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12 29 novembre 2009
Les chaussures italiennes - Hening Mankell
Henning Mankell est un auteur touche-à-tout. Il a écrit pour la littérature jeunesse et le théâtre, mais il est surtout connu pour la série des enquêtes de Kurt Wallander. Bien que la moitié des personnages de son dernier roman décède avant la fin de l'histoire, "Les chaussure italiennes" n'est cependant pas un polar...
A soixante-six ans, Fredrik Welin, chirurgien à la retraite, vit reclus sur une île de la Baltique. On apprend bien vite que cette retraite forcée est la conséquence d'une tragique erreur qu'il a commise 10 ans plus tôt (il a amputé le mauvais bras à une nageuse, ce qui n'est tout de même pas de bol : sur une randonneuse, on n'en aurait pas fait tout un plat...). Welin en est donc là, à vivre en vieux grincheux renfrogné et mal rasé, lorsqu'un jour débarque (c'est une image, car la Baltique est alors totalement gelée) Harriet, la femme qu'il a abandonnée quarante ans plus tôt, sans même un au revoir... C'en est alors fini des soirées puzzle en solitaire arrosées d'un verre d'Aquavit, car Harriet, très malade, a quelques exigences et on ne refuse rien à une malade...
S'en suit une épopée en voiture dans la forêt suédoise enneigée et silencieuse. Et l'on se rend compte assez rapidement que le road-movie suédois, malgré quelques péripéties (choc frontal contre une congère, chien errant, bûcheron providentiel), c'est tout de même assez tranquille. Bon, je ne vais pas dévoiler toute l'intrigue, mais sachez que la deuxième partie du roman est plus statique, puisque l'action va se dérouler exclusivement sur l'île du Dr Wellin, et que l'endroit va connaître une augmentation assez inquiétante (et plutôt déprimante) du taux de mortalité.
Mais résumer ce roman sur ce ton léger n'est pas lui rendre hommage, car il s'agit d'un récit sensible et soigneusement écrit, qui devrait plaire au plus grand nombre. Mais en ce qui me concerne, je suis un peu resté en dehors de ce livre bien trop introspectif à mon goût.
Un petit extrait pour conclure : "La vie, au fond, c'est quelque chose de sérieux. Il y a un enjeu, je ne sais pas lequel, mais il faut tout de même croire qu'il existe, et que le sens caché se trouve un cran au-dessus des chèques-cadeaux et des tickets de grattage."
"Les chaussures italiennes" de Henning Mankell (2009)
Seuil, 341 pages, 21.50 €
7 19 novembre 2009
Warax - Pavel Hak
"Warax" est composé de courts chapitres, dans lesquels on suit successivement un jeune loup tentant de survivre au sein de l'élite politico-médiatique, des immigrés clandestins prêts à tout pour fuir leur misère, un homme tentant de survivre dans un paysage apocalyptique et une troupe de commandos infiltrés en territoire ennemi, à la recherche d'hypothétiques armes de destruction massive...
Bien qu'aucun nom de pays ne soit cité dans le roman (les personnages aux noms à consonance anglaise sont des citoyens de "l'Empire", les immigrés parlent du "pays" pour leur terre natale...), on situe naturellement l'action aux Etats-Unis, au Mexique, en Irak ou en Afghanistan.
"L'Empire devait se défendre : la division de l'humanité en deux catégories évolutives (l'élite hyper-armée et les masses affamées) confirmait cette nécessité." (p.78)
Pavel Hak décrit la violence de notre époque. La guerre tient une grande place dans le récit, parcouru dans ses premières pages de réflexions sur la guerre technologique qui font immanquablement penser aux conflits contemporains avec leurs bombardements massifs, leur usage intensif des moyens modernes de reconnaissance, de renseignement, de propagande.
Mais d'autre formes de violence (sexuelle, sociale, technologique...) sont abordées, dans un texte rendu haletant par l'alternance rapide des chapitres de quelques pages, l'écriture qui désarçonne pas ses changements de rythme, le vocabulaire choisi. On devine parfois une sorte d'ironie dans le ton, un humour féroce, mais "Warax" est surtout un livre profondément pessimiste, une fiction qui inquiète par ses nombreuses similitudes avec notre histoire contemporaine.
Un roman également apprécié par Fantasio.
"Warax" de Pavel Hak (2009) 
Editions Seuil, Collection Fiction & Cie, 189 pages, 17 €
16 12 novembre 2009
Le chameau sauvage - Philippe Jaenada
Vous savez qu'un auteur n'est pas maladroit lorsqu'en quelques mots il vous donne cette impression un peu déroutante qu'il lit en vous, mieux que vous ne sauriez le faire. Une sensation que j'ai éprouvée plusieurs fois en lisant "Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada, mais curieusement, l'un des déclics les plus évidents ressentis pendant ma lecture n'a pas été forcément à l'avantage de l'auteur.
Ce déclic, je l'ai ressenti à la page 378 de mon édition avec cette phrase : "Je ne comprenais pas - J'avais une impression globale de compréhension." Mais oui, c'est bien ça ! (me dis-je en mon for intérieur). Car cette phrase, tirée des derniers chapitres du roman, correspondait mot pour mot à mon état d'esprit d'alors. Je voyais à peu près où venait en venir Jaenada, en tournant ainsi autour du pot avec ses histoires de 4L Majorette Rouge et de chameaux sauvages, mais non, rien à faire, pas de déclic, pas d'étincelle de compréhension. Et alors que j'étais en train de remettre en cause les fondements même de mon intelligence (certes limitée), je tombai sur cette phrase et tout s'éclaira d'un coup : comment pouvais-je comprendre, puisque l'auteur lui-même ne comprenait pas ce qu'il voulait dire ? J'avais d'une certaine façon la confirmation d'une impression plus prosaïque : la fin du roman était un peu laborieuse. C'est un peu dommage de finir une lecture sur une note négative, car elle risque de ternir le souvenir que l'on peut en avoir. Jaenada aurait dû commencer par la fin, comme je viens de le faire.
Mais m'appesentir ainsi sur les derniers chapitres n'est pas rendre justice au roman, bien meilleur que ma laborieuse introduction ne pourrait laisser croire. Alors reprenons tout à zéro : le narrateur de ce récit aux accents surréalistes se nomme Halvard Sanz (déjà, le ton est donné). Particulièrement maladroit et malchanceux, il nous raconte ses aventures, émaillées de gaffes et de rencontres plus ou moins heureuses, le tout agrémenté de moult digressions.
L'écriture de Jaeanda est plaisante, elle fourmille d'inventions, de comparaisons originales, de métaphores joyeuses et d'aphorismes du style : "Ne réfléchissez pas trop, c'est décevant". L'auteur fait un usage immodéré des parenthèses, qu'il se plait à imbriquer (un procédé largement utilisé dans "Les brutes", du même auteur). Le roman est un peu inconstant, mais vraiment marrant. Et Jaenada a du talent pour décrire avec justesse et humour nos hésitations, nos intimes maladresses.
Une des scènes les plus réjouissantes est celle de la garde à vue, dans les première pages du roman : "Je ne sais pas où tous ces films idiots vont chercher les ribambelles de putes pittoresques qu'ils entassent toujours dans les cellules de garde à vue. [...] Le commisaire du coin n'avait pas la sensibilité ni la conscience professionnelle d'un metteur en scène soucieux de réalisme, il n'avait mis là que deux gros type." Puis plus tard : "Mais l'autre, assis à côté, à peine moins gros mais plus en muscles, les mains solidement plaquées sur les genoux, me dévisageait comme s'il tenait enfin le salaud qui à violé sa soeur." Les premiers chapitres sont vraiment marrants, et je me suis surpris plus d'une fois à me bidonner tout seul dans mon coin.
Paradoxalement, certains passages sont toutefois assez sombres, voire tragiques. Comme souvent avec les oeuvres jouant sur le ressort comique, on devine parfois une forme de désespoir en grattant un peu la couche burlesque. D'ailleurs, il me semble que je n'ai jusqu'à présent jamais lu de romans franchement drôles de bout en bout (du genre que l'on pourrait sans crainte conseiller à un dépressif (d'ailleurs, si vous en connaissez (pas des dépressifs, des romans drôles de bout en bout (voyez comme les parenthèses imbriquées améliorent la lisibilité d'un texte)))). Ces romans-là cachent toujours quelques passages d'une grande tristesse, d'autant plus intense qu'elle contraste avec le reste.
Merci à Cécile et Fantasio, qui m'ont vivement conseillé cette lecture. Vous trouverez d'autres avis, dans l'ensemble plutôt positifs, chez Liliba, qui vient de lire ce roman.
Un livre lu dans le cadre du challenge "Les coups de coeur de la blogosphère" de Théoma (coup de coeur de Cécile).
"Le chameau sauvage" de Philippe Jaenada (1997) 
J'ai lu, 382 pages, 6.70 €
24 08 novembre 2009
L'échappée belle - Anna Gavalda
"L'échappée belle" est un court roman paru en 2001 chez France Loisirs. Il est réédité cette année dans une version revue et corrigée par l'auteur (n'ayant pas lu la première version, je ne peux jouer au jeu des comparaisons, mais "le Beat It de feu Bambi" ou "Bashung en souvenir de Bashung" ne figuraient certainement pas dans la première mouture...).
Garance (la narratrice), Lola et Simon, se retrouvent à l'occasion d'un mariage. Ils décident sur un coup de tête de fuir la cérémonie, laissant là les tantes, les oncles et la belle-soeur pénible pour rejoindre leur frère, Vincent. Bonheur des retrouvailles, joies simples de la vie à la campagne. Bref, le bonheur est dans le pré pour ces parisiens en villégiature...
Comme souvent avec Anna Gavalda, le ton est rapidement donné, avec des dialogues réalistes et naturels, qui campent les personnages de manière efficace. Entre ces dialogues, on a droit à la prose de la narratrice, Garance, qui nous fait part de ses faiblesses, de ses doutes, de ses griefs contre son exécrable belle-soeur ou de ses craintes pour son frère Simon qui subit cette dernière, tout cela sur un ton mi-café du commerce, mi-djeune (avec des bibi, des vioques, des bled, des conneries, des zens, des stone, des neuneu, des imbitables, des pipoles, etc.). Pour l'anecdote, on notera que la narratrice se permet de tutoyer à deux reprises le lecteur (ou la lectrice, plus sûrement) sans autre forme de procès (et sans un minimum de présentations).
Les personnages sont comme souvent avec Anna Gavalda plutôt bien campés, mais ils sont ici particulièrement caricaturaux. D'ailleurs, tout est caricatural dans ce roman, mais l'auteur assume : "Nous sommes bien différentes pourtant.. Elle a peur de son ombre, je m'assois dessus. Elle recopie des sonnets, je télécharge des samples. Elle admire les peintres, je préfère les photographes. Elle ne dit jamais ce qu'elle a sur le coeur, je dis tout ce que je pense (etc.)". On a également droit au cliché des parisiens tombés chez les provinciaux bourrus (limite sauvages de Claude Lévi-Strauss). Ces autochtones ont cependant un sens de l'hospitalité très développé, pour peu que l'on se donne la peine de comprendre le dialecte local : "Et alors, ils vous font rien manger à Paris ?". Ce passage plutôt affligeant se termine par un "Tout cela était pittoresque. Non. Mieux que ça et moins condescendant : savoureux". J'hallucine, comme ne cesse de dire la narratrice que j'ai trouvé plutôt méprisante, à l'image de sa description du beauf, que les postiers possesseurs de GPS devraient apprécier...
Alors, rien de bon dans ce petit livre ? C'est un peu rigolo tout de même, bien que le public visé soit clairement féminin (je me demande si les nombreuses citations de cosmétiques, limites clins d'oeil au lectorat du magazine Elle, dans lequel l'auteur fait des apparitions, existaient dans la première version...). Et puis, un peu d'émotion et quelques larmes aussi tout de même. Pour les inconditionnels de l'auteur.
"L'échappée belle" de Anna Gavalda (2009)
Le dillettante, 166 pages, 10 €
20 30 octobre 2009
Une partie du tout - Steve Toltz
Lorsque l'on a entre les mains ce monument de près de 500 pages à l'écriture serrée, on est d'abord un peu intimidé. Et pourtant, café et rations de survie sont superflus pour affronter ce roman, car croyez-le ou non, les talents de conteur de Steve Toltz sont tels qu'une fois pris dans ce récit, vous ne pourrez plus en décrocher...

Le roman commence derrière les barreaux d'une prison australienne, où Jasper Dean, le narrateur, a tout loisir de nous conter les aventures épiques de son défunt père, Martin, philosophe bourré de contradictions et féroce misanthrope... Les rapports qu'entretient Jasper avec son detestable mais néanmoins génial père sont complexes : le jeune homme oscille entre respect admiratif et envie de parricide (Freud et Dostoïevsky sont comme il se doit cités dans le roman, p. 107 et p. 402 pour être précis).
On peut donc voir dans le roman une réflexion sur les liens familiaux que l'on pourrait résumer (très brutalement, j'en conviens) par cette phrase lapidaire de Jasper Dean : "Ces dingues sont ma famille." (p. 412) (on pense à "Toutes les familles sont psychotiques" de Douglas Coupland (l'Australien Toltz a-t-il rencontré le canadien Coupland lors de son séjour à Vancouver ? (voici que je me mets à imbriquer les parenthèses (mauvaise influence de Jaenada)))).
Comme la plupart des bons romans, "Une partie du tout" comporte différents niveaux de lecture. Il peut se lire comme un excellent roman d'aventure, avec une dimension quasiment épique, mais il peut également être considéré comme un roman philosophique, débordant d'aphorismes et de digressions pleines d'esprit, mais aussi, ce qui ne gâche rien, d'humour.
Pas convaincu ? Allez dans la librairie la plus proche, saisissez-vous de ce livre (toute bonne librairie qui se respecte se devrait d'en posséder au moins un exemplaire), sautez en page 199 et lisez le chapitre intitulé "J'ai failli mourir cette nuit !" : ce braquage qui finit par une discussion entre amateurs de littérature russe, de Céline et d'Hemingway devrait vous plaire.... Et s'il vous faut un passage plus léger pour vous convaincre, rendez-vous à la page 114, et lisez quelques extraits du "Manuel du crime" : intitulés "Oh le beau feu. Tout sur l'incendie volontaire" ou "Crime sans motif. Pourquoi ?", ils devraient finir de vous rendre ce roman sympathique...
Truffée de dialogues enlevés, de comparaisons chocs et de métaphores acrobatiques, l'écriture de Steve Toltz est enlevée, tout en restant fluide et accessible. Par certains excès du style et du récit, il y a un côté Palahniuk chez Toltz, mais l'Australien écrit bien mieux que l'Américain. Il est aussi plus profond. Philosophes iconoclastes ou gangsters mégalomanes, les personnages du roman sont fascinants, complexes, excessifs et provocateurs, aussi drôles qu'est cruelle leur vision du monde.
Alors, parfait ce roman ? Pas tout à fait. L'auteur se laisse parfois emporter par son élan et il y a quelques faiblesses en fin de roman, avec un récit qui devient un peu rocambolesque, mais ces quelques écueils ne suffisent pas à ternir le roman (ni mon enthousiasme). Peu nombreux sont les romans qui réunissent plaisir et profondeur ; le plaisir est souvent léger, la profondeur austère. Toltz réussit avec "Une partie du tout" le tour de force de concilier ces deux qualités.
"Une partie du tout" de Steve Toltz (2008)
Belfond, 496 pages, 23 €
6 26 octobre 2009
La planète des Alphas [jeunesse]
"La planète des Alphas" est un conte dans lequel les lettres sont de petits personnages. J'ai lu ce livre à mes enfants (5 et 6 ans) : l'histoire a reçu un accueil très positif, surtout chez le plus petit. Il faut savoir cependant que ce seul livre, malgré son sous-titre le présentant comme une méthode de lecture, ne sera pas suffisant pour provoquer le fameux "déclic lecture" voulu par les auteurs. Pour cela, il faudra quelques supports pédagogiques en plus (et accessoirement une maîtresse, non fournie avec la méthode), en vente sur le site dédié

La méthode repose en grande partie sur une "personnalisation" des lettres. Une bonne idée, qui a le mérite de rendre ludique l'apprentissage de la lecture et de favoriser très certainement la perception chez l'enfant du "principe alphabétique". Si le choix des personnages pour les consonnes est dans l'ensemble assez judicieux, les choix pour les voyelles m'ont laissé plus dubitatif. Je comprends le choix des auteurs de bien séparer en deux groupes distincts les consonnes et les voyelles en personnalisant d'avantage ces dernières (qui sont des individus plutôt que des choses) mais les choix retenus pour certaines d'entre elles m'ont semblé plus discutables.

Les auteurs ont d'ailleurs flairé le danger, en prévenant dans l'avant-propos que le i (matérialisé par une frite) ne doit surtout pas être appelé "madame frite" par l'enfant. Le choix du u (une petite fille à cheval avec des couettes en forme de u, le son u correspondant au "hue!" prononcé par la cavalière) m'a semblé de même assez étrange voire risqué d'un point de vue orthographique. Je me demande enfin si l'utilisation de personnages féminins n'est pas une source de confusion lorsque l'on dira "un i" et "un u" pour nommer ces lettres...
Bef. Pour revenir au livre, le passage le plus réussi (approuvé par mes jeunes testeurs qui ont dû ressentir pour le coup une étincelle pas loin de ressembler à ce fameux "déclic lecture") est celui où Madame a et Monsieur i s'approchent timidement du Monstre (le "m" donc) formant à eux trois le mot "ami"...
Un grand merci à Hambre qui m'a très gentiment envoyé ce livre, dans la foulée de mon billet sur la méthode de lecture "Ratus et ses amis".
23 19 octobre 2009
La reine dans le palais des courants d'air - Millénium 3 - Stieg Larsson
Yessss ! J'ai fini "La reine dans le palais des courants d'air", le troisième et dernier tome de Millénium. Plus de 1800 pages, presque 2 kg sur la balance : et oui, lire Millénium, c'est aussi une performance...
Mais sors-t-on totalement indemne d'une telle lecture ? J'ai fait ma petite enquête (auprès d'un lectorat masculin non représentatif), et pense pouvoir répondre par la négative à cette question par une série d'observations de différents symptômes récurrents chez le lecteur de la célèbre série :
La paranoïa :
Le lecteur de Millénium se met à considérer son ordinateur et Internet avec une grande méfiance. Il utilise dorénavant des mots de passe complexes qu'il change tous les jours, il a installé deux pares-feu et trois anti-virus, et n'envoie plus que des emails cryptés. Il devient également méfiant avec la presse. Très rigoureux, il ne lit plus un article sans vérifier les sources et fait sa propre contre-enquête au moindre doute.
Une libido exacerbée :
Le lecteur de Millénium gagne en assurance, devient plus entreprenant. Il fait de l'oeil à la boulangère en payant ses croissants, confiant en ses nouveaux pouvoirs de séduction. Cependant, depuis qu'il est devenu féministe convaincu, il se garde bien d'être trop entreprenant et craint que ses avances puissent être interprétées comme du harcèlement sexuel. Il se remet au sport, surveille sa ligne et se surprend à se ballader à poil dans son appartement en sirotant un verre d'Aquavit.
Des troubles des fonctions du langage :
Des personnages aux noms de fauteuils Ikea, des phrases aux tournures étranges : le lecteur de Millénium finit inévitablement par douter de ses capacités à écrire correctement en français. Il n'a plus confiance en sa grammaire. En refermant le dernier tome, il s'est promis que ses deux prochaines lectures seraient les dernières éditions du Bescherelle et du Petit Robert.
Blague à part, il est comment le tome 3 ?
Les lecteurs de l'intégrale de Millénium se reconnaissent également à la question rituelle : "Et toi, lequel as-tu préféré ?" En ce qui me concerne, j'ai préféré le tome 2, plus rythmé que les deux autres volumes. Dans ce troisième tome, il m'a fallu plus de 200 pages pour véritablement entrer dans l'histoire et je ne cache pas avoir failli abandonner. Mais une fois lancé, on décroche difficilement, porté par la classique curiosité inhérente à tout bon polar qui se respecte.
Particularité de ce troisième tome, les références à l'histoire suédoise sont nombreuses et les personnages historiques (Olaf Palme, Wennerstrom ou Ebbe Carlsson) côtoient les personnages de fiction. On découvre également quelques rouages des institutions du pays. C'est parfois assez technique voire plombant, mais pas inintéressant. Sinon, on retrouve comme à chaque fois les thèmes fétiches de l'auteur (éthique du journalisme, féminisme, etc.), que Stieg Larsson se plait à approfondir ici.
Le style reste basique, mais j'ai fini par penser que c'était plutôt un avantage pour les nombreux dialogues, qui gagnaient ainsi en réalisme. Finalement, un polar qui ne révolutionne pas vraiment le genre, mais remplit très bien son rôle de "littérature de divertissement", comme l'écrit Stieg Larsson lui-même.
"La reine dans le palais des courants d'air - Millénium 3" de Stieg Larsson (2007)
Actes Sud, Collection Actes noirs, 710 pages, 23 €
25 09 octobre 2009
La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - Millénium 2 - Stieg Larsson
Et c'est reparti pour 700 pages de voyage au pays des mangeurs de boulettes de viande accompagnées de purée de pomme de terre et de confiture d'airelle. Dans ce deuxième opus, nous retrouvons comme prévu le journaliste "Super" Blomkvist ainsi que la hackeuse Lisbeth Salander. Cette dernière se la coule douce sous le soleil des Caraïbes, mais le repos, pourtant bien mérité après ses exploits du Tome 1 de Millénium, sera de courte durée...
Bon, je ne reviendrai pas sur le style du couple Stieg Larsson/Marc de Gouvenain (le traducteur et génial dénicheur de Millénium pour les éditions Actes Sud). Pas de miracle dans le Tome 2, l'écriture est toujours aussi quelconque, avec une spécificité pour ce tome : l'usage immodéré du vilain mot "micheton" (l'intrigue tourne autour d'une affaire de prostitution).
Stieg Larsson revient sur ses thèmes favoris : l'éthique du journaliste, l'attitude de la société envers les psychopathes et les pervers sexuels, le féminisme, la liberté sexuelle et... la sécurité informatique (un vrai geek ce Stieg Larsson), ce qui nous vaut une belle citation, à retenir : "Aucun système de sécurité ne vaut mieux que le collaborateur le plus débile".
On continue à apprendre des tas de choses sur les Suédois, notamment qu'il s'agit de personnes très polies, qui éteignent leur téléphone portable (argh, Nokia est en Finlande, pas en Suède, ma blague tombe à l'eau) à tout bout de champ, pour ne pas déranger leur entourage et pour créer de bien pratiques rebondissements dans le récit.
Mais la nouveauté de ce deuxième tome, c'est sa dimension comique. Autant le premier tome était austère, avec des personnages se prenant très au sérieux, autant celui-ci introduit un peu de dérision, avec quelques répliques d'une grande finesse (genre Schwarzzennegger).
Ce deuxième opus m'a semblé mieux réussi que son prédécesseur, moins long au décollage et plus enlevé, avec quelques scènes très rythmées. En fait, Millénium est au roman ce que le film d'action américain est au cinéma : c'est violent, invraisemblable (quelle santé cette Lisbeth Salander), esthétique et facile, parfois grotesque, souvent de mauvais goût, mais ça marche.
"La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette - Millénium 2" de Stieg Larsson (2006)
Actes Sud, Collection Actes noirs, 652 pages, 23 €
7 05 octobre 2009
Les brutes - Philippe Jaenada
L'enthousiasme des fans de Philippe Jaenada a fini par éveiller ma curiosité. Faut-il vraiment lire cet auteur ? J'ai décidé de faire un essai - prudent - avec ce petit "roman graphique" publié en 2006, illustré par Dupuy et Berberian...
Le personnage principal (qui n'est autre que Philippe Jaenada, qui assume la part autobiographique du récit page 41, si vous souhaitez vérifier), refuse de faire son service militaire. Convoqué pour les fameux "trois jours" tant redoutés (je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans etc.), il met au point une stratégie farfelue pour se faire exempter...
Présenté comme je viens de le faire, le roman pourrait apparaitre comme un pamphlet anti-militariste, ce qu'il n'est pas (enfin, je ne crois pas). Le service militaire est ici vu comme symbole d'une autorité que l'auteur combat, paradoxe qu'il a d'ailleurs la présence d'esprit de relever. Pour Jaenada, "le temps, le travail, la peur, l'autorité de l'argent, les pensées toutes faites, les crétins arrogants, les pudibonds, les mortifiés, les brutes de tout poil et ce qui va avec", sont en fait de petits services militaires, "grossièrement déguisés", qu'il convient d'éviter. Plutôt qu'un appel à la révolte, je pense qu'il faut voir dans la démarche un combat pour la liberté de penser, voire pour la liberté tout court.
Le style de Jaenada est plutôt rafraichissant. Anti-conformiste jusque dans l'écriture, il use et abuse des parenthèses, qu'il se plait à imbriquer, et semble faire preuve d'une certaine jubilation à détourner les expressions ou en inventer de nouvelles, à exagérer les situations, les laisser enfler jusqu'à l'absurde. Cela donne des expressions comme "mieux vaut tard que tout de suite" ou "tremblant comme un squelette sur un lave-linge en essorage". Pas sûr que cet humour parfois un peu potache plaise à tout le monde, mais personnellement, j'ai trouvé plutôt réussi le mélange contrasté du texte décalé de Jaenada et des dessins menaçants de Dupuy et Berberian.
Je terminerai si vous le permettez par cette jolie citation, à méditer : "ce qui est terrible avec le mariage, avec le couple et l'amour, c'est que plus ça dure, plus c'est difficile (contrairement à la menuiserie, à la conduite automobile ou au jonglage, par exemple, où l'experience est utile et l'habitude bénéfique)".
"Les brutes" de Philippe Jaenada (2006) 
Points, 86 pages, 5 €
27 25 septembre 2009
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
Chère Anne,
Je viens de terminer la lecture du "Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates", le roman que tu m'as offert pour mon anniversaire. Tu ne pouvais mieux tomber en m'offrant ce livre au titre pour le moins étonnant (à ce sujet, le titre exact aurait du être "Le cercle des amateurs de littérature et de tourte aux épluchures de patates de Guernesey", nom officiel et pour le moins original du cercle littéraire dont il est question dans le récit). Tu connais mon attachement (que certains semblent juger immodéré) pour les livres, et ces échanges de lettres entre passionnés de lecture ne pouvait que m'enchanter. Le livre regorge de passages dans lesquels on sent un amour sincère de la part des auteurs pour les livres et la lecture (de petites phrases qui seront sans aucun doute recopiées avec délice par mes amies blogueuses...). J'avoue que la forme épistolaire utilisée par les auteurs m'a au début un peu inquiété. Ce genre a toujours été pour moi associé à des lectures difficiles voire barbantes, mais ce roman m'a démontré qu'il pouvait en être autrement. Rien de pesant ici, les auteurs parviennent par leur bonne humeur à faire oublier que l'on est en train de lire plusieurs dizaines de lettres d'affilée. La légèreté qui se dégage de ce roman au charme un peu désuet est d'autant plus étonnante que certains des sujets abordés (la deuxième guerre mondiale, les bombardements de Londres, l'occupation de l'île de Guernesey par les Allemands...) sont tout sauf légers ! Et pourtant, je garde de cette lecture un souvenir bien agréable, et la romance en toile de fond, dans le plus pur style du roman anglais du 19ème, ne gâche rien ! Bref, je te remercie encore une fois pour ta délicate attention.
Je t'embrasse,
Alexandre
P.S. : Me permets-tu de publier une copie de cette lettre sur mon blog ? Je la posterai sous le pseudonyme de Calepin, même si je sais très bien que tu le trouves un peu ridicule...
"Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates"
de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows
NIL éditions, 391 pages, 19 € 
























