary Dollinger (2008)
Jacques André éditeur, coll. En attendant le bus, 62 pages, 5 €
26 01 mars 2009
Les naufragés de l'île Tromelin - Irène Frain
L'île Tromelin est un minuscule bloc de corail perdu dans l'océan Indien. C'est sur cette île que s'échouent en 1761 les rescapés du naufrage de l'Utile, un navire français transportant de Madagascar à l'île Maurice, alors île de France, une cargaison de cent soixante esclaves noirs. Les survivants, les Noirs et les Blancs, construiront en quelques mois avec les débris de l'épave un navire de fortune pour quitter l'île, mais à l'heure du départ, seuls les Blancs embarqueront sur une embarcation trop petite pour accueillir tous les naufragés. Les Blancs promettent alors de revenir les chercher au plus vite : les Noirs resteront sur l'île quinze ans...
On ne pourra s'empêcher de penser à Robinson Crusoé en lisant cette terrible histoire basée sur des faits réels (et très documentée). Mais il s'agit là d'une version nettement moins romantique que l'oeuvre de Daniel Defoe, puisqu'elle aborde la cruelle réalité de l'esclavagisme.[1] Ce long récit est mené tambour battant par l'écriture tonique d'Irène Frain. En fait, tonique est un euphémisme. Il m'a fallu quelques pages pour m'habituer aux incursions un peu incongrues dans le texte des "bien peinard", "plus un poil de vent", "ultra-plate" ou "ultra-dure", des parenthèses bizarrement familières ou modernes. Mais si l'on se détache un peu de l'écriture, l'histoire de ces naufragés est réellement passionnante et d'actualité en ces temps de remous aux Antilles qui nous font nous pencher sur notre amer passé colonialiste.
Vous devriez entendre beaucoup parler de ce roman dans les prochains jours sur les blogs de lecture, puisqu'il semble avoir été envoyé à nombre de blogueurs et de blogueuses par les éditions Michel Lafon, par l'intermédiaire de Suzanne de Chezlesfilles, que je remercie.
A lire également : l'intervention d'Irène Frain dans les commentaires du billet de Cathulu sur cette lecture : l'auteur y défend de façon pertinente sa manière d'aborder la rédaction de ce récit.
"Les Naufragés de l'île Tromelin" de Irène Frain (février 2009)
Michel Lafon, 371 pages, 20 €
[1] Modifié le 3 mars, suite au commentaire de Cécile. C'est en effet n'importe quoi. Je crois que c'est surtout la vision que j'ai de l'oeuvre de Dafoe qui est romantique. C'est l'inconvénient des lectures d'enfance. Il faut que je relise mes classiques...
























